JENNY COLON
Rôle de Sarah, dans Sarah la jolie, de Grisar. Lithographie d’apris Gauarni (le Monde dramatique)
LE MONDE DRAMATIQUE 107
car, dans le talenl de cette jeune et jolie cantatrice, réside l’avenir de l’ Opéra-Comique. 1 »
Les ambitions de Gérard visent plus haul encore : c’est l’Opéra qu’il rêve pour sa dame ; il voudrait y sacrer son triomphe sous la figure de la Reine de Saba. Mais le scénario sortira-t-il jamais du tiroir où Meyerbeer l’oublie? Longtemps Gérard s’est leurré d’un vain espoir, mais le temps se passe en atermoiemens. Le chagrin qu’il en éprouve inspire à Houssaye les vers bien connus de la pièce intitulée V inr/l ans :
D’où vous vient, ô Gérard ! cet air académique?
Est-ce que les beaux yeux de l’Opéra-Comique S’allumeraient ailleurs? La reine de Sabbat [sic),
Oui depuis deux hivers dans vos bras se débat,
Vous échapperait-elle ainsi qu’une chimère?
Et Gérard répondait : Que la femme est amère !...
Dudramesplendide qu’elle devait illuminer, la belle reine d’Orient émigra, plus simplement, en un conte des Nuils de Rhamazan.
C’est pour Jenny encore qu’il écrit Corilla ou les deux Rendez-vous, un acte d’opéra-comique qui a la légèreté d’un proverbe de Musset. Corilla, la prima donna au chant merveilleux, est aimée de deux galans, Fabio le poète et Marcelli le mondain. Chacun lui fait porter des bouquets et elle les encourage. A l’un et à l’autre elle assigne un rendez-vous. Fabio y rencontre une jolie bouquetière : «Je vends des roses, des fleurs, du printemps... » — « Comme elle ressemble à V autre, pense Fabio ! — Mais tu n’es pas l’autre, dit-il, ce n’est pas sa main, son pied, son chant. — Voyez donc mon pied, ma main », lui dit-elle. Puis elle chante ; alors Fabio reconnaît Corilla. Survient Marcelli. A tous deux elle déclare : « Je veux réfléchir avant de m’engager. Le signor Fabio n’aime en moi que /’ actrice peul-êlre, et son amour a besoin de la dislance el de la rampe allumée. Et vous, Marcelli, vous me paraissez vous aimer avant tout le monde... Vous êtes trop mondain et lui trop poète. Veuillez tous deux m’accompagner, nous souperons tous ensemble. »