Le Rêve et la Vie ; Aurélia, Ve partie, ch. vu
LA MORT D’AURÉLIA
géante nimbée de sept étoiles, symbolisant à la lois Diane, sainte Rosalie et Jenny Colon ». Il est curieux d’en rapprocher ce fragment manuscrit, supprimé à l’impression, d’une première épreuve d’Aurélia :
« Plus calme au milieu de mes sœurs d’infortune qui traçaient sur le sable ou sur le papier des hiéroglyphes que je croyais voir se rapporter à mes idées, j’ai essayé de retracer l’image de la divinité de mes rêves. Sur une feuille imprégnée du suc des plantes, j’avais représenté la Reine du Midi, telle que je l’ai vue dans mes rêves, telle qu’elle a été dépeinte dans l’Apocalypse de l’apôtre saint Jean. Elle est environnée d’étoiles et coiffée d’un turban, où éclatent les couleurs de l’arc-en-ciel. Sa figure aux traits placides est, de teinte olivâtre, son nez a la courbure du bec de l’épervier. Un collier de perles roses entoure son col... 1 »
Aurélia est ainsi devenue la flamme centrale d’une Création fantastique, guidant, en ses avatars successifs, l’évolution des êtres et des mondes. Elle domine, comme la Déméter antique, un univers fabuleux, où se meuvent confusément les formes de la vie, où de divines parcelles de la lumière astrale ont semé les germes des âmes, — ces archétypes de l’Esprit, dont Gérard a trouvé le concept dans ses livres de cabale et qu’il appelle les Eloims.
Ces heures d’illusion passent si doucement que cette demeure lui semble le paradis, qu’il se désole à la pensée de retourner parmi les hommes. Cependant les soins qu’il y reçoit l’ont peu à peu rendu à la santé ; ses amis peuvent maintenant venir le voir, et il lui est permis de s’entretenir avec eux. Une lettre, que lui écrit Francis Wey, nous le montre déjà convalescent, « vivant au milieu des arbres comme une fauvette, mangeant comme un corbeau, environné de verdure et de parfums ».
Telle fut cette première crise, à laquelle on voudrait dénier le nom de folie, si les débuts n’en avaient été marqués par les phénomènes les moins équivoques de la déraison... Qui ne serait tenté d’accueillir les aimables paradoxes dont il cherche à expliquer son état après la crise? Il faut relire la dédicace de Lorely à Jules Janin2. Celui-ci avait assez légèrement annoncé la mort de Gérard et, de sa