L’ALCHIMISTE
L’aurore à son retour trouve l’herbe fleurie ;
Et vous, vous m’avez dit de votre voix chérie :
« Faites vite pour moi ce drame. » — Le voilà !
Cependant l’empreinte de Gérard y est manifeste. Notons d’abord l’origine : I Alchimiste est une pièce empruntée au répertoire allemand, où elle est intitulée Fcisio, et dont Gérard et Dumas ont fait une très libre adaptation. Mais qui donc connaît assez le théâtre et la langue germaniques pour découvrir ce drame et le traduire? Si maintenant nous passons à la lecture, — elle est possible encore et les beaux vers n’en sont pas absens, — combien nous sentons, dans les deux premiers actes surtout, la fable coutumière, le sujet préféré de Gérard : ce Fasio n’est-il pas l’élève de Nicolas Flamel, le fils de Faust et de Laurent Coster ? Regardez-le, veillant sur ses creusets, en l’ouvroir de sorcellerie : près de lui, son épouse, la douce Francesca, l’entoure de sa sollicitude. Comme elle ressemble à dame Pernelle de Nicolas Flamel et à la bonne Catherine de I Imagier cle Harleml Mais voici qu’apparaît la Fantaisie, l’illusion fatale aux chercheurs d’idéal, à l’inventeur et au poète. Elle s’incarne ici sous les traits de la belle courtisane Maddalèna, figure angélique qui fut là-haut Zéphon ou Gabriel, mais qu’à travers son enveloppe terrestre l’âme de Fasio a reconnue !... Gérard l’aurait souhaitée plus irréelle encore, aurait voulu faire évoluer son drame dans une action plus symbolique ; les deux premiers actes sont presque parfaits : c’est la douce poésie de Gérard qui s’épand, si pénétrante, de ces vers émus. Mais le symbole se noie bientôt dans la vulgarité du mélodrame ; nous sentons intervenir la main du dramaturge, rompu aux exigences de son public et qui sait quelle pâture il sied de lui présenter. Une somptueuse mise en scène, les noms de Frédéric Lemaître et de Mlle Ida maintiendront la pièce jusqu’à la fin de mai 1839. Une phrase du Monde Dramalique restitue à Gérard sa part anonyme : «... Tel est l’ Alchimiste, de M. Dumas, qui n’est pas seul, j’oubliais de vous le dire, le père du nouveau-né, et à qui la chronique donne pour collaborateur M. Gérard, l’auteur non nommé de Piquillo L »