Oclavie ou l’illusion
suffrage censitaire, est inscrit sur les listes électorales h II a une stalle au théâtre de sa belle, achète bibelots et vieux meubles ; il vit dans l’intimité de la plus belle jeunesse, dont l’enthousiasme et la gaieté avivent l’étrange flamme qui pétille en son esprit.
Nul, plus que lui, n’a savouré le charme de l’amitié et nul n’en entoura l’entretien de plus de délicatesse : « Elle lui poussait, comme à d’autres l’amour, a dit Janin, par folles bouffées; il s’enivrait du génie de ses amis, comme on s’enivre de la beauté de sa maîtresse ». Le dernier rencontré, parmi ceux-ci, était un jeune vignettiste, le séduisant Camille Rogier 2, qui s’attachait à rénover, en l’adaptant au goût romantique, l’art des illustrateurs du xvme siècle. Il dessinait alors, pour l’éditeur Camuzaux, une suite de vignettes destinées à une nouvelle traduction des Contes d'Hoffmann , par Henry Egmont (36). Il n’avait rien du « bousingo », ce Jeune-France à bottes à revers, qui retroussait galamment un manteau doublé de velours nacarat. Cependant il logeait sous les combles de la rue des Beaux-Arts, et c’est là que Gérard, dont le déménagement était déjà si facile, vint transférer son campement de la rue du Paon. Rêvant tous deux d’existence moins médiocre, ils résolurent de délaisser cette altitude, et, comme ils s’étaient adjoints un troisième compagnon, Arsène Houssaye, ils se cotisèrent pour faire choix de plus vastes lambris.
Ce fut Rogier qui découvrit le gîte rêvé, en l’une des vieilles maisons qui s’entassaient encore sur l’ancienne place du Carrousel, dans une impasse solitaire, la rue du Doyenné... Qui n’a décrit cet aimable phalanstère, où la plus spirituelle jeunesse associait sa gaieté, son enthousiasme et ses folies?... On y dédaignait l’argent, que l’on répandait à mains ouvertes, mais on en manquait rarement. Cette bohème galante, décrite par Gérard en l’une de ses œuvres les plus charmantes, n’avait de commun avec celle de Mürger que la jeunesse et la fantaisie. Le pain quotidien n’y était jamais sérieusement mis en question et la misère de l’habit y était formellement prohibée. On ne se vêtait pas toujours selon l’orthodoxie des tailleurs à la mode, mais il existait, chez tous, un souci d’élégance corporelle qui seyait