Lorelij, Souvenirs d’ Allemagne, ch. n : La Forêt-Noire
L’ALLEMAGNE
surplus, consister qu’en une besogne d’adaptation et de mise au point. L’une tout au moins des deux pièces n at-elle pas été commencée et grandement avancée à une époque antérieure? Gérard n’y fait-il pas allusion dans sa lettre à son père, du 27 septembre 1836, lorsqu’il parle d’une grande pièce destinée au Théâtre-Français pour le mois de novembre, et qu’il dit être «Ze travail de loul son été » ? C’est de l’Alchimiste qu’il s’agit sans doute, et non de Léo Burkart, dont la préparation paraît surtout avoir motivé le séjour à Francfort. On a d’ailleurs si peu de temps à y consacrer : les fêtes, les soupers, les promenades, le théâtre ne permettent guère aux deux amis de travailler que la nuit ; leur apparition dans la loge de MM. Rothschild a produit sensation : «Tout le monde se levait pour voir Dumas et les acteurs se tournaient vers lui en déclamant » 1.
Rentrés à Paris, aux premiers jours d’octobre, ils ne songent plus qu’à placer leur besogne. L’une des pièces ira à la Renaissance, l’autre à la Porte-Saint-Martin. Mais quel chassé-croisé se produit alors? A Anténor Joly, qui pompeusement inaugure, le 8 novembre, le théâtre de la Renaissance, avec une reprise de Buy Blas , écherra l’Alchimiste, tandis que Harel imposera sa malechance à Léo Burkarl. Or n’est-ce pas le contraire qui devait d’abord avoir lieu? — «Vous savez que nous lirons quand vous voudrez ; Dumas parle de lundi... », écrit Gérard à Joly, dans une lettre non datée, mais qu’on doit placer aux premiers jours de novembre 1838 : il y réclame, en effet, «deux stalles et trois petites loges de cintre », promises par Victor Hugo, pour la représentation de Buy Blas, dont la reprise devait avoir lieu à cette date. Mais de quelle lecture veut-il parler? De Léo Burkarl peut-être, puisque, d’abord reçue à la Renaissance, cette pièce n’y sera pas jouée et que, le 16 novembre, les auteurs rendront à Joly sa parole en lui signant ensemble la déclaration suivante : « Nous nous engageons, Gérard et moi, malgré la réception d’ Anténor Joly, à ne pas exiger la représentation de la pièce intitulée Léo Burkart 2 ». Cette résiliation bénévole doit avoir sa compensation et c’est l’ Alchimiste que finalement agrée le directeur de la Renaissance. Au mois de mars, Gérard, qui a fait de Léo
1. Lettre à son père, publ. par A. Houssaye ( la Presse, 24 sept. 1865).