TITRE DESSINÉ PAR GÉRARD POUR LE MANUSCRIT DES « POÉSIES ET POÈMES
ADDITIONS ET NOTÉS
1. Page 2. — Nos sources. — Une existence aussi singulière que celle de Gérard de Nerval devait fournir matière à d’innombrables études : nous en avons dressé ci-après une liste imposante. De ce nombre, quelques-unes, émanant de contemporains ou d’amis du poète, abondent en traits précis, en vivantes anecdotes : faut-il citer les notices de Théophile Gautier, d’Arsène Houssaye, de Georges Bell, de Champfleury, d’Alfred Delvau, de Maxime du Camp, d’Hippolyte Lucas? Plus près de nous, de scrupuleux travaux nous ont encore été livrés par M. Maurice Tourneux, Mme Arvède Barine, Mlle Julia Cartier, M. Gauthier Ferrières. Enfin le zèle éclairé de M. Jules Marsan a colligé bon nombre de lettres inédites, qu’il a réunies à celles déjà publiées dans les périodiques les plus divers. Nous avons produit, en leur place, les emprunts que nous avons faits à nos devanciers. Cependant la part inexplorée de l’histoire de Gérard suffisait encore à justifier notre recherche : le mystère de son enfance et de ses origines restait fermé ; l’énigme de sa vie sentimentale, le problème de sa folie et de sa mort gardaient tout leur fascinant attrait. Une exégèse attentive de ses dernières œuvres, une exploration minutieuse des lieux qu’il a décrits, puis la rencontre de documens authentiques des plus formels nous mettaient enfin sur la piste longuement cherchée. Tout s’éclairait désormais : les actes de l’état civil de Mortefontaine, d’Ermenonville, de Lafïaux, d’Estrées- Saint-Denis, les cadastres communaux, les archives notariales nous livraient des élémens d’une précise concordance. La vie elle-même s’expliquait avec plus de logique ; plus clairement se dévidait l’écheveau des fatalités. Des manuscrits jusqu’alors inconnus, des œuvres de jeunesse restées inédites, des carnets intimes, un journal de voyage, des projets littéraires, des lambeaux de pensée disséminés en d’épars fragmens autographes, enfin une nombreuse correspondance non publiée complétaient le dossier d’où sont sorties ces notes.
Nous ne saurions taire les bienveillans concours qui nous ont aidé dans cette tâche : à Mme Henri Houssaye, nous devons une spéciale gratitude. D’utiles renseignemens nous furent aussi donnés par de pieux érudits associés à notre culte : remercions ici MM. Maurice Tourneux, Léon Séché, Edouard Champion, Léo Lucas, Claude Lafontaine et André de Maricourt. Tout récemment enfin, les arcanes de la collection Spoelberch de Lovenjoul nous furent ouverts et nous devons à l’exquise bonne grâce de M. Georges Vicaire d’en avoir fait une facile exploration.
Rappelons encore l’aide précieuse qui nous lui offerte pour la réunion de
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nos documens d’illustration. A M. Gustave Maçon, nous devons d’avoir reproduit quelques rares effigies du Musée Condé. Et pour clore, louons à nouveau MM. Maurice Barrés et Jacques-Émile Blanche de nous avoir révélé les panneaux dont fut décoré le salon de la Bohême Galante.
2. Page 4. — Nous transcrivons ici cet acte de mariage, que Gérard place, sans précision, « avant la Révolution » :
« L’an 1782, le 5 du mois de novembre, après la publication des bans du futur mariage, faite au prône de la messe paroissiale le dimanche 27 octobre, les 1er et 2 du mois de novembre, tant en cette église qu’en celle de Saint- Nicolas-des-Champs de la Ville de Paris, sans qu’il se soit trouvé aucun empêchement ou fait opposition, ainsi qu’il m’a paru par le certificat du sieur vicaire de ladite paroisse en date du 4 novembre de la présente année, légalisé...
« Entre Pierre-Charles Laurent, domestique de M. Le Peletier, seigneur de cette paroisse, fils majeur de Jean Laurent, laboureur, et de Marie-Louise de Monsablon, ses père et mère, natif de la paroisse de Laffaux, diocèse de Soissons, et domicilié à Paris, rue de Nazareth, paroisse de Saint-Nicolas, d’une part ;
« Et entre Marguerite Boucher, fille majeure de feu Joseph- Adrien Boucher, voiturier et aubergiste, et de Marie-Marguerite Olivier, ses père et mère, native, domiciliée de cette paroisse, d’autre part ;
« Je soussigné, curé, ai reçu en cette église leurs promesses et consentement mutuel de mariage et leur ai donné la bénédiction nuptiale, avec les cérémonies prescrites par la Sainte Église. Présente et consentante la mère de ladite épouse, et encore en présence de Pierre Méret, son beau-frère, de l’époux, de Jean-Pierre Finck, de Pierre Olivier, oncle de l’épouse du côté maternel, et d’Augustin-Gérôme Bellier, témoins tous demeurant à Paris ; et ont signé, excepté la mère de l’épouse, quia déclaré ne pouvoir signer: (signé) Laurent, Boucher, Olivier, Bellier, Pierre Finck et Guichard, curé. »
(État civil de Mortefonlaine.)
3. Page 7. — A rapprocher de cette note le fragment inédit d’Aurélia, cité page 169. Gérard y revient sur les trois châteaux de ses ancêtres, qui, d’abord détruits sur les rives de la Dwina, sont reconstruits aux bords de la Dordogne — ou D’or-D’wina...
4. Page S. — Dans sa notice généalogique, Gérard fait figurer parmi ses parens de la ligne paternelle « Duburqua, mort à Saint-Domingue, cousin des Laville de Lacépède. » Ce Duburqua doit être le même que ce chevalier Dubourget dont il fait le héros d’un Roman à faire (la Sylphide 1843, voir Bibliog.) et qu’il fait mourir en 1808, pendant la traversée de Saint-Domingue. (Voir ch. vi, p. 111).
5. Page 9. — Louis Duriez avait épousé l’une des sœurs de Pierre-Charles Laurent. Dans la note généalogique précitée, il est dit que Pierre Laurent, conscrit sous Louis XV (en réalité sous Louis XVI), servit sous les ordres de son beau-frère Louis Duriez.
6. Page 9. — Voici le texte de l’acte de mariage, extrait des actes religieux de la paroisse de Saint-Eustache :
« Le 2 juillet 1807, Étienne Labrunie, docteur en médecine, demeurant rue Coquillière, 23, fils majeur de défunt Joseph La Brunie, et de Marie- Thérèse Dublanc, sa veuve, d’une part; Et Marie- Antoinette-Marguerite Laurent, demeurant avec ses père et mère, susdite rue Coquillière, même numéro, fille mineure de Pierre-Charles Laurent et de Marguerite Boucher, son épouse, après trois bans publiés en cette église, sans qu’il se soit trouvé aucune opposition, ont été fiancés et ont reçu la bénédiction nuptiale, en présence des père et mère de l’épouse, Gérard Dublanc, oncle materne de l’époux Jean Labrunie, Louis Duriez, Pierre-Charles Caffin, parens et
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amis, lesquels ont signé: (signé) Labrunie, M.-A.-M. Laurent, Marguerite Boucher, P.-Ch. Laurent, Dublanc, Caffin, Labrunie, Duriez. »
7. Page 9. — La mémoire de Gérard n’a été d’ailleurs fidèlement gardée que par les âmes sensibles et les poètes. Aucune des consécrations extérieures, si aisément prodiguées à certains, ne lui fut accordée. Sa maison natale est vierge d’inscription ; aucune rue de Paris ne porte ce nom charmant. Il y a quelques années, sur l’initiative d’un groupe de poètes, un cQfnité se forma en vue de lui ériger un buste à Ermenonville : un statuaire en fut chargé et je crois bien avoir vu une photographie de la maquette. Mais on n’en parle plus guère. Il serait pourtant désirable qu’au moins cet hommage des poètes ne faillît pas au doux Gérard.
8. Page 9. — M. Maurice Tourneux a, le premier, dissipé les légendes fantaisistes qui si longtemps trouvèrent créance sur les origines de Gérard, en publiant, dans sa précise notice, l’acte de naissance du poète.
L’acte de baptême, relevé sur les actes religieux de la paroisse Saint- Merry, est ainsi conçu •
« Ce jour 22 mai 1808, a été baptisé Gérard, né d’hier, du légitime mariage du sieur Étienne Labrunie, docteur en médecine, et demoiselle Marie-Marguerite-Antoinette Laurent, demeurant rue Saint-Martin, 96 ; le parrain Gérard Dublanc, pharmacien, rue Saint-Martin, 98; la marraine, dame Marguerite- Victoire Boucher, femme Laurent, sa grand’mère, rue Coquillière, n° 23. lesquels ont signé avec nous : (signé) Marie-Victoire Boucher ; Labrunie, docteur ; Dublanc. »
9. Page 13. — - Le nom de Mortefontaine ne se rencontre pas une seule fois dans Sylvie, alors qu’il y est constamment question de ce pays et que tous les villages environnons y sont nommés. La même précaution discrète s’observe dans Angélique. Une seule fois, dans Promenades et Souvenirs (chap. v, Premières années), nous lisons : « Les ombrages d’Ermenonville, les solitudes de Morfontaine n’avaient plus de secrets pour moi. »
10. Page 14. — - D’autres recherches se sont égarées, avant la nôtre, sur Montagny. Des vieillards ont été interrogés, qui, vers 1894, prétendaient se souvenir de Gérard (voy. note dans V Intermédiaire du 10 mai 1894). Quelques-uns indiquaient même l’habitation de son oncle : deux maisons étaient tour àtour désignées comme ayant abrité les premiers ans de l’auteur de Sylvie : l’une, à l’entrée du village, appartient aujourd’hui à M. Corbie, maire de Montagny ; le plus sommaire examen des titres de propriété, que celui-ci nous a obligeamment communiqués, nous a tout de suite détrompé; aucun parent de Gérard n’avait, à aucun moment, possédé ou habité cette maison. L’autre, située non loin de la mare communale, devait à une circonstance fortuite d’être considérée comme la demeure de « l’oncle de Montagny » : l’un de ses anciens propriétaires, nommé Morel, s’était tué à Paris vers le milieu du dernier siècle. Il n’en fallait pas d’autre, les années passant, et les noms, d’ailleurs incertains, s’oblitérant dans la mémoire populaire, pour donner naissance à cette légende. L’origine de propriété, consultée sur les titres, nous a également permis d’écarter cette attribution.
Aucun doute n’était possible, au contraire, à l’égard de Mortefontaine : les allusions contenues dans Aurélia et dans les Promenades et Souvenirs, étaient confirmées de toutes parts; les actes religieux, les titres authentiques et de famille étaient d’une concordance parfaite. Restait à identifier la maison, qui avait subi plusieurs mutations ; nous la suivions sans peine, au décès d’Antoine Boucher, ès-mains de sa fille Marie-Antoinette-Élise et de Jean Dufresnoy, son gendre, qui la vendaient, le 15 avril 1822, par acte reçu Marge, notaire à Senlis, à Barthélemy-Philippe Leclerc ; ce dernier en faisait bail aux époux Dufresnoy, qui y exploitaient quelque temps le petit fonds paternel, puis revendait la
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maison, le 16 décembre 1825, à Robert-Honoré Parent; enfin, après le décès de celui-ci, l’immeuble était licité et adjugé à la baronne de Feuchères, devant Mc Chartier, notaire à Senlis, moyennant le prix de 12 218 francs. Le plan cadastral de Mortefontaine (sur lequel l’immeuble figure sous les n°* 27 et 31 de la section E), dont l’application fut faite aux lieux, avec le concours de M. André, géomètre à Senlis, nous a finalement permis de reconnaître ce qui subsiste encore de la propriété d’Antoine Boucher. Le corps principal du bâtiment étant démoli, nous complétons ces renseignemens au moyen de la désignation contenue en l’acte d’acquisition de Mme de Feuchères :
« Premier lot : une maison sise à Mortefontaine, en la Grande-Rue dudit lieu, qui conduit à Plailly, ayant son entrée principale par une porte cochère à côté de laquelle est une petite porte donnant dans la cour adjacente et dépendante de ladite maison. Cette maison se compose: 1° au rez-de-chaussée, d’une cuisine ayant entrée sur la cour et sortie sur le jardin : à côté et y communiquant, une chambre à coucher et à feu ayant vue sur ledit jardin. Attenant la chambre à coucher, un salon avec cheminée, éclairé par deux croisées donnant sur la rue, avec une porte de communication dans une salle à manger également éclairée par une croisée sur la rue et une porte sur le jardin. Le salon ci-dessus désigné communique aussi dans un petit vestibule, où se trouve l’escalier conduisant aux chambres, celui pour descendre à la cave et une porte de sortie sur la cour ; 2° au premier, quatre belles chambres carrelées et plafonnées ayant vue sur la rue et sur le jardin ; de ces quatre chambres, il y en a trois à cheminées; greniers sur lesdits bàtimens qui sont tous couverts en tuiles; à côté du grenier est une maison pouvant servir de fruitier. Le tout est en très bon état et assez fraîchement décoré ; 3° au fond de la cour est une petite écurie, bûcher, hangar et lieux d’aisance, également couverts en tuiles. Une assez belle cour sous les bàtimens et attenant la cuisine et la salle à manger ; un petit jardin d’agrément ayant une porte de sortie sur la rue et une resserre au-dessus de laquelle est un grenier. Ce jardin, qui contient trois à quatre ares, est clos de murs. L’ensemble de cette propriété tient d’un côté et des deux bouts au domaine de Mortefontaine, et d’autre bout à la rue. »
Telle est bien la maison de famille où vécurent les ancêtres maternels de Gérard, depuis Jean Olivier et Adrien Boucher jusqu’à l’oncle Antoine et à sa fille, Mme Dufresnoy. Il y faut voir aussi la « maison du garde » dont parle Gérard, si l’on se rappelle l’emploi tenu par Jean Olivier près des seigneurs de Mortefontaine. Mais on n’y saurait reconnaître «le pavillon de chasse aujourd’hui ruiné » dont il est question dans les Promenades et Souvenirs, et qui faisait partie des apanages de Marguerite de Valois. Gérard nous dit en effet que le Clos de Nerval en était voisin : or ce clos est situé près de Loisy et des bois de Saint-Laurent, soit à environ deux kilomètres de la maison d’Antoine Boucher. Nous savons en outre (chap. ni, p. 68) que le Clos de Nerval — ou Nerva, selon la prononciation locale encore usitée, — faisait partie d’un lot de terrains acquis par Pierre Olivier, conjointement avec son beau-frère Rossias, et partagé entre eux le 20 brumaire an II, donc près de vingt ans après l’arrivée de Pierre- Charles Laurent à Mortefontaine. L’oncle Antoine y découvrit peut-être des vestiges gallo-romains, mais il n’y a point d’autre raison de relier le Clos de Nerva au souvenir du César de ce nom. Aussi bien faut-il écarter tout argument étymologique, le mot Noirval qu’on retrouve dans les plus anciens titres s’expliquant mieux par le sombre aspect que donnaient à ce lieu les grands bois qui l’environnaient.
11. Page 30. — Duponchel, condisciple de Gérard à Charlemagne, est devenu directeur de l’Opéra.
12. Page 30. — Dans la préface de l’édition qu’il publia chez Barbé, en
ADDITIONS ET NOTES
1860, Arlhus Fleury explique que le manuscrit de Gérard lui fut remis par le baron Papion du Château, qui lui-même l’avait reçu de l’auteur, son ami de jeunesse, avec l’autorisation d’en disposer à son gré. On sait en effet que Gérard, peu soucieux du sort que ferait la postérité aux oeuvres qu’il avait renoncé à publier, en gratifiait volontiers ses amis, comme d’un gage ou d’un souvenir affectueux. Ceux qu’il distingua de la sorte se montrèrent gardiens fidèles de tels présens et c’est à leur piété que nous devons la conservation de certains manuscrits que menaçait l’oubli ou la destruction.
Papion du Château, officier de cavalerie, s’était lié de bonne heure avec Gérard et conserva avec lui de fidèles relations. Plusieurs lettres à Du Château ont été publiées: l’une, de 1832, fait allusion aux visites que Gérard, alors étudiant en médecine, faisait aux cholériques de l’Hôtel-Dicu; l’autre, de 1834, a trait au mariage de l’officier ; la troisième, du 5 mai 1846, le félicite de sa décoration ( Correspondance , publ. par M. J. Marsan, lettres IV, VIII et L).
13. Page 32. — L’auteur d ’Obermann a séjourné dans sa jeunesse, chez un parent, à Montagny. C’est de là peut-être qu’est venue à Gérard l’idée de substituer Montagny à Mortefontaine.
14. Page 32. — Frédéric-Albert Stapfer publia, en 1823, sous le nom d’Albert St***, une première édition de sa traduction de Faust. Une réimpression eut lieu, en 1829, avec les illustrations de Delacroix.
15. Page 32. ■ — Outre de judicieux aperçus sur le germanisme de Gérard, cette thèse nous offre un utile travail de recherche bibliographique.
Nous en extrayons cette note : « L’authenticité de la traduction (de Faust) de Gérard a été discutée dans Y Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, t. XIX, 1886, pp. 16, 59, 141, 175. E. Thierry, dans le Moniteur Universel (14 décembre 1885), avait parlé de Faust, « traduit ou plutôt signé par Gérard de Nerval »; et J. Richard prétendait attribuer cette traduction à un certain Boverat. Gérard aurait promis à Boverat « une partie des droits de représentation ». Faust n’étant point alors destiné par Gérard à la scène, ce seul trait permet de faire justice de l’assertion de J. Richard, qui ne repose sur aucun document sérieux. Nous verrons que, plus tard, Gérard s’occupa à plusieurs reprises d’adapter un Faust au théâtre : nous possédons même le commencement d’un manuscrit de ce drame ; mais c’est plutôt du second Faust que Gérard paraît s’y être inspiré, ce qui place cet essai à une époque ultérieure et laisse sans intérêt la controverse de 1 ’ Intermédiaire.
16. Page 35. — Hippolyte Tampucci, garçon de salle au collège Charlemagne, a publié dans ses poésies (voy. Bibliog.) des stances « à Gérard, traducteur du Faust de Goethe », avec la date de 1826. Sur Tampucci, ci'. Champfleury : Vignettes romantiques.
17. Page 44. — Jean Duseigneur, entré à l’École des Beaux-Arts à quatorze ans, en 1822, concourt dès 1827 et obtient une troisième médaille ; il expose un Roland furieux au Salon de 1831 ; Une larme pour une goutte d’eau, au Salon de 1833, V Archange Saint Michel au Salon de 1834; sculpte les médaillons de Petrus Borel, Aug. Maquet, Alph. Brot, G. de Nerval, Th. Gautier, Jos. Bouchardy, Mélanic Waldor, Elise Journet, Villenave, Cordelier-Delanouc, Alph. Royer, Eug. Bion, Cél. Nanteuil, Renducl, J. Lacroix (Sal. de 1833), V. Hugo (Sal. de 1832). Artiste de tradition, calme, réfléchi, sensé, bien plus qu’enthousiaste, attentif à la pratique de son art et répugnant à toutes les audaces d’avant-garde, il se trouva, par relations ou par hasard, entraîné dans le groupe d’individualités originales, qui furent en tête du mouvement romantique (Cf. Revue Universelle des Arts, publ. par P. Lacroix, t. XXIII, 1866 : Jean du Seigneur, statuaire [1808-1866]).
18. Page 50. — Sur son manuscrit de Nicolas Flamel, Gérard a tracé cette
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note : « L’idée première de ce drame est imitée d’une scène du premier volume des Soirées de Waller Scott, publ. par le Bibliophile Jacob » (Renduel, éd., 1829). Celui-ci (Paul Lacroix) a ajouté à la suite de la publication qui en fut faite dans le Rêve et la Vie (édition de 1855) cette annotation : « Gérard de Nerval, dont je suis le plus ancien ami, puisque notre connaissance remonte à l’année 1824, m’avait remis, en 1830, le manuscrit des premières scènes d’un drame-chronique, intitulé Nicolas Flamel, qu’il n’a jamais achevé, mais qu’il se proposait toujours de continuer... » Et il cite la liste autographe, dressée par Gérard, de ses ouvrages, en janvier 1855 (voy. Bibliographie).
19. Page 50. — Les archives de ce théâtre contiennent cette mention :
Le Prince des Sots, M. Gérard, rue Saint-Martin, 72 NA
Com. en 2 actes en vers . Rendu à l’auteur. (non admis)
Relaté par M. J. Marsan ( Correspondance de G. de Nerval).
20. Page 50. — Une lettre de Gérard, du 16 janvier 1831, citée par extrait au catalogue Charavay, annonce à un ami ce résultat : « La petite pièce que vous savez, que je devais lire à l’Odéon, a été reçue samedi même, par acclamation, et à seule condition d’y joindre un prologue pour préparer le public aux innovations qui s’y trouvent... »
21. Page 51. — « Le manuscrit, dit Gautier, était de forme oblongue, sur un papier bleuâtre, que le temps doit avoir jauni, tout entier de la belle écriture de Gérard, sauf le prologue, qui était de notre main... Mais nos écritures étaient sœurs, comme nos cœurs étaient frères, et elles se ressemblaient à s’y méprendre parfois. Un dessin colorié, servant de frontispice, figurait la gueule d’enfer, avec une naïveté gothique affectée. »
22. Page 51. — Gautier résume l’épisode d’une mémoire peu fidèle. Ce. n’est point avec le diable que l’ange joue ce jeu des âmes, mais avec un jongleur préposé à la garde de la Gueule d’enfer.
23. Page 53. — Clément de Ris, qui longtemps fit partie de la rédaction de l’Artiste et y connut Gérard, rapporte, dans ses Critiques d’art et de littérature (Paris, lib. acad. Didier et Cic, 1862), une anecdote, qui paraît se rattacher à la Dame de Carouge, si ce n’est au Prince des Sots. Il y est question de la rencontre de Gérard avec le jeune Célestin Nanteuil, à l’atelier Du Seigneur et de l’immédiate sympathie qui unit le vignettiste et le poète. Ce dernier travaillait alors à un drame historique, Charles V/, dont Nanteuil conçut l’illustration, et pour lequel il exécuta quatre dessins, restés inédits, comme la pièce elle-même. Mais ces vignettes, aperçues par Victor Hugo, enchantèrent tellement celui-ci qu’il voulut immédiatement en connaître l’auteur ; et ce fut l’origine de son amitié pour Célestin Nanteuil (Cf. notre notice : Un Imagier romantique ; Célestin Nanteuil ; Paris, Carteret, édit., 1910).
24. Page 54. — La Main de gloire fut publiée dans le Cabinet de lectures du 24 septembre 1832, avec le sous-titre: Histoire macaronique, Extrait des Contes du Bousingo, par une camaraderie. Ce recueil ne vit pas le jour. La Main de gloire fut rééditée, sous le même titre, en 1844, dans la Revue pittoresque, avec quatre vignettes sur bois.
25. Page 55. — Sur la signification du mot Bousingo, cf. : Lettre inédite de Philothée O’Ncddij, auteur de Feu et Flamme, sur le groupe littéraire romantique, dit des Bousingos (Paris, Rouquette, éd., 1875).
26. Page 59. — Il répugnait sans doute à la délicatesse de Gérard d’avouer un aussi rapide gaspillage de la succession de son grand-père ; et la fiction de l’héritage de l’oncle de Montagny n’a peut-être pas d’autre explication.
27. Page 62. — Extrait de l’état liquidatif des successions de Pierre- Charles Laurent et de Marguerite Boucher (Meunier not., 12 juillet 1834).
ADDITIONS ET NOTES
Ces précisions ne laissent aucune place aux légendes répandues sur « la succession de l’oncle » et sur l’actif englouti dans le Monde dramatique. Paul Lacroix n’hésite pas à évaluer l’héritage recueilli par Gérard à une centaine de mille francs. Théophile Gautier dit plus exactement: « Il fit même, vers ce temps-là, un petit héritage d’une quarantaine de mille francs, qui dora les commencemcns de sa carrière... » (Cf. notice en tête des Œuvres complètes).
28. Page 64. — Lettre à Jean Duseigneur (communiquée par M. Léon Séché) :
a Antibes,
« Mon cher Jean ; je te remercie de la peine que tu prends sans doute en ce moment pour moi. (Dans le cas où ma première lettre ne te serait pas parvenue, c’est de vendre la moitié de mes coupons de Cortès, c’est-à-dire 8, par un agent de change quelconque, et de m’envoyer tous les fonds à Naples, par le moyen d’un banquier qui te donnera la marche à suivre ; ce sera probablement par une lettre de crédit qu’on m’enverra poste restante.) S’il y a quelque autre moyen ou quelque empêchement à tout cela, écris-moi toujours à Naples, poste restante, et fais tout pour le mieux. Voici, ma lettre t’arrivera dans quatre jours, tu feras l’affaire en deux jours, et la lettre de crédit m’arrivera probablement à Naples, douze jours après. Je pense que...
« Nice.
« Je n’ai pas eu le temps de finir cette lettre à Antibes, elle t’arrivera probablement plus tard, ainsi toutes les choses sur lesquelles je te conseillais seront sans doute faites. Tu auras vendu sans doute les huit coupons de Cortès, à 20 ou 22, c’est-à-dire pour 500 francs plus ou moins, et tu m’auras adressé le tout à Naples poste restante sous mon nom. Dans tous les cas, si quelque empêchement survenait que je ne prévois pas, écris-moi toujours à Naples pour me dire ce que c’est et donne-moi des nouvelles de tous nos amis et de la pièce de Lafont à la Porte Saint-Martin. Je te donne bien des peines, mais mets-toi à ma place et songe combien tu risquerais à te trouver sans argent à l’étranger, et combien tu serais heureux et reconnaissant qu’on te rendît pareil service. Je te prie de bien t’informer près du banquier sur le meilleur moyen de m’envoyer de l’argent ; je crois que c’est la lettre de crédit, mais surtout de manière qu’il n’y ait aucune erreur dans toute cette affaire. S’il y a la moindre difficulté, écris-moi toujours à Naples, j’aime mieux payer un port de plus que de risquer d’être sans argent 1
« Il y a ci-inclus un billet que je te prie d’envoyer à mon père par la poste, mais rien qui puisse indiquer d’où il vient ni comment je l’ai daté de Provence, car je ne lui dirai qu’à mon retour que je suis allé en Italie. Cela l’aurait effrayé. Je suis comme voyageant pour voir la Provence. J’ai fait route depuis Aix, avec un Anglais qui m’a beaucoup parlé de ton groupe, qu’il a vu à Paris, y étant allé exprès pour voir l’exposition ; il m’a paru l’admirer beaucoup. C’était un homme de beaucoup d’esprit, et qui m’a été utile pour passer à la frontière, où l’on me faisait des difficultés. Mais, du reste, toutes les autorités dans ce pays-ci sont pleines d’égards pour les voyageurs. Adieu. Porte-toi bien, ton ami : Gérard Labrunie.
“ Lalettre qui suitestpour tousnos amis. Fais-moile plaisir de laremettre, N’oublie rien et écris-moi à Naples, poste restante, s’il y a quelque difficulté. »
Suscripl. : « A Monsieur Jean Duseigneur, statuaire, rue de l’Odéon, n° 28, ou 22, ou 24, à Paris ; ou à son atelier rue de... (suivent quelques mots biffés); s’il est à la campagne ou absent pour plusieurs jours, il faut porter la lettre à M. D’Arq, rue S '-Hyacinthe Saint-Michel, n° 22, ou à M. Lou-
GÉRARD DK NERVAL.
bon, rue de Sèvres, n°48, à Paris.» (Le timbre de la poste porte: 2 octobre 1834.
29. Page 66. — Un article a paru avec cette dernière signature, sous le titre : Comment on devient corsaire dans Paris-Londres, Keepsake français pour 1840-41. Nous n’avons pas rencontré ailleurs ce pseudonyme. Il signe encore : Ex. ; Un pythagoricien moderne ( Mercure de France au XIXe siècle). Nous trouverons plus tard, au bas de ses articles de critique, les initiales ou monogrammes suivans : G. de N., G, G-D, G. L., G. G. (pour marquer sa collaboration avec Gautier), M*** (la Sylphide 1843).
Il a enfin publié dans l’Artiste quelques articles sous le pseudonyme Lord Pilgrim ; mais cette signature, d’un usage éditorial, est plus communément employée par Arsène Houssaye.
30. Page 68. — Cet acte énonce que Marie-Marguerite Olivier, veuve de Joseph-Adrien Boucher, est décédée à Paris, à l’hôpital des Incurables, le 21 janvier 1793. Date et lieu bien étranges, n’est-il pas vrai? Mais, à défaut d’autre précision, nous ti’avons pas cru devoir attribuer plus d’intérêt qu’il ne convient, sans doute, à cette particularité.
31. Page 78. — Lettre publiée dans le Livre, 1883. Cette lettre n’est pas datée, mais doit, semble-t-il, être antérieure à la publication de Sylvie. Gérard n’eût pas, sans doute, rappelé, sous cette forme, un épisode qu’il avait si exquisement présenté dans une œuvre antérieure. M. J. Marsan la place assez judicieusement dans le courant de 1852. Ajoutons toutefois que l’original, que nous avons vu dans la collection Henri Houssaye, a plutôt l’aspect d’un fragment de copie que d’une lettre missive ; on n’y voit ni en-tête, ni suscription, ni date, ni timbre de poste...
32. Page 78. — L’existence d’une réelle Sylvie a été affirmée par quelques amis de Gérard. Ceux-ci peuvent invoquer que ce n’est point dans la nouvelle qui porte ce titre qu’a été créé le personnage ; que déjà, dans Angélique, œuvre d’une plus grande exactitude biographique, Gérard, qui fait, avec son frère de lait « Sylvain », une promenade à Chaâlis, s’informe de sa gentille amie d’enfance et demande « ce qu’est devenue Sylvie... ». Certains même prétendent l’avoir identifiée. C’est ainsi qu’un philologue distingué, M. Roy, qui a résidé quelque temps dans les lieux où Gérard place son idylle, m’a dit avoir recueilli d’une vieille femme de Loisy, de précises indications concernant la vraie Sylvie. Il a ainsi relevé, sur l’état civil de Ver, dont fait partie le hameau de Loisy, l’acte de décès suivant :
«L’an 1852, le 11 septembre, à neuf heures du matin, par devant nous, Zacharie Desouche, conseiller municipal faisant fonctions de maire et d’officier de l’état civil de la commune de Ver, sont comparus Pierre-Auguste Coëlle, âgé de quarante-deux ans, berger, époux de la défunte ci-après nommée, et Germain Coëlle, âgé de soixante-quatre ans, berger, beau-père de ladite défunte, le premier domicilié à Loisy, hameau de cette commune, le second domicilié en cette commune, lesquels nous ont déclaré que Reine- Sylvie Tremblay, sans profession, demeurant audit Loisy, née à Saint- Pathus, département de Seine-et-Marne, épouse dudit Pierre- Augustin Coëlle, fille de feu César-Auguste Tremblay et de feue Françoise-Elisabeth Labbé, est décédée à onze heures et demie du soir, au domicile de son mari, à Loisy, etc. »
Le prénom et l’âge de la défunte, le lieu et même la date du décès (rapprochée de celle de la publication de Sylvie), sont autant d’élémens de vraisemblance... Mais il convient de s’en tenir là.
33. Page 84. — Pièces et documens relatifs à la succession Condé, suivis de Y Espagnolette de Saint-Leu, Paris, 1841, 4 vol. (Bibliothèque du Palais de Chantilly).
34. Page 85. — Saint-Sulpice-du- Désert, par E. Dupuis et A. Margry. In-8°, 40 pp. Senlis, lmp. E. Dufresne, 1906.
ADDITIONS ET NOTES
35. Page 85. — Succession Condé. I. Examen médico-légal des causes de la mort de S. A. R. le Prince de Condé, par le docteur Marc. — Même recueil que ci-dessus, note 33.
Bornons-nous à ces constatations, sans chercher à rouvrir un débat qui, faussé, dès le début, par la passion politique ou l’intérêt de parti, ne semble pouvoir, encore aujourd’hui, être abordé de sang-froid. Les partisans de la Légitimité ne cessèrent d’agiter contre l’Usurpateur le scandale du procès Feuchères, et chaque fois que, depuis, la question s’est rouverte, le même indéracinable parti pris a marqué la controverse des tenans du meurtre et de ceux du suicide. Il ne saurait rentrer dans le cadre de ce livre de les départager.
36. Page 96. — Contes fantastiques de E. T. A. Hoffmann, traduction nouvelle précédée d’une notice sur la vie et les ouvrages de l’auteur, par Henry Egmont, ornée de vignettes d’après les dessins de Camille Rogier, 4 vol. in-8°. Paris, Camuzeaux, lib., édit, pour le 1er vol., et Béthune et Plon pour les 3 autres, 1836.
Cette édition, rare et recherchée, est intéressante à plus d’un titre. Outre les curieux dessins de Rogier, très bien gravés et encadrés d’ornemens en camaïeu, on y voit traduite une nouvelle, que les premiers éditeurs d’Hoffmann ont omise : c’est le Magnétiseur, que Gérard affectionne particulièrement et qu’il songera plus tard à mettre au théâtre. Le traducteur, Henry Egmont, ami de Gérard, qu’on rencontre parmi les assidus de l’impasse du Doyenné et les collaborateurs du Monde Dramatique, ajoute à sa traduction des notes sur Mesmer et le Mesmérisme, sur Swedenborg, Beircis et Cagliostro, auxquelles, sans doute, Gérard ne fut pas étranger.
Camille Rogier dessine encore, à la même époque et pour le même éditeur une suite d’illustrations destinées aux Contes de Boccace.
36'. Page 102. — Les relations d’amitié qui unirent Gérard et Balzac se continuèrent jusqu’à la mort de ce dernier. Nous n’en trouvons cependant d’autre trace, dans la correspondance de Gérard, qu’en deux lettres datées de 1844, et n’ayant trait qu’aux difficultés éprouvées par les deux amis à se donner rendez-vous : — « Mon cher Balzac, écrit Gérard le 4 mai 1844, comment nous retrouver maintenant, introuvables que nous sommes ? J’irai à 2 heures; mardi, chez l’éditeur Langrand... ehl bien, écrivez-moi un mot là ; autrement écrivez-moi à l’Arlisie ou au Divan. Cela m’arrivera toujours. Adieu et à bientôt. Votre bien affectionné; Gérard. » (Collcct. Spoelberch de Lovenjoul.)
37. Page 120. — Joachin Hounau, dit Georges Bell, né en 1827, n’a connu Gérard qu’aux dernières années. Mais le dévouement de ce jeune homme pour le douloureux poète mérite d’être retenu. Pendant les deux séjours de Gérard à Passy, il fut le plus assidu à le visiter, celui dont le malade réclama le plus instamment la présence et l’entretien. Auteur dramatique, romancier, publiciste, on ne connaît bien de lui que ses Pages de la Vie de Gérard de Nerval, et ses notices sur David d’Angers, A. Dumas et Méry. Ce dernier fut aussi l’objet, dans ses dernières années, de la sollicitude de Georges Bell, qui, avec le même dévouement, s’était installé près de lui et s’était fait son secrétaire.
38. Page 124. — Parmi les fragmens inédits que nous possédons du manuscrit d’Aurélia, nous trouvons de ce passage la variante que voici :
«... Elle me remercia d’avoir concouru à son triomphe. Je me mis aussitôt à la recherche d’un cadeau que je pusse lui offrir, et, pour notre malheur à tous deux, je songeai à une vieille bague de famille dont le chaton était formé d’une opale taillée en cœur et entourée de brillans. Cette bague avait été portée par-dessus un gant, de sorte qu’elle était beaucoup trop large pour les doigts mignons de l’actrice. J’eus l’idée fatale de la faire rétrécir
APPENDICE
Pendant que l’orfèvre sciait la bague, il me semblait en voir couler du sang. Je l’envoyai le lendemain, après l’avoir glissée autour des tiges d’un bouquet de roses, et je fus remercié par un billet gracieux.
«Mais pourquoi dérouler ces souvenirs de billets jaunis et de fleurs fanées? Mon cœur repose sous ces débris ; mais cette passion est l’histoire de toutes : je ne veux qu’indiquer l’influence qu’elle a pu avoir sur les rêves de mon esprit. »
La première phrase de ce fragment paraît se rapporter aux représentations de Piquillo : une fois de plus se trouve fixée l’époque de la liaison de Gérard et de Jenny Colon.
39. Page 126. — Théophile Gautier: Zigzags. Entre autres bizarreries de son « ami Fritz », Théophile raconte qu’à l’aller, voyageant de nuit en diligence, son compagnon avait trouvé, pour dormir, une posture bien étrange : «...Il s’avisa d’un moyen qu’un autre eût employé pour se tenir éveillé : il noua un foulard par les deux bouts à la vache de la voiture, passa son mufle dans cet espèce de licol, et but bientôt, à pleines gorgées, à la noire coupe du sommeil. Ce qui m’a beaucoup surpris, c’est qu’il ne se soit pas étranglé bel et bien ; apparemment que Dieu, toujours bon, toujours paternel, veut lui épargner la peine de se pendre lui-même... » Théophile ne songeait pas alors au rapprochement sinistre que cette plaisanterie ferait naître plus tard dans l’esprit de ses lecteurs.
40. Page 129. — Collection Spoelberch de Lovenjoul. — De la Charte de 1830, il n’existe à la Bibliothèque Nationale que 3 numéros de l’année
41. Page 135. — Dans une lettre, du 18 septembre 1838, à Arsène Houssaye, Gérard parle de son désir d’aller se fortifier dans la prononciation allemande.
42. Page 135. — Lettre citée par A. Dumas, le Pays, 7 juillet 1854, Causeries d’un voyageur. Les aventures de Gérard et ses embarras d’argent sont ici présentés avec l’imagination et l’abondance habituelles du conteur.
43. Page 140. — Voir la préface de Léo Burkarl, à la suite de Lorely : voir aussi l’avis des éditeurs en tête de ce drame, publié chez Barba et Desessart, 1839 ; on y lit : « L’auteur doit protester contre l’intention qu’on lui a supposée, de mettre en scène, sous d’autres noms, Kotzebue et Cari Sand. La critique aurait pu choisir un événement qui s’est passé dans la même année, et qui présenterait, du moins, avec le dénouement du drame, un certain rapport de situation. « Suit le récit du crime de Lœning, qui tenta, à Schwalbarch, d’assassiner M. Ibell, président de la régence. L’avis ajoute que les faits ont été, dans la pièce, soit dénaturés, soit supposés entièrement.
44. Page 145. — Le récit de ce voyage parut dans la Presse les 28 janvier, 5 mars et 29 juin 1840. Voir aussi lettre sur Vienne dans i Artiste (1840) et les Amours de Vienne dans la Revue de Paris (1841). Les lettres qui composent cette série sont datées des 21,22,23 novembre, 7, 13, 31 décembre 1839, 11, 18 janvier et 1er février 1840.
45. Page 149. — -Si l’on rapproche les portraits de Julia Grisi de celui de Mme Pleyel, on n’est pas surpris que Gérard ait trouvé entre ces deux figures quelques traits de ressemblance.
46. Page 150. — - Ph. Audebrand : Lauriers et Cyprès. C’est en Allemagne que Gérard avait connu Alexandre Weill. Il le recommanda à Alphonse Karr dans une lettre datée d’Ettingen (mars 1840, le Livre de bord, t. III) :
« Il doit vous aller voir un jeune Allemand, nommé Weill, traitez-le bien : c’est un ami ; il est rédacteur de presque tous les journaux allemands et y mettra tout ce que vous voudrez... » Weill se fixa en France et resta en relations suivies avec Gérard.
47. Page 160. — Voir aussi une autre protestation de Gérard, insérée dans
ADDITIONS ET NOTES
la Presse du 4 novembre 1850. Dans cette lettre, datée de Compiègne, du 1er novembre, Gérard revient sur les allégations du Corsaire et s’élève contre cette prétention d’attribuer aux hommes de lettres la couleur politique des journaux auxquels ils collaborent : « ...Cela n’arrivait pas, ajoute-t-il, au temps où George Sand, Eugène Sue et autres rouges écrivaient dans les Débats ou le Constitutionnel. Je ne sais pas pourquoi on cherche à rendre aujourd’hui les littérateurs solidaires des opinions que soutiennent les journaux... »
On a vu aussi, dans les opinions politiques qu’on prêtait à Gérard, le motif qui l’aurait empêché d’être décoré de la Légion d’honneur. Rien n’est moins vérifié. Houssaye a fourni, sur ce point encore, son explication. Une première fois, — nous dit-il, — en 1847, sur les instances de Dumas et d’un ami inconnu de Gérard, nommé Mouriez, M. de Salvandy le porta sur la liste des futurs légionnaires, à l’occasion de la fête du Roi. « Son nom fut rayé : on avait dit que c’était un fou : un imbécile fut nommé à sa place. »
A deux reprises encore, sous l’Empire, ajoute Houssaye, sa nomination fut écartée : une première fois, malgré la requête de Théo, ami de Fortoul, une autre fois, malgré les démarches de Stadler auprès de son cousin Persigny. Enfin Houssaye dit avoir insisté une dernière fois auprès de Napoléon III : mais il commit la faute de parler de la ressemblance de Gérard avec Napoléon Ior, et l’empereur, qui n’avait pas cette ressemblance, ne fut pas touché par cet argument...
47'. Page 161. — Déjà le 26 février, il écrit de Vienne à Alphonse Karr, cette lettre très instante : « Vienne, ce 26, — Mon cher Karr, — Je vous envoie le troisième article. Ayez la bonté de tâcher qu’il soit payé sur la copie : obsédez Dutack sur ce point pour que cela n’éprouve aucun retard et veuillez cette fois envoyer la somme chez M. Dcltoge qui a un moyen de me la faire passer sûrement. Ne négligez pas cela, je vous en prie, autrement, je suis arrêté dans mon voyage de la façon la plus dangereuse. Je compte sur vous, mon cher Karr, je compte sur vous. — Tuez un veau. - — Je reviens dans huit à dix jours. Je touche le sol de la France avec autant d’enthousiasme que je l’ai quitté Tan passé. Envoyez donc le père Michel chez M. Delloye, rue des Filles Saint-Thomas, n° 13, lequel vous donnera reçu. Adieu. Adieu. Gérard. » (Lettre inédite, communiquée par M. Léon Séché.)
48. Page 163. - — Hippolyte Lucas, né à Rennes, le 20 décembre 1807. est mort à Paris, bibliothécaire de l’Arsenal, le 14 novembre 1874. Doué des aptitudes les plus diverses, il fut tour à tour poète, romancier, auteur dramatique, historien, critique et journaliste. Poète d’un sentiment délicat, il mérita les éloges et l’amitié de Sainte-Beuve et de Victor-Hugo. Il collabora même avec ce dernier (1842-1843) à un drame tiré du Beau Pécopin, légende publiée dans le Rhin. Il remania cette pièce, dix ans après, et en fit une féerie lyrique : le Ciel et l’Enfer, qui fut jouée, avec succès, à T Ambigu, sous son seul nom.
C’est dans un recueil posthume : Portraits et souvenirs littéraires, publié sous la direction du fils de l’auteur, M. Léo Lucas, que se trouve la notice sur Gérard, de Nerval et les lettres de ce dernier que nous avons citées. Hippolyte Lucas y raconte qu’un soir d’hiver, longtemps avant le voyage en Orient, il rencontra Gérard, vers une heure du matin, par une pluie battante : celui-ci lui expliqua que sa concierge avait refusé de lui ouvrir et qu’il était en recherche d’un hôtel où il pût passer la nuit. Lucas, dont la demeure était proche, lui offrit l’hospitalité; après quelques gorgées de vin du Rhin, la conversation s’anima : Gérard, très excité, parla beaucoup, racontant des histoires et des projets de scénarios ; puis son hôte lui dressa un lit et le borda, pendant qu’il continuait de parler avec une étrange loquacité. Vers quatre ou cinq heures du matin, Lucas fut réveillé par un bruit :
APPENDICE
c’était Gérard, qui, ayant eu froid, s’était levé et essayait de rallumer le feu. o Si j’étais superstitieux, vous m’auriez fait peur... », lui dit Lucas. Alors Gérard parla des esprits, de la réalité des revenans, répétant, après Shakespeare, qu’il y a plus de choses qu’on ne pense entre le ciel et la terre... Puis il exposa ses théories sur les sciences occultes, tant et si bien que son hôte finit par se rendormir. Le matin, alors qu’il faisait grand jour, Lucas retrouva Gérard couché, lisant un des livres de sa bibliothèque... Mais il était devenu taciturne ; malgré le déjeuner et les restes de vin du Rhin, il ne dit plus rien et prit congé de son hôte en le remerciant. « Jamais depuis, ajoute Lucas, il ne fit allusion à cette nuit, et moi-même j’évitai de la lui rappeler, craignant que ce souvenir pût le contrarier. »
49. Pages 165. — Il s’agit de billets à ordre qu’il renouvelle, en remettant 50 francs au créancier, et 50 francs à Stadler, qui les avait avancés. (Cf. lettre à celui-ci du 3 janvier 1841. Correspond., publ. par M. J. Marsan, 1. XXXII). Avant de quitter Bruxelles, dans une lettre datée du 24 décembre, Gérard écrit à un anonyme qu’il appelle : Mon cher Monsieur pour le prier de voir Janin, de lui dire « que Mme Pleyel est bien fâchée de ce qu’il soit fâché », et de lui recommander d’écrire à celle-ci au jour de l’an. (Collection Spoelberch de Lovenjoul.)
50. Page 168. — Lettre à Alex. Weill, du 5 mars 1841. Celui-ci raconte, dans une note transcrite sur l’original, qu’étant allé voir Gérard, rue Picpus, on le fit entrer dans une pièce grillée qu’on referma derrière lui. Le malade lui dit qu’il avait eu une fièvre extatique, puis, après avoir regardé attentivement la main de Weill, il demanda à voir ses pieds. « Déchausse-toi, lui dit-il, et je te dirai d’où tu descends... » Weill se prêta de bonne grâce à ce caprice : « Je vais maintenant te montrer les miens, ajouta Gérard ;moi, je descends de Napoléon ; je suis fils de Joseph, frère de l’Empereur, qui a reçu ma mère à Dantzig. Toi, tu descends d’Isaïe, tu en as tous les signes. » Mais, quand Weill voulut sortir, la concierge, qui avait suivi ce manège, refusa de lui ouvrir, ne sachant, dit-elle, lequel des deux était le plus fou, et déclarant qu’on avait dû lui envoyer Weill pour permettre de le garder malgré lui. Et Gérard de rire de tout son cœur : « Ils n’en font pas d’autre, dit-il, c’est ainsi qu’ils m’ont fait entrer ici. » (Note deM. J. Marsan, à la suite delà Correspondance de Gérard.)
51. Page 171. — « Il fait si beau, écrit-il, que l’on ne peut se rencontrer ni s’embrasser dans les maisons. Je vais tâcher de revenir. Addio. — Ilcar. G. Nap. délia torre Brunya. Celfimars. » (Publ. par M. Clément Janin. Dédicaces et lettres autogr.) Cette signature seule : Gérard Napoléon de la tour Brunie, où se résument toutes ses fantaisies généalogiques, trahit suffisamment l’état du malade, qu’on sera obligé d’interner à nouveau cinq jours après.
52. Page 172. — Dans une note manuscrite, Gérard insiste sur les moyens de se procurer des rêves logiques. « Il ne faut pas, dit-il, offenser la pudeur des divinités du songe. Il faut s’entretenir d’idées pures et saines pour avoir des songes' logiques. Prenez garde à l’impureté qui effarouche les bons esprits et qui attire les divinités fatales. Quand vos rêves sont logiques, ils sont une porte ouverte, ivoire ou corne, sur le monde extérieur... » 11 y définit le rêve « un habit tissé par les fées et d’une délicieuse odeur... » — (Collection Spoelberch de Lovenjoul.)
53. Page 176. — J. Janin, Journal des Débats, 1er mars 1841. — D’autres amis de Gérard s’efforcent, au contraire, de faire le silence sur sa maladie. Paul Foucher écrit à Marie de l’Epinay le 12 mars : « Je m’empresse de vous adresser sur la santé et la raison de notre bon Gérard d’excellentes nouvelles dont, au reste, la confirmation vous sera déjà parvenue sans doute. Quant au feuilleton de Janin, je serais d’avis de le lui cacher, mais qu’est-ce
ADDITIONS ET NOTES
que nos deux silences auprès des dix mille indiscrétions qu’il peut rencontrer à sa première sortie. » Houssaye écrit de son côté : « Rassurez-vous... Gérard de Nerval n’a perdu ni la vie ni la raison... Une fièvre ardente, une fièvre de huit jours a seule donné lieu aux fatales nouvelles qui se sont répandues sur notre spirituel ami... » (l’ Artiste, 2e série, t. VII, p. 264). Cité par M. J. Marsan.