Eug. de Mirecourt : Les Contemporains ; Gérard de Nerval
au début de sa passion, acheté le plus beau lit de Paris, sans savoir le résultat que l’actrice réservait à sa passion. 1 »
Gérard, impassible, laissait dire. Une seule fois cependant il trouva la plaisanterie trop forte : c’était au cours de son dernier voyage d’Allemagne ; la notice d’Eugène de Mirecourt venait de lui tomber sous la main. A l’histoire obligée du grand lit de la reine Marguerite, ce biographe ajoutait que Gérard l’avait payé 8 000 francs ! C’était trop assurément : de Leipzig, où il se trouvait, Gérard écrivit à l’éditeur Sartorius : « ...Il y a de quoi me faire blaguer aussi plus que de raison... Le lit de 8 000 francs est un peu exagéré par exemple ! Enfin, je ne suis pas à Paris heureusement... 2 3 »
Au mois de mai 1835, paraissait le premier numéro du Monde Dramatique, magazine exclusivement consacré à l’art théâtral, qu’il devait embrasser « dans son actualité et dans son histoire ». «Ce recueil ressuscitera le théâtre passé, importera le théâtre étranger », annonçait Frédéric Soulié, qui en signa l’introduction et en assuma nominalement la direction. Que cette revue ait été fondée et inspirée par Gérard de Nerval, c’est ce que personne n’essaie plus de contester, ce qu’affirme clairement sa correspondance, ce qu’ont déclaré tous ses amis, Théophile Gautier, Georges Bell, Alphonse Karr... Ce dernier y trouva l’occasion de sa première rencontre avec Gérard :
« Un jour, dit-il, un jeune homme me présenta une carte avec ce nom : Gérard Labrunie. Sa figure, gracieuse et intelligente, ses manières distinguées prévenaient suffisamment en sa faveur. Il allait fonder, me dit-il, le Monde Dramatique, revue réellement littéraire et artistique, sur beau papier de Hollande, avec des gravures rares et précieuses qu’il avait rassemblées depuis longtemps. Il me proposa de rendre compte de deux ou trois théâtres à mon choix. s »
Georges Bell ajoute que c’est sur les conseils de Balzac que Gérard avait conçu l’affaire : hélas ! compétence suspecte et patronage de mauvais augure !... (36') Ses autres
1. Balzac, Scènes de la Vie privée t. IV, Honorine p. 377 (Fume, Dubochet, 1845).