‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 85 sur 229 · Lettre inédite. Collect. Henri I-Ioussaye · texte numérisé non relu

Lettre inédite. Collect. Henri I-Ioussaye

religions diverses des pays que j’ai traversés? Oui, je me suis senti païen en Grèce, musulman en Égypte, panthéiste au milieu des Druses et dévot sur les mers aux astres-dieux de la Chaldée; mais à Constantinople, j’ai compris la grandeur de cette tolérance universelle qu’exercent aujourd’hui les Turcs. » C’est la même pensée qu’il traduit par cette boutade, décochée un soir, chez Victor Hugo, à quelqu’un qui lui reprochait de n’avoir pas de religion : « Pas de religion, moi! allons donc! j’en ai dix-sept... au moins1... » Il n’y faut voir ni scepticisme ni irrévérence. Il scrute, avec la même curiosité dévote, la même piété recueillie, les divers symboles dont les grands initiés, les Moïse, les Pythagore, les Mahomet, les Hakem ont enveloppé la commune vérité qu’ils avaient mission de présenter, en la rendant perceptible, aux foules humaines. Les railleries ou le sarcasme des esprits forts le froissaient comme une grossièreté, et le plus humble prophète avait droit à ses égards.

« Pourquoi ne pas être poli à l’endroit de Jupiter? » disaitil plaisamment à ceux qui parlaient sans respect des dieux du paganisme. De telles façons devaient facilement être prises pour bizarreries d’esprit, si ce n’est même pour prodromes de démence. Certes il est permis de s’apitoyer et de sourire à quelques singularités puériles de sa théomanie ; mais plus justement l’on s’étonne de ces regards divinateurs que çà et là il projette sur l’avenir de la connaissance, avec cette pénétration lucide, cette sorte de seconde vue qui est le propre de ces esprits désincarnés. Dans sa synthèse théogonique, il ne fait d’abord emploi que des formules ésotériques; mais il délaisse peu à peu le langage des initiés pour exposer, en précurseur de l’histoire des religions, la rationnelle conception du syncrétisme. Il emploie une première fois le mot à l’occasion de la religion des Druses. Mais, à la fin d’Isis, il reprend la même idée pour expliquer — avec quelle magie de langage! — que le christianisme lui-même n’est qu’une synthèse des dogmes antérieurs. Oyez plutôt ce beau fragment, gemme précieuse d’anthologie, où la pureté de la forme n’a d’égale que la sublime clarté de l’idée :

« ...Mais voyez combien d’assimilations aisées le christianisme allait trouver dans ces rapides transformations des dogmes les

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