Alfred Busquet, le Temps, 10 août
lorsque, le matin du 24 janvier, on le vit encore, sur l’intervention d’un autre bourgeois, relaxé avec déférence, ce fut au milieu des murmures et même des menaces les plus directes des camarades retenus prisonniers qu’il sortit du bureau de police. Faut-il s’étonner ensuite que, retrouvé par ses amis de la veille dans le bouge de la rue de la Tuerie, il ait été dépêché sans merci? Une pression du col un peu vive par une main expérimentée avait suffi peut-être à la besogne, qui, sur le pauvre rêveur sans défense, avait dû s’accomplir proprement et sans traces révélatrices. Le lacet trouvé sur lui aurait ensuite fourni aux assassins l’idée du simulacre de pendaison destiné à mettre la justice en défaut. Une plaisanterie de l’un des escarpes aurait enfin consisté à coiffer le cadavre de son chapeau haut de forme, la présence de ce couvre-chef ne pouvant d’ailleurs se concilier avec les préparatifs et l’exécution d’un suicide. La comtesse Dash résume, à peu de chose près, un récit semblable, qu’elle prétend, sans grande vraisemblance, tenir de Méry L
On sut encore par Asselineau (85) que Gérard s’était présenté chez celui-ci, rue de Savoie, le 25 au matin, et lui avait emprunté sept sous, — il n’avait voulu rien de plus ! — pour aller à son cabinet de lecture habituel. « Je ne sais ce qui va m’arriver, dit-il, mais je suis inquiet. Depuis plusieurs jours, je ne puis littéralement plus écrire une ligne. Je crains de ne plus pouvoir rien produire... Je veux encore une fois essayer aujourd’hui.»2 Qui pourrait se méprendre au sens de ces paroles, accentuant encore les propos tenus la veille à Louis Legrand? Et cette préoccupation de n’emprunter que les quelques sous nécessaires à sa dernière expérience ne trahissait-elle pas, chez cette conscience scrupuleuse, le sentiment que, pour la première fois, il ne pourrait pas rendre ?
A la fin du jour, il se présenta au Théâtre-Français, mais Houssaye était absent, et il s’en alla sans mot dire. A partir de ce moment, on ne sait plus rien de certain. Les témoignages manquent, et l’enquête de police a été anéantie par les incendies de la Commune. Cette enquête établissait, disent ceux qui prétendent en avoir gardé mémoire, que