‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 49 sur 229 · Aurélia, lre partie, ch. vu · texte numérisé non relu

Aurélia, lre partie, ch. vu

2. Le Monde Dramatique: les Aclrices d'esprit, t. II, p. 12 et 41.

LIAISON ET RUPTURE

pléer à tout. Mais pour la positive Jenny?... Car, malgré ses aventures et la liberté de ses mœurs d’actrice, elle avait des instincts de bourgeoise en quête de ce stable foyer, qui, pour ces cigales de Bohême, est l’ambition dernière... Il convient pourtant de mesurer nos griefs à cette humble mémoire. Pouvait-elle un instant songer à s’attacher de façon durable un tel compagnon? Mais quel foyer ou quelle retraite amoureuse eussent pu fixer cet indépendant de vie, que nulle règle ne pouvait asservir et que la mystérieuse voix intérieure appelait sans cesse au pays perdu?

Il faut dire aussi qu’à l’époque de la rupture, vers l’hiver de 1837, Gérard n’est déjà plus le « parti sortable », que sa passagère opulence eût pu faire apparaître deux ans auparavant. Nous savons que dès le milieu de 1836, après la liquidation du Monde Dramatique , il n’a plus le sou vaillant et a dû contracter de lourdes obligations. Ses amis doivent s’efforcer de lui venir en aide : Théophile l’associe à son feuilleton de la Presse ; Alphonse Karr, devenu, en 1836 et 1837, rédacteur en chef du Figaro, qu’il vient de ressusciter, fait de Gérard son collaborateur et celui-ci amène avec lui Gautier et Ourliac. Tous quatre font, pendant un an, nous dit Alphonse Karr, dans son Livre de bord, un journal assez hardi, plein de fantaisie et d’imprévu. Enfin, le 22 juillet 1836, Gérard signe avec Rendue!, conjointement avec Théophile, un traité pour la publication des Confessions galantes de deux Gentilshommes périgourdins L Vingt-cinq louis tombaient ainsi dans les vides escarcelles des deux compagnons, qui cependant ne mirent jamais au jour ce « roman magnifique et truculent ».

Le mois suivant, tous deux partaient pour la Belgique, et ce voyage nous ramène aux faits connus de la vie de Gérard. Il faut lire, dans Zigzags, la relation qu’en fait Théophile Gautier; Gérard y figure sous le nom de Fritz:

«Je ne vous ferai pas la biographie de mon illustre camarade, dit Théo, de peur d’offenser sa modestie et de violer son incognito. Vous y perdrez beaucoup, car, dans cette heureuse expédition à la recherche du bouffon, ce que j’ai vu de plus bouffon, c’est certainement lui ; je vous dirai seulement qu’il ne jeta pas une seule fois les yeux sur le pays qu’il traversait, et qu’il employa

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