‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 61 sur 229 · Sur ce carnet, voir infra, p · texte numérisé non relu

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qui sera pour quelques jours l’Aurélia de cette Adrienne, — l’héroïne de cette idylle rapide, qui participe non moins du mystère, qui enveloppe entière l’histoire sentimentale de Gérard de Nerval?... Car ici nous sommes réduits aux quelques lignes qu’il y consacre dans les Amours de Vienne et dans Aurélia. Est-ce bien au surplus de la même femme qu’il s’agit?... Ici, il se borne à dire « que cela a mal fini »; puis il interrompt ses confidences en citant un vers de Klopstock : « Mais voici que la discrétion me fait signe de son doigt d’airain ».

Le masque de la belle inconnue a pourtant été soulevé, et il a suffi, pour la reconnaître, de rapprocher, des deux fragmens que nous venons de citer, quelques mots de la préface de Lorely et surtout deux lettres de Gérard, l’une à Jules Janin, la seconde à son père. Mais combien elle ressemble peu à la blonde Jenny, et que nous sommes loin du type biondo e grassolo de Gozzi !... Elle n’en est pas moins séduisante, avec ses yeux vifs, ses traits mobiles, son fin visage encadré de bandeaux bruns, cette Marie Pleyel, dont le souvenir s’associe à celui d’un grand amour de Berlioz. L’éclat de sa renommée, le prestige de son talent lui font une auréole qui achève de lui soumettre les cœurs. En cette cour de Vienne, où Gérard retrouve la grâce polie et le culte des arts hérités du xvme siècle, poètes et musiciens sont rois et tous les virtuoses de l’Europe sont tour à tour attendus et fêtés : des artistes comme Bériot, le veuf de la suave Malibran, Liszt, Anna Ludlow et Marie Pleyel s’y disputent l’enthousiasme. Il vient des pianistes de partout et Sairite-Àulaire compare « cet embarras de pianos à la journée des brancards ».

La beauté de Mme Pleyel produit sur Gérard une vive impression : il s’est fait donner pour elle une recommandation de Janin, mais on la dit si entourée de ducs, de princes et de célébrités de tout ordre qu’il reste plus d’une semaine sans oser se présenter. Enfin il la rencontre à la table de l’ambassadeur et finit par surmonter sa honte :

« M. de Sainte-Aulaire, auprès duquel nous étions placés, écrit-il à Janin 1, m’a trahi tout d’abord, et à peine a-t-il eu

1. Lettre à J. Janin, de Vienne, 23 déc. 1839. Correspondance, publ. par M. J. Marsan, I. XIX.

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