A MARGUERITE JENNY COLON
!î JUIN 1812. (56 )
Un gardien avait remis à Gérard un papier portant l’indication de la sépulture. Il le plaça dans un coffret qui lui venait de la morte, reliquaire où il enfermait ce qu’il avait conservé d’elle, sa dernière lettre, quelques objets symboliques rapportés de ses voyages et auxquels se rattachait son souvenir. Depuis il ne visita plus cette tombe. Dix ans plus tard cependant, après sa crise de 1853, la rencontre d’un convoi funéraire qu’il voulut suivre le ramena une fois encore au cimetière Montmartre. Il y chercha longtemps le tombeau d’Aurélia sans pouvoir le trouver. Alors, le cœur palpitant, la tête perdue, il courut chez lui, ouvrit le coffret, en tira la lettre et le papier indicateur. Mais, au moment de se diriger à nouveau vers le cimetière, il changea de résolution : « Non, dit-il, je ne suis pas digne de m’agenouiller sur la tombe d’une chrétienne ; n’ajoutons pas une profanation à tant d’autres... »
Le lendemain, après un rêve douloureux, il soumit à la flamme « ces reliques d’amour et de mort ». Il avait anéanti le dernier lien terrestre qui l’unissait à elle et supprimé le moyen de retrouver sa sépulture L