Le Monde Dramatique : t. II Jenny Colon
Les affaires du Monde Dramatique sont loin de prospérer. Dès 1836, Gérard abandonnait l’onéreux magazine. Non seulement tout son avoir y avait sombré, mais il assumait, en partant, une dette qui devait lourdement peser sur le reste de sa vie. Il a souscrit, avec un associé, nommé Bouchardy, — qu’il ne faut pas confondre avec le Bouchardy du Petit Cénacle x, — une obligation, dont la solidarité retombera sur lui seul : or ce passif devait être grave à son avenir, puisqu’en 1840, alors qu’il doit en avoir éteint une partie, il avoue à son père redevoir encore « trois mille francs ». Là gît le secret de son incurable gêne, pendant les années qui vont suivre ; car sa droiture s’alarmera toujours d’une obligation non éteinte, et, comme Walter Scott, et aussi comme Balzac, et pour les mêmes causes, il doit rester l’esclave de sa dette.
Un détail de cette liquidation fera mieux saisir ce qu’il y apporta de scrupules : pour se libérer envers ses collaborateurs, dont les articles ou les dessins restaient impayés, il leur distribua ses bibelots et les débris de son éphémère opulence. C’est M. Maurice Tourneux qui raconte le fait et il le tient de Camille Rogier lui-même 2. Alphonse Karr hérita du buffet « aux trois femmes et aux trois satyres » ; une Morl de Sainl Joseph , de Ribéra, échut à Gavarni; et ainsi tant de belles choses se dispersèrent « dans les malheurs », a dit Gérard, répétant l’un des mots favoris de Balzac.
Un avis, à la fin du deuxième volume, annonce «que la direction du Monde Dramatique va passer dans d’autres mains ». Mais si Gérard n’est plus maître de l’affaire, son influence s’y fait sentir longtemps encore : ainsi l’éloge de Jenny, bien que moins assidu, reparaît quand il convient, non atténué, comme si le mot d’ordre était resté dans la maison. Et lors même qu’avec le temps, l’action du fondateur sera à ce point diminuée que ses propres œuvres, — on le verra bientôt pour Piquillo, — seront traitées comme étrangères, le même encens continuera de brider sur le trépied de la cantatrice.