‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 83 sur 229 · Ph. Burty, Camille Rogier ( l’Age du Romantisme, liv · texte numérisé non relu

Ph. Burty, Camille Rogier ( l’Age du Romantisme, liv

L’ORIENT; VERS ISIS

à présent que je vais piocher. Fonfrède repart pour sa patrie ; moi je ne remonterai que dans un mois avec Rogicr, qui va en Valachie et en Servie. .J’y resterai quelques jours. Il y a ici le grand IIospodar du lieu qui nous y promet un accueil des plus magnifiques ; je ne serai donc pas à Paris avant le mois de décembre. Que cela ne t’empêche pas de m’écrire à Constantinople et de me donner des renseignemens littéraires ; on me fera passer la lettre si elle arrive trop tard. Mets en bas : recommandée à M. Cadalvène, -c’est le directeur de la poste. — Constantinople est un séj ouipeu attrayant ; la nature vous assassine de beautés à bout portant. Le Caire vaut encore mieux, quoi que j’en dise. On sent une grande privation en Orient, c’est la musique et les intérieurs éclairés. Ensuite on sait trop ce qu’on va voir. Partout les peintres nous ont découpé l’Asie en petits carrés pendus au mur ; hormis en Syrie, je n’ai pas trouvé un paysage imprévu. Je suis fort engraissé et embelli, au physique moins encore qu’au moral : j’ai donné de beaux exemples de vertu et de digîiité, — il le fallait ; — ah ! parle-moi donc de Mlle Berthaut ; est-ce qu’elle n’est pas aux Variétés, parmi les belles filles? Vois-tu le Loubens? Oue dit-on d’Ourliac? Fais mon compliment à Parfait pour son drame ; puisse-t-il être digne de sa signature. Je regrette le départ de Fonfrède, qui est un compagnon beaucoup moins sauvage qu’il n’en a l’air, et aimable et honnête. Il passe par un chemin très commode, qu’on vient d’inventer, à travers l’isthme de Corinthe jusqu’à Trieste. Il eût aimé que nous partissions ensemble ; mais, n’ayant pas d’affaires qui me rappellent aussitôt que lui, j’aime autant allonger le retour et voir plus de pays. Adieu et bonjour à Bore], à Préault, à Perrot, et encore adieu. — Gérard... 1»

L’envoi contenu sous ce pli nous est expliqué par cette autre lettre écrite à son père, de Constantinople, le 25 octobre suivant :

«.Je suis toujours à Constantinople, où j’ai voulu attendre les fêtes du Ramazan. Je dis : j’ai voulu, car j’aurais pu partir avec mon compagnon de voyage, qui est retourné en France pour un procès qu’il a ; mais effectivement c’eût été malheureux, comme on me l’a fait observer, car, pour être venu si loin, il faut du moins bien voir et bien connaître les lieux qu’on ne reverra plus et dont l’étude peut être utile : en repartant, le mois passé, je perdais non seulement la connaissance suffisante de Constantinople, mais encore celle de la Morée et de l’Italie autrichienne, M. de Fonfrède ayant dû revenir par la voie la plus courte. D’ailleurs, la saison n’étant pas encore très avancée, c’était sacri-

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