Léon Séché, le Cénacle de Joseph Delorme, t. I, p
Burkarl une refonte totale, écrit à Anténor Joly : « Je suis bien fâché qu’il ait fallu tant de temps pour rendre Léo Burkarl représentable et que, sous sa première forme, il ait été si indigne de vous ; je n’en tiens que plus à vous dédommager avec Dolbreuse h » Il s’agit peut-être ici de ce drame moderne auquel Théophile Gautier fait allusion dans son H isloire du Bomaniisme , et dont la donnée se rapprochait de celle d'Eugène Aram : Gérard peut donc s’occuper d’une nouvelle pièce qu’il dit fort avancée, alors qu’il mène de front les répétitions des deux autres, qu’on jouera le mois suivant ! Tout cela s’explique assez bien : toutefois on peut se demander, — si Harel n’a reçu Léo Burkarl qu’après le refus de Joly — à quel travail pouvaient bien s’appliquer les 1 200 francs comptés à Gérard, lors de son départ pour l’Allemagne. La gêne bien connue de Harel exclut l’idée d’une avance sur une pièce à faire, sans plan arrêté ni contrat préalable. Il faut donc supposer qu’il s’agissait de l' Alchimiste et qu’un troc aurait eu lieu ensuite entre les deux théâtres.
L' Alchimiste fut représenté à la Renaissance le 10 avril
1839, alors que la première de Léo Burkarl avait lieu six jours après, le 16 avril, à la Porte-Saint-Martin. L’ Alchimiste, drame en 5 actes, en vers, dont le rôle principal fut tenu par Frédéric Lemaître, eut un succès modeste, suffisant cependant pour permettre à Gérard de gagner 1 200 francs 1 2 ! exactement la somme reçue de Harel... On estime communément que cette pièce est celle où la main de Dumas fut la plus opérante. On pourrait invoquer, en effet, sa parfaite construction scénique, la versification facile et l’intensité de l’intérêt dramatique. On y verrait aussi, comme une marque plus personnelle, une dédicace en vers de Dumas amoureux à son interprète favorite, la Francesca de l' Alchimiste, à l’opulente et sculpturale Ida Ferrier, qui, le 5 février
1840, deviendra Mme Alexandre Dumas :
L’aurore en s’éloignant, ordonne à la prairie
De parsemer de fleurs l’herbe qu’elle perla ;
1. Lettre à Ant. Joly, 2 mars 1839. Correspondance, publ. par M. J. Marsan.
2. Lettre à son père, de Vienne, 30 janv. 1840 (le Temps, 20 août 1907).