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Gérard de Nerval inconnu (la Presse, 22-23 avril

CHOIX D’UN PSEUDONYME

de ses récriminations, l'ait défense formelle à son iils d’user du nom familial dans ses œuvres, Gérard, lui, a cru devoir se l’interdire, par déférence filiale et respect de ce qu’il croyait être le désir paternel, voulant ainsi éviter tout rappel d’une désobéissance, que, sa vie entière, il s'efforcera de se faire pardonner.

Gerccil est bien la première forme de ce pseudonyme, une sorte de crase de Gérard et de Nerval. Quant à l’origine de ce nom, des explications diverses ont été fournies. Pour tous, Gérard, suivant en cela l’exemple de Restif de la Bretonne, a choisi le nom d’une terre de famille et donné ainsi à ce pseudonyme une sorte de réalité patronymique. Les uns, avec Philibert Audebrand, font de cette terre, qu’ils dénomment, après Gérard, le Nervalis Campus , une petite propriété sise dans le Périgord. Une phrase d’une lettre à Jenny Colon... « moi pauvre et obscur descendant d’un châtelain du Périgord... » a peut-être donné naissance à cette erreur. Mais la parenté de cet ancêtre périgourdin est aussi illusoire sans doute que l’ascendance des chevaliers allemands qu’il s’attribue ailleurs. La solution est plus simple et Gérard nous en donne la clé en un passage de ses Promenades el Souvenirs : parlant de l’oncle chez lequel son aïeul vint chercher asile, après sa fuite de Laffaux, il s’exprime ainsi :

« U habitait un ancien pavillon de chasse aujourd’hui ruiné, qui avait fait partie des apanages de Marguerite de Valois. Le champ voisin, entouré de halliers, qu’on appelle « les bosquets », était situé sur l’emplacement d’un ancien camp romain et a conservé le nom du dixième César... »

Gérard n’a pas sans doute une notion bien exacte de l’ordre des Césars, mais c’est évidemment à Nerva qu’il fait allusion. En voici la preuve indiscutable : dans l’état liquidatif de la communauté et des successions Laurent- Boucher, dressé par Mes Mignotte et Meunier, notaires, le 12 juillet 1834, il est énoncé que « les parties conviennent « de laisser indivise une pièce de terre sise à Mortefontaine, « lieu dit le clos de Nerva {sic), dont la propriété est établie « par les deux titres ci-après : « 1° expédition d’un acte « passé devant Me Fourchy, notaire à Paris, le 9 pluviôse «an IV, contenant partage de la succession de Pierre Oli-

« vier, duquel il est revenu à la feue dame Laurent, pour sa « part, 8287 francs, représentant des créances et rentes, et « la valeur d’une pièce de terre de 50 ares, 7 centiares, ou « un arpent, située au terroir de Mortefontaine, lieu dit le « clos de Nerval, qui existe encore en nature ; 2° extrait « du procès-verbal de bornage du clos sus-désigné. » Il est ensuite mentionné que cette pièce de terre est louée à Mme veuve Tassain, qui doit un fermage de 31 fr. 50.

Pour mieux fixer l’origine patrimoniale alléguée par Gérard, nous nous sommes reporté à l’acte de partage de la succession de Pierre Olivier. Cette liquidation, en date du 9 pluviôse an IV, a lieu entre Antoine Boucher, marchandépicier à Mortefontaine, et sa sœur, Marguerite-Victoire Boucher, épouse de Pierre-Charles Laurent ; tous deux se partagent en même temps la succession de leur oncle et celle de leur mère Marie-Marguerite Olivier, veuve de Joseph-Adrien Boucher (30).

Nous en extrayons ce passage relatif au clos de Nerval :

« 3e Observation : il dépend de ladite succession 2 arpens, 12 perches et demie de terre dont 1 arpent un peu meilleur que le surplus. Il est convenu qu’il en sera fait deux lots, l’un d’un arpent sis terroir de Mortefontaine, lieu dit Nerval, et l’autre d’un arpent 12 perches et demie, que les parties évaluent, l’un comme l’autre, à la somme de 3 000 livres, ce qui fera 6 000 livres pour les deux... Ces immeubles appartiennent au défunt, comme lui ayant été abandonnés devant Me Brault, notaire à Plailly, le 20 brumaire an II, suivant acte contenant partage entre ledit défunt Olivier et le citoyen Rossias, de différentes terres, acquises conjointement entre eux. »

S’il fallait ajouter encore à ces sèches analyses d’actes authentiques, nous en rapprocherions unextrait du cadastre de Mortefontaine : nous y relevons, sous l’article 94, au nom de Laurent (Pierre-Charles) : le clos (le Nerval, pièce de terre et bois-taillis, puis la figuration de ce terrain au plan cadastral ; on y voit le chemin de Nerval ou des Uzelles, la haie de Nerval et le bois de Nerval. Ainsi se trouve fixée l’origine de ce pseudonyme. Tel est le lopin modeste dont Gérard voudra plus tard tirer une réelle illustration patrimoniale. Pour apprécier la haute idée qu’il s’en est faite, il faut revenir à la généalogie qu’il s’est construite en

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