‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 50 sur 229 · Ad. Jullien, le Romantisme el l’éditeur Renduel · texte numérisé non relu

Ad. Jullien, le Romantisme el l’éditeur Renduel

tout son temps à lire la Nouvelle Héloïse, ou la Fleur des Exemples , occupation on ne peut plus édifiante. »

Les contrastes de ces deux esprits s’affirment ici encore par maints détails : ainsi, tandis que Gérard, indifférent au monde extérieur, s’abîme dans une lecture sentimentale qui correspond à son intime souci, les yeux de Théo errent d’une portière à l’autre de la diligence, ne perdent pas un aspect de la route ni un détail du paysage ; c’est d’ailleurs son premier voyage, et l’étonnement de cet explorateur partant à la découverte de la Belgique se traduit par mille saillies pittoresques ; sa verve puérile ne tarit pas de croquis, de portraits, de descriptions. Il n’omet aucun relais du voyage : Louvres, Courtenay, puis les Flandres, Cambrai, Ostende... Gérard, lui, est si distrait qu’il ne se croit pas devant l’Océan, et, sa myopie aidant, jure que c’est toujours l’Escaut canalisé ! Les deux amis s’égarent-ils par les rues des vieilles cités, Gérard précède toujours de loin Théophile, qui, porteur de la bourse commune, ne craint pas de voir son compagnon lui échapper. Et Théo note déjà « ce mouvement particulier d’aileron, qui fait que Gérard a l’air de marcher en volant, ou de voler en marchant, à l’instar des autruches»; sa vision synthétique ne s’attarde point aux détails, que scrute en arrière le minutieux Théo (39).

Parvenus à Mons, ils éprouvent en même temps une déception cruelle : l’idéal qu’ils sont venus chercher dans le Nord y fait totalement défaut : entendez les belles femmes à la Rubens, aux montagnes de chair rose, aux torrens de chevelures dorées, ce type biondo e grassolo pour lequel ils professent, chacun à sa façon, un égal enthousiasme. — Il faut patienter jusqu’à Anvers, dit Gérard, avec le sangfroid qu’il sait garder en toute occasion. Hélas ! à Anvers même, ils ne trouveront que femmes brunes et maigres, et le type rêvé ne leur apparaîtra que sur les toiles du Maître. Ils se consoleront en admirant le panorama de l’Escaut, de la tour de la cathédrale, — ascension dont Théo narre par le menu les moindres détails.

Le voyage s’achève mal : Gérard est atteint de lièvres qui l’immobilisent quelques jours en Belgique, puis, au retour, le ressaisissent à Presles, où on doit lui mettre les sangsues L Rien ne permet d’attribuer à cette maladie un

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