Ibid
morte, et c’est maintenant Aurélia que la Parque réclame. La cantatrice était revenue de Bruxelles, épuisée par un labeur exténuant. Depuis longtemps déjà, sa santé altérée lui avait imposé des trêves qu’elle n’acceptait que contrainte : elle dut enfin céder à la mort et s’éteignit, en pleine jeunesse, le 5 juin 1842. C’est à Paris, chez elle, rue des Mathurins,n° 17, et non à Rruxelles, ainsi qu’on l’a prétendu à tort, qu’il faut placer ce décès (54). L’événement fit peu de bruit: le public oublie vite ces idoles de ses heures perdues, dont rien au surplus ne peut faire revivre le charme éphémère. Quelques lignes de Janin notèrent seules qu’était morte « en pleurant, la blonde et douce Jenny, si joyeuse ! douce image, pâle et mélodieux sourire !... » Songea-t-elle un instant, lors de son adieu à ce monde, qu’elle devrait peutêtre uniquement à son pauvre amant dédaigné d’échapper à l’oubli des hommes?
Gérard avait connu, l’année précédente, les débuts de cette maladie ; mais il était alors chez le Dr Blanche, et son pressentiment de la mort d’Aurélia ne lui causa « qu’un vague chagrin mêlé d’espoir ».
« Je croyais moi-même n’avoir que peu de temps à vivre, dit-il, et j’étais désormais assuré de l’existence d’un monde ou les cœurs aimans se retrouvent. D’ailleurs, elle m'appartenait bien l>lus dans sa morl que dans sa vie : égoïste pensée que ma raison devait payer plus tard par d’amers regrets.»
Ainsi pensa-t-il encore lorsqu’il acquit la certitude que Jenny était morte ; il n’en devait pas éprouver cette souffrance immédiate et directe, que nous cause d’ordinaire la perte d’un être cher : ce trépas, qui libérait l’esprit de l’aimée et le dégageait de tout ce qui, sur la terre, le séparait du sien, devait être pris comme un bienfait. Désormais son ombre n’appartiendrait plus qu’à lui... Lui seul, en effet, serait assez affranchi des liens terrestres pour communier avec elle dans le monde des esprits.
Cependant le malsain attrait du sépulcre le sollicitait. Il apprit que Jenny avait été inhumée au cimetière Montmartre : une force secrète l’incitait à l’y visiter... Curas meas aliquanlulum jore levalas si sepulcrum amicæ visilarem... Il hésita d’abord, une pudeur le retenait de s’enquérir d’une tombe, sur laquelle il ne se croyait aucun
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Mme J. CO LO N- LE P LU S Lithographie d'après Maurin ( 1S41).
LA MORT D’AURÉLIA
droit. Une fois pourtant il s’enhardit : c’était le jour des Morts de cette même année 1842 ; il se fit indiquer l’emplacement de la concession que M. Leplus venait d’acquérir (55). On creusait alors le caveau, sur lequel fut placé depuis un sarcophage de pierre, avec cette épitaphe surmontée d’une lyre :