‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 70 sur 229 · Edmond Texier, le Siècle, 14 décembre · texte numérisé non relu

Edmond Texier, le Siècle, 14 décembre

2. Coll, de l’auteur. Les parties soulignéée sont bàtonnées sur le manuscrit.

chez Mme de Sainle-Colombe ; là, je fus remis aux soins d’un jeune médecin nommé Creuze 1.

Pendant trois jours je dormis d’un sommeil profond, rarement interrompu par les rêves. Une femme vêtue de noir apparaissait devant mon lit et il me semblait qu’elle avait les yeux caves ; seulement, au fond de ses orbites, il me sembla voir sourdre des larmes, brillantes comme des diamans. Cette femme était pour moi le spectre de ma mère morte en Silésie. Un jour on me transporta au bain. L’écume blanche qui surnageait me paraissait former des figures de blason et j’y distinguais toujours trois enfans percés d’un pal, lesquels bientôt se transformèrent en trois merlettes : c’étaient probablement les armes de Lorraine.

Je crus comprendre que j’étais l’un des trois enfans de mon nom traités ainsi par les Tartares lors de la prise de nos châteaux. C’était au bord de la Dwina glacée. Mon esprit se transportait bientôt sur un autre point de l’Europe, au bord de la Dordogne, où trois châteaux pareils avaient été rebâtis2. Leur ange tutélaire était toujours la dame noire, qui dès lors avait repris sa carnation blanche, ses yeux étincelans et était vêtue d’une robe d’hermine tandis qu’une palatine de cygne couvrait ses blanches épaules.

Dans la journée, Théophile Gautier el Alphonse Karr vinrent me rendre visite... »

Il dut rester environ un mois dans cette maison, puisque, le 5 mars, il écrit à Weill « que sa courte maladie est terminée depuis cinq ou six jours » 3.

De la même date, une lettre à son père nous renseigne mieux encore sur cette première phase de la crise :

« Mon cher papa, l’on me permet enfin de lire et d’écrire, et je me crois rentré tout à fait dans la meilleure santé. M. Yallerand, qui m’a vu hier, a été très content et nous avons parcouru le jardin fort gaiement. On m’avait dit que tu viendrais hier ; il n’y a plus rien à ordonner pour moi qu’une bonne et saine nourriture; mais je suis fâché de ne point te voir le plus possible. J’ai bien des choses à te dire. Tous les bonheurs qui me sont arrivés avec l’aide de nos amis et la bienveillance du ministre, je voudrais te les conter, car je n’ai pu te voir encore depuis ma fièvre, que deux instans, que pour affaire de vêtement et d’argent, ce qui est fort peu amusant. Grâce à toi et à tous ceux qui me sont chers,

1. Il reçut ensuite les soins des docteurs Vigla et Vidal de Cassie.

2. Cette idée se raltache à la généalogie qu’il s’est construite. Voir supra

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