Le Diable à Paris, Hetzel
nyrnat? Non, sans doute, et c’est ailleurs qu'il faut chercher l’explication de cette bizarrerie. On sait quelle empreinte reçut Gérard de ses premières lectures, quelles préférences voisinant au fétichisme il montra toujours pour Cazotte et Restif de la Bretonne ; mais on ne saurait imaginer à quel degré les romans autobiographiques de Restif ont modelé l’âme et influencé la vie de Gérard de Nerval. Ces deux existences sont marquées de tant de traits communs qu’on doit se demander si l’obsession des mémoires de ce sosie n’a pas déterminé chez Gérard pareil enchaînement de destinées. Dès les premières lignes des Confidences de Nicolas, notons que le jeune Restif, simple prote à l’imprimerie des Galeries duLouvre,ne garde à l’atelier queleprénomde Nicolas, réservant son nom de famille «pour l’époque où il pourrait former un établissement ou parvenir à quelque situation distinguée ». Mais n’est-ce pas l’histoire même de Gérard que nous croyons lire, lorsque nous voyons le jeune typographe suivre assidûment les spectacles où joue la belle Mlle Guéant, marquer son enthousiasme aux passages débités par celle-ci dans la Pupille et les Dehors Irompeursl « Rien n’est plus dangereux pour les gens d’un naturel rêveur, dit-il, qu’un amour sérieux pour une femme de théâtre; c’est un mensonge perpétuel, c’est le rêve d’un malade, c’est l’illusion d’un fou. La vie s’attache tout entière à une chimère irréalisable qu’on serait heureux de conserver à l’état de désir et d’aspiration, mais qui s’évanouit dès qu’on veut toucher l’idole. » Puis, lorsque Nicolas, devenu amoureux de la femme, et non plus de la comédienne, veut se rapprocher d’elle, il lui avoue une ancienne passion :« Quant à la personne que j’ai aimée, lui dit-il, elle vous ressemblait, elle avait beaucoup du moins de vos traits et de votre sourire, et rien ne peut me consoler de sa perte, sinon de vous adorer. » Bien des années après, Restif, qui a ajouté à son nom celui de la Bretonne, propriété de son père, el qui croit descendre de l’empereur Perlinax, nous apprend que la belle Guéant est morte de la poitrine et qu’il l’a pleurée longtemps, quoiqu’ il n’eCil pu nouer avec elle qu’une liaison passagère. 1
Raconte-t-il son enfance, c’est au milieu des bois de Sacy et de Nitry qu’il nous conduit, parmi les paysans et les