Aurélia, 2° partie, ch. ni
LA MORT D’AURÉLIA 177
des ballades populaires, qui maintenant se condense en d’hermétiques et sibyllines formules.
Aussi ne veut-il croire à sa folie, lorsque, plus alerte de corps et plus lucide d’esprit, il délaisse l’asile bienfaisant pour reparaître au milieu de ses amis. Il ne concède à personne qu’il ait pu perdre et recouvrer la raison :
« Au fond, — écrit-il à MmeAlexandre Dumas 1, — j’ai fait un rêve très amusant et je le regrette ; j’en suis même à me demander s’il n’était pas plus vrai que tout ce qui me semble seul explicable et naturel aujourd’hui ; mais, comme il y a ici des médecins et des commissaires qui veillent à ce qu’on n’étende pas le champ de la poésie aux dépens de la voie publique, on ne m’a laissé sortir et vaguer définitivement parmi les gens raisonnables que lorsque je suis convenu bien formellement d’avoir élé malade , ce qui coûtait beaucoup à mon amour-propre et à ma véracité... Je me trouve tout désorienté et tout confus en retombant du ciel, où je marchais de plain-pied il y a quelques mois. »
L’attention dont il est l’objet, les questions de ceux qui veulent quand même s’enquérir de sa santé, ne laissent pas de lui être importunes. Il songe alors à s’éloigner de Paris et à repartir en voyage.
Certains de ses biographes le font retourner à Vienne, mais sans donner de ce deuxième séjour la moindre explication plausible. Nous verrons bientôt la source de cette erreur.
Son seul déplacement, à sa sortie de Montmartre, paraît être une brève excursion à la mer, qu’il entreprend à la fin de l’automne2, mais d’où le mauvais temps le rappelle bien vite à Paris. L’hiver qu’il passe ensuite est déplorable, dit-il : «l’abattement lui ôtait les forces, l’ennui du peu qu’il faisait le gagnait de plus en plus, et le sentiment de ne pouvoir exciter que la pitié, après sa terrible maladie, lui ôtait même le plaisir de la société ».
Rien au surplus ne nous renseigne sur l’emploi de son temps pendant cette funèbre année 1842.
La fatalité continue à l’environner de deuils et à incliner son esprit vers la douleur. Ce que la seconde vue du rêve lui a révélé l’année précédente va s’accomplir. Adrienne est
1. Lettre à Mme A. Dumas, 9 novembre 1841. (Rev. des docum. hislorioues