‹ Gérard de Nerval, parisien de ParisChapitre 3 sur 7 · La Main enchantée · texte numérisé non relu

La Main enchantée

2. Le 11° 96 est aujourd'hui le n* 168 ; la maison a été identifiée par M. Georges Hartmann; elle attend encore une plaque commémoralive ! (Voir la Cité n" 27 juillet 1908, p. 242).

3. L'acte de baptême a été publié par la Cité, i*' vol., n° 6, avril 1908, p. 341.

4. Etienne Labrunie, père de Gérard, est né à Agen en 1776. A peine af^é de seize ans, en 1792, il s'enrôle dans les armées de la République. Kulré au 18' bataillon des Fédé.és Nationaux il combat au siège de

Armée, avait épousé, le i" juillet 1807, Marguerite Laurent qu'il avait connue dans la boutique de son père, Charles Laurent établi linger au n° a3 de la rue Goquillière.

Quelques jours après sa naissance, Gérard est remis aux soins d'une paysanne du hameau de Loisy, près de Mortefontaine où il est emmené en nourrice, tandis que son père attend avec impatience l'ordre de rejoindre les armées. Cet ordre tarde à venir; ce n'est qu'à la fin de décembre 1808 qu'Etienne Labrunie est nommé médecin ordinaire au service de l'armée du Rhin.

Sans doute j)lus épouse que mère, peut-être plus héroïque que sentimentale, la mère de Géi'ard n'ira pas à Mortefontaine; elle décide de suivre son mari ; bientôt c'est le départ et c'est la campagne d'Autriche. Voici le couple, en 1810, avec l'armée d'Allemagne.

Le D"" Labrunie dirige l'hôpital de Hanovre puis celui de Goglau ; partout Madame Labrunie est non seulement l'épouse aimante et dévouée, mais encore la compagne associée qui, aux cbevets des mourants et des blessés, complète l'œuvre de son mari. Il faut penser aux durs chemins parcourus à travers l'Europe, à tous les champs de bataille où il fallait camper, à toutes les fatigues, à tous les dangers de la guerre... Mme Labrunie, avec un indomptable courage, supporte tout jusqu'au jour où une fièvre « contractée, écrivit plus tard Gérard, en traversant un pont chargé de cadavres » devait avoir raison ^e ses forces et de son énergie. Elle meurt le 29 novembre 1910 et est inhumée

Lille où il est l)Iessé d'un éclat d'obus, transporté à l'hôpital d'IIaubourdin, il est envoyé en congé de convalescence. Il revient alors vers Agen, mais s'arrête à Toulouse où il s'enrôle pour la seconde fois. Il est envoyé en Espagne, prend part à de durs engagements; il est blessé à nouveau, grièvement cette fois; une fracture qui, guérie lui laisse un fort raccourcissement de la jambe gauche. Il est réformé le 17 mars 1795. avec une pension de 112 ir. 5o! Comme on peut le comprendre en lisant les Archives du Ministère de la Guérite, dossier Etienne Labrunie, il n'y avait pas encore à cette époque d'indemnité de vie chère!!... Réformé, Etienne Labrunie, demeure l'enflammé patriote, l'enthousiaste soldat de France qui veut servir encore, 4oujours : il décide que, ne pouvant plus tenir dans le rang fusil ni épée, il sera médecin militaire. Grâce aux conseils et à l'appui de son parent Gérard Dublanc, pharmacien au 98 de la rue Saint-Martin, Etienne Labrunie commence et poursuit ses éludes avec une opiniâtre patience, une assiduité incessante. D'abord interne à l'hôpital Saint-Louis comme pharmacien, il entre à l'école de Médecine et est reçu docteur en décembre 1806. C'est seulement le 8 juin qu'il est nommé adjoint à la Grande Armée.

au cimetière catholique polonais de Gross-Goglau, en Silésie. Premier malheur pour l'enfant inconscient, première douleur pour l'homme : Gérard ne connaîtra jamais la douceur des caresses maternelles. L'homme est à plaindre dont l'àme ne garde pas en soi, comme premier souvenir de femme, le sourire d'ineffable bonté et l'affectueuse passion d'une mère. Du moins Gérard eût-il pu donner à son père toute sa tendresse ; la première entrevue n'est pas d'heureux présage.

« J'avais sept ans, dil Gérard, et je jouais insoucieux sur la porte « de mon oncle, quand trois oiriciers parurent devant la maison : l'or « noirci de leurs uniformes brillait à peine sur leurs capotes de sol- « dat, le premier m'embrassa avec une telle effusion que je m'écriai : « Mon père, tu me fais jnal ! »

Etienne Labrunie aime son fils ; mais Gérard et son père ne se comprendrontjamais, et la première parole de Gérard demeurera mélancoliquement et douloureusement vraie jusqu'à la fin: Mon père, tu me fais mal!

Le D"" Labrunie revenu de la Bérésina à Mortefontaine, repart bientôt aux armées ; auparavant, sous la garde d'un serviteur — un vieux soldat — il a installé Gérard à Paris, rue Saint- Martin ; Gérard regrette la campagne, regrette Mortefontaine et l'oncle Antoine Boucher qui y habite et qu'il aimait bien... Enfin, Gérard est admis comme externe libre au lycée Gliarlemagne en 1820 (i). Immédiatement le voici attentif, studieux, plus avide d'apprendre que soucieux d'être parmi les premiers de sa classe. Dès que ses devoirs sont faits et ses leçons sues pour le lendemain il veut lire et étudier ; c'est qu'il se passionne pour les langues étrangères et, étant son propre professeur, apprend l'italien, l'arabe, quelque peu le persan, beaucoup l'allemand qu'il connaîtra presque aussi bien que le français... Gérard regrette Mortefontaine; il vient y passer toujours ses vacances ; c'est laque son désir d'apprendre et sa curiosité ont trouvé un aliment inattendu dans de vieux livres entassés au grenier de la maison, chez l'oncle Boucher. C'est là que, pour

I. Ayant écrit à deux reprises au lycée Cliarlemagnc, une l'ois à M. le Proviseur, une autre fois à M. le bibliolliécaire, j)our demander si les archives du lycée contenaient quelque souvenir de Gérard de Nerval (Gérard Labrunie), je reçus à mon étonnementla plus nettement négative des réponses (octobre 1917).

la première fois, il va respirer les parfums violents, les souffles troublants de la vie merveilleuse, — mystères de l'Inconnu, esprits de l'au-delà, âmes extra-terrestres, magie, cabale, etc. — et jamais Gérard n'oubliera lesheures^fiévreuses de jeunesse, pendant lesquelles il lisait (i) les œuvres de Mesmer, celles de Pic de la Mirandole, du marquis d'Argens et de l'abbé de Villars.

Plus tard le célèbre Diable amoureux de Gazotte le transportera d'enthousiasme, il écriia, pour une nouvelle édition de C3 roman, une préface singulièrement. . . amoureuse du Diable amoureux.

Lapsychie, l'occultisme, peut-être auraient pu parleurs brumes lasser, puis tourner Gérard vers d'autres révélations, vers les explications religieuses de la Nature et de l'âme ; il eût pu se laisser entraîner par la magnificence et l'incomparable attirance artistique du catholicisme et de son culte, mais l'oncle Boucher était d'un déisme si vague que Gérard restera païen, si c'est être païen qu'adorer la beauté sous toutes ses formes terrestres.

Un jour l'oncle Boucher fait la découverte dans son champ de Mortefontaine, au lieu-dit le Clos-Nerval (2), de statues, de débris sculptés et de vases antiques ; le voici désormais poursuivant ses recherches, installant ses trouvailles. Gérard vient rêver devant les vieilles pierres; il contemple et caresse même, tant il les sent admirables, le Mars en bronze, la P allas, la Vénus armée, le Pan, dieu des campagnes et des amours sylvestres... Gérard gardera de ses longues et méditatives stations face à face avec les dieux toujours visibles d'un monde disparu un inassouvissable appétit de grâce et de beauté ; il aura suffit de quelques pierres inertes, du talent d'un artiste inconnu, il aura suffi de la rayonnante splendeur qui s'échappe des ))oétiques idoles de l'immortelle antiquité.

Un cœur jeune, une imagination ardente ne sauraient cependant se contenter d'aimer une déesse de marbre, serait-elle la plus magnifique représentation humaine qui fût, aussi Gérard

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