‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 187 sur 229 · Document inédit. Collect. Henri Houssaye · texte numérisé non relu

Document inédit. Collect. Henri Houssaye

GÉRARD DE KERVAI..

d une certaine surveillance, s’est engagée à le recueillir et à s’occuper de lui. En effet, M. Gérard de Nerval n’était pas assez malade poui qu on pût le retenir, malgré lui, dans une maison d’aliénés, mais, depuis longtemps, pour moi, il n’était plus jamais sain d esprit. Se croyant la même énergie d’imagination et la même aptitude au travail, il comptait pouvoir vivre, comme autrefois, du produit de ses œuvres ; il travailla plus que jamais, mais fut-il déçu dans ses espérances? Sa nature indépendante et sa fierté de caractère s’opposaient à ce qu’il voulût rien recevoir, même des amitiés les mieux éprouvées. C’est sous l’influence de ces causes morales que sa raison s’est de plus en plus égarée ; c’est surtout parce qu’il voyait sa folie face à face. Je n’hésite pas à vous déclarer, Monseigneur, que c’est certainement dans un accès de folie que M. Gérard de Nerval a mis fin à ses jours.

Émile Blanche.

« Paris, le 27 janvier 1855. 1 »

Le corps fut réclamé par la Société des Gens de letlres, et l’administration du Théâtre-Français, sur l’initiative de Houssaye, se chargea des obsèques. Le Dr Labrunie, informé de la mort de son fils par Auguste de Châtillon, n’en parut pas éprouver une grande émotion : « Ah ! le jeune homme est mort, aurait-il simplement répondu ; le pauvre garçon ! je le regrette fort, c’était un bon sujet. Pauvre jeune homme ! Il venait de temps en temps, par intervalles. Et dites-moi, monsieur, comment vont se faire ses funérailles? » Châtillon lui expliqua que ses amis s’en étaient chargés : « Eh bien ! c’est pour le mieux, — répliqua le docteur, — car, à mon âge et avec ma santé, il me serait difficile de veiller à ce devoir. Ah ! le pauvre jeune homme ! » Certes le Dr Labrunie ne fut jamais un père bien tendre ; convient-il toutefois de lui faire grief de ce que, débile octogénaire, il ait accepté, avec l’apathie résignée des vieillards, un malheur auquel peut-être l’avait préparé dès longtemps la vie singulière de son fils? Cette existence bohémienne, que lui, vieux soldat à l’esprit ordonné, ne devait pas aisément comprendre, il semble bien cependant l’avoir excusée, car il n’apparaît pas qu’aucun dissentiment grave ait jamais désuni le père et le fils. Or ne faut-il pas être touché de l’apparente intimité que laissent supposer la correspondance assidue et les visites régulières de Gérard,

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