Voir supra, p
2. Voyage en Orient, Introduction. Voir aussi inlra. Lettre a Houssaye, p. 267.
L’ORIENT ; VERS ISIS
a donc pu, sous ce lumineux ciel d’ÉgypLe, donner l’éveil aux esprits de la nuit? Ainsi qu’à Vienne, c’est sous une influence de rencontre que s’est évoquée l’image fatale : ici encore c’est la divine illusion de l’amour qui a fait surgir le spectre de l’abîme...
Que s’est-il passé? Gérard a dit adieu à la vieille cité du Caire ; et, au moment de partir pour Damiette, il adresse à Théophile quelques notes drolatiques, mais un peu désenchantées (58).
Ce séjour lui a cependant valu quelques mois heureux. Il a rencontré au Caire d’accueillantes figures ; il s’est fait du consul de France, Gautier d’Arc, un véritable ami, dont bientôt il déplorera la mort. Il n’est pas jusqu’à Ibrahim-Pacha, le vainqueur des Turcs, qui ne lui ait montré sa sympathie en s’offrant à le conduire à Gizeh et aux Pyramides. Puis il a délaissé la terre des tombeaux et vu s’effacer à l’horizon du désert les triangles gigantesques de Memphis. Énervé par les étés amollissans de l’Égypte, il a fui les bords du Nil et leurs forêts de palmiers, pour chercher l’air vivifiant de l’Asie. Abordant les côtes de Syrie, il s’est dirigé vers les montagnes aux ombrages reposans du Liban.
A Beyrouth, il a confié à Mme Cariés la pauvre Zeynab, et, plus libre d’allures, a continué sa marche et séjourné tour à tour chez les Maronites et chez les Druses. Mais alors le ton change, et différente de la première est cette seconde partie du voyage en Orient : l’accent est plus profond; les visions colorées, les superficielles notations de costumes et de mœurs font place à des retours plus intimes où l’âme du voyageur se révèle à nu.
Il prélude d’une note attristée sur l’envol de la jeunesse : le thème lui en est fourni par ce refrain qu’un matelot jette au vent des mers :
N 7) xxXiiAEpa vv) topa xaX't.
Ce que Gérard paraphrase ainsi :
Le matin n’est plus, le soir pas encore ;
Pourtant de mes yeux l’éclair a pâli,
Nv) xaXtjaspa và) topa xaX't Mais le soir vermeil succède à l’aurore Et la nuit, plus tard, amène l’oubli !
« Triste consolation, ajoute-t-il, que de songer a ces soirs vermeils de la vie et à la nuit qui les suivra. Nous arrivons bientôt à cette heure solennelle qui n’est plus le matin, qui n’est pas le soir, et rien au monde ne peut faire qu’il en soit autrement. Quels remèdes y trouverais-tu? J’en vois un pour moi : c’est de continuer à vivre sur ce rivage d’Asie où le sort m’a jeté ; il me semble, depuis peu de mois, que j’ai remonté le cercle de mes jours : je me sens plus jeune; en effet, je le suis, je n’ai que vingt ans... 1 »
Ainsi rajeuni par la vie orientale, ne va-t-il pas encore rencontrer l’amour? Ne serait-ce pas le salut? « Il faut que je m’unisse à quelque fille ingénue de ce sol sacré, qui est notre première patrie à tous, que je me retrempe à ces sources vivifiantes de l’humanité, d’où ont découlé la poésie et les croyances de nos pères ! » L’amour va donc lui apparaître encore sous les traits de la blonde Saléma, fille du scheik druse Saïd-Eschérazi. Ce visage, aperçu chez Mme Cariés, lui offre des traits où la blancheur européenne s’allie au dessin pur de ce type aquilin, qui, en Asie, comme chez nous, a quelque chose de royal... » Elle a jeté sur lui un regard attentif et souriant qui lui est allé jusqu’à l’âme :
«En quittant la maison de Mme Cariés, j’ai emporté mon amour comme une proie dans la solitude. Oh ! que j’étais heureux de me voir une idée, un but, une volonté, quelque chose à rêver, à tâcher d’atteindre ! Ce pays qui a ranimé toutes les forces et les aspirations de ma jeunesse ne me d'evait pas moins ; j’avais bien senti déjà qu’en mettant le pied sur cette terre maternelle, en me replongeant aux sources vénérées de notre histoire et de nos croyances, j’allais arrêter le cours de mes ans, que je me referais enfant à ce berceau du monde, jeune encore au sein de cette jeunesse éternelle. Désormais je n’étais plus seul, mon avenir se dessinait sur le fond lumineux de ce tableau : la femme idéale que chacun poursuit dans ses songes s’était réalisée pour moi ; tout le reste était oublié... 2 »
Maintenant c’est encore la maternelle Isis qui se détache de la chaîne des symboles et va présider à l’essor de ce nouvel amour. Aussi, poursuivant son pèlerinage ésotérique, commencé au temple de Vénus Uranie, va-t-il faire aux Pyramides sa seconde station et se faire décrire,