Aurélia, 2» part., n. Promenades et Souvenirs, îv
CHOIX D’UN PSEUDONYME
Morls. «...En elTct, la vraie terre du poète, c’est le Champ des Morts », explique Arsène Houssaye, qui paraît d’ailleurs ignorer le sens réel de cette appellation et n’y voir qu’une image poétique U
N’y voyons nous-même ni bizarrerie d’esprit, ni symptôme révélateur de l’avenir, mais attention pieuse, inspirée par le désir de restituer ses morts à la terre d’où ils sont partis, par la religion du sol natal qu’il rattache à l’amour de la famille, à ce culte des ancêtres, auquel il doit rester si fidèle 2. Rien au surplus d’inquiétant ne transparaît en ces années laborieuses et sa vie sentimentale se consume entière dans le secret de ses rêves. Depuis Tampucci, nul n’a, semble-t-il, reçu de lui la moindre confidence... Mais l’heure était voisine, où l’illusion mortelle, latente et virtuelle jusqu’alors, allait, par une rencontre dehasard, affecter le contour précis d’une figure terrestre, où le fantôme éclos sur les vapeurs d’une nuit d’été allait s’incarner sous les espèces d’une femme de théâtre. La transfiguration de la rampe devait compléter le mirage des clairs de lune et fixer à jamais, dans l’esprit de ce fragile émotif, la vision charmante et fatale qui devait influencer toute la suite de sa destinée.