‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 8 sur 229 · Voir aussi les Petits Châteaux de Bohême, ch. vin · texte numérisé non relu

Voir aussi les Petits Châteaux de Bohême, ch. vin

fit, en 1835, la baronne de Feuchères. 11 n’en subsiste plus que l’aile du fond, actuellement affectée au logement du jardinier. Le corps principal, sur la rue, avec sa façade jaune et ses volets verts, a été démoli, et le mur du parc prolongé sur son emplacement (10).

Mais ce qui demeure peut suffire encore à la piété des amis de Gérard :1e petit jardin est toujours là, enclos dans ses anciens murs, un peu inculte et envahi par les lleurs, ainsi qu’il convient à ce retrait du souvenir. Rien dans ce débris du vieux logis n’atteste le passage des occupans de jadis ; rien n’en rappelle l’ancienne destination, si ce n’est, sur la façade aux fenêtres sans volets, la plaquette qui portait l’enseigne de l’auberge, cette auberge devant laquelle s’arrêta, conduit par le destin, le fugitif Pierre-Charles Laurent. Mais, — ô fidélité des vieux actes, — les feuillets jaunis de l’inventaire dressé en 1820, après le décès de l’oncle Antoine, nous restituent cet intérieur d’autrefois, avec la vivacité d’une estampe d’après Chardin, non sans maintes concordances avec les rappels de Sylvie et d'Aurélia : voici la vieille armoire, la table à jeu, le trumeau audessus de la glace « dans son parquet de bois peint en gris », puis, dans un cabinet à gauche de l’alcôve, « un porte-livres et quelques volumes », — tout ce ménage de petit bourgeois campagnard, tel que nous imaginons l’oncle de Mortefontaine. Ne le revoyons-nous pas lui-même, bien vivant, sous le costume que le même document nous décrit avec minutie : « une redingote en drap vert-bouteille, un pantalon de velours assorti », un gilet d’étoffe à ramages, sa casquette et son vieux tricorne *?

D’abord maçon, puis épicier, Antoine Boucher avait épousé, le 27 février 1783, Marie-Jeanne Robquin, âgée, dit l’acte de mariage, d’environ trénte-huit ans, et veuve d’Antoine-François Corbie (ou de Corbie), en son vivant clerc ou maître d’école de Marly-la-Ville. Pour un marié de vingt-cinq ans, c’était une épousée un peu mûre et, de plus, déjà pourvue d’un fds de sa première union ; mais elle lui apportait une aisance honnête, et ne le gratifiait pas moins de deux héritiers : une fdle, Marie-Antoinette-Élise, en 1784, et un fils, Antoine-Auguste, en 1787 2. Le mariage

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