‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 88 sur 229 · Lettre inédite. Collect. Henri Houssaye · texte numérisé non relu

Lettre inédite. Collect. Henri Houssaye

Il est à peine rentré que de multiples labeurs le sollicitent. Il lui reste à classer les notes éparses de ses mémoires d’Orient, dont il va distribuer les fragmens aux publications les plus diverses. Il pourvoit en outre aux feuilletons dramatiques de l’ Artiste et de la Presse ; et encore que de mérite inégal, bon nombre de ces articles nous font regretter qu’ils n’aient pas été réunis. On le voit enfin doter de chroniques et de nouvelles des journaux ou revues tels que la Sylphide , la Revue pittoresque, la Phalange, la Silhouette, le National, la Revue de Paris, le Mousquetaire, l’Illuslralion, la Revue des Deux-Mondes.

Car son activité est incessante et, quoi qu’on en ait pu dire, il n’est esprit moins paresseux que le sien. Cette flamme subtile entraîne et malmène son enveloppe corporelle, et, dans la veille comme dans le sommeil, est consumée d’une perpétuelle incandescence. S’il n’écrit ou ne rêve, il lit : il lit, la nuit, dans son lit, en plaçant un bougeoir sur sa tête, et parfois il s’endort, laissant choir ce fanal, non sans risque d’incendie. Le sommeil même n’est point une trêve à son labeur mental : en cet arrêt nécessaire de l’être pensant, le cerveau vibre encore de l’activité des songes.

Entre temps, son inquiétude voyageuse le reprend. A peine s’est-il astreint à quelques mois de vie sédentaire, que, s’arrachant aux besognes régulières des journaux 1, il part brusquement pour la Hollande et arrive à Amsterdam le 23 septembre 1844.

« Mon cher papa, écrit-il à cette date, au Dr Labrunie, j’arrive à Amsterdam et me hâte de te jeter un mot à la poste. Je me porte très-bien. J’ai vu Rotterdam qui est une fort belle ville, Anvers, la Haye et Harlem. Tout cela est magnifique et aussi curieux que je m’y attendais. Je vais rester ici trois jours et serai à Paris deux ou trois jours après. Pardon de ne pas te donner plus de détails, mais je n’ai que le temps de finir mon feuilleton pour l’Arlisle 2, avant le départ de la poste. Ainsi donc, à cinq jours d’ici. Je t’embrasse bien cordialement... Ton fils : Gérard Labrunie. Ce 23. a »

Néanmoins, les trois années qui suivent le retour de

1. Sur sa collaboration à l’Arlisle et à la Presse, voir Bibliographie.

2. Feuilleton du 29 septembre : Une soirée au Ihéâlrc d’ Amsterdam.

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