Sylvie, ch. i, Nuit perdue
mis de traiter légèrement les avantages physiques de Mlle Colon. Dans cet article, signé du monogramme G., il expose les difficultés que rencontre un critique dramatique à rendre compte de plusieurs premières pour la même soirée ; puis il loue ironiquement l’ubiquité de M. J. J. qui, utilisant les entr’actes, le ballet et les couplets de facture, et surtout grâce à son excellent coupé, peut ainsi assister à deux premières simultanées. Et il poursuit :
« Le dernier feuilleton des Débals, dont le succès a été si grand, contient sur ce sujet une révélation qui serait précieuse pour un cours que l’on ferait sur l’histoire du journal en France. M. J. J. envoie aux Variétés un pelil critique blond. Le petit critique trouve la pièce agréable, la voix de Mlle Jenny Colon délicieuse et sa taille charmante. Le grand critique noir veut voir les choses moins en beau. Il soulève là-dessus une discussion de forme et de couleur, bien dangereuse en thèse sociale. Et d’abord, que signifient ces distinctions de critique noir et de critique blond ? M. J. J. donnant pour raison à son mépris des cheveux blonds la teinte foncée des siens, et à ses dédains pour la taille d’une actrice... ses préférences peut-être pour celle d’une autre personne : c’est là, à coup sûr, une critique littéraire et dramatique très vive et très nouvelle. Nous aurons bientôt l’occasion de la relever. »
L’incident n’eut pas sans doute d’autre suite, mais le ton de l’article, si aigrement personnel à l’égard de Janin, qui cependant fut l’un des premiers et des meilleurs amis de Gérard, montre quel loyalisme ombrageux celui-ci professait pour sa dame.
Cependant Mlle Colon fait ses débuts de rentrée à l’Opéra- Comique, le 26 avril 1836, dans Sarah, de Grisard, et son succès donne lieu, dans le Monde Dramatique , aux plus enthousiastes éloges. Précédant le compte rendu de ce triomphe, une note, émanant de Gérard lui-même, s’accompagne d’un portrait de Jenny, dans le rôle de Sarah, lithographié d’après Gavarni.
« Comme actrice, — y est-il dit, — pleine d’esprit, de grâce et de sensibilité ; comme cantatrice, possédant la voix la plus fraîche, la plus jeune, la plus éclatante, elle a prouvé tour à tour qu’elle savait jouer la comédie, et, par sa vocalisation, par sa manière de faire le trille, de filer un son, par sa méthode exquise, elle a prouvé, en un mot, qu’elle savait chanter. Mlle Jenny Colon est une heureuse et précieuse acquisition pour le théâtre,
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