Le Monde Dramatique, t. VIII, p
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Autrement original est ce Léo Burkart, que Gérard va signer seul et marquer d’un bout à l’autre de son empreinte. En s’attachant à cette œuvre, il obéit, comme toujours, à une tenace hantise, qui, depuis deux ans au moins, habite son esprit. C’est la tragique aventure de Kotzebue, ce médiocre dramaturge dont le poignard de Cari Sand interrompit l’équivoque carrière, qui lui fournit la première idée de « cette composition dramatique, traitée librement à la manière de Schiller » 1. Quel attrait put exercer ce Scribe du théâtre allemand sur l’esprit de Gérard? A l’évidente instigation de ce dernier, le Monde Dramatique publiait, en mars 1837, une notice signée Savoye, et un portrait lithographique de Kotzebue. Dès alors, il songe à traduire et à vulgariser les œuvres principales de celui-ci. Il en sera distrait par d’autres tâches, mais il y reviendra plus tard en traduisant Misanthropie et Repentir, que son ami Houssaye fera recevoir par le comité des Français.
Bien qu’il se défende ensuite de s’être inspiré, pour Léo Burkart, de Kotzebue et de Cari Sand, bien qu’il se réfère à un autre attentat qui se serait accompli à Francfort, deux mois après le crime de Sand (43), c’est cependant à la tragédie de Manheim qu’il songe uniquement, lors de la préparation de son drame; c’est avec la pensée de s’en mieux pénétrer qu’il organise avec Dumas la rencontre de Francfort et que tous deux se rendent à Manheim et à Heidelberg. Toutefois, n’est-ce pas à Dumas seul qu’il faut attribuer le raffinement d’information auquel se livrent les deux voyageurs? Visite du cimetière et du lieu de l’exécution, interview du directeur de la prison où fut enfermé Sand, visite au Dr Widmann, bourreau de Manheim, description du sabre en forme de cimeterre qui avait servi au supplice, enfin reconnaissance des bois de l’échafaud, utilisés par le bourreau à la confection d’une tonnelle festonnée de pampres, telles sont les phases du pèlerinage que détaille humoristiquement Gérard, mais où se reconnaît la documentation favorite du roi du mélodrame.
La part de celui-ci dans Léo Burkart s’est bornée, nous dit Gérard dans sa préface, « à des conseils pour la composition ». — «Je n’étais, moi, pour quelque chose, que dans l’arrangement dramatique des scènes et dans l’exécution 1. Préface de Léo Burkart, publ. à la suite de Lorely.