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ambitieux projets. Le bruit s étant même répandu que Charles menaçait d'envahir les abbayes quil venait de fonder^ Gérard crut devoir en écrire au célèbre Hincmar avec lequel il entretenait d'anciennes relatians. Dans cette lettre, dont l'extrait feul nous a été canfervé par Frodoard (i), le comte difait au prélat que fi les biens quil pojfédoit en France lui étaient enlevés par le roi, il fie verrait forcé de s en dédommager fur les biens de France ,fitués dans fan pays. Il entendait par là les biens connus fous le nom de patrimoine de faint %emi , que l'églife de %eims pojfédoit en Trovence , fur le territoire de l'antique Glanum (2). Certain du crédit de l'ar-
(i) Frcdoardi Hijioru Bemenfis ecdejiœ , lib. m, c. 26. (2) Ces biens avoient été donnés à saint Rémi, évéque de Reims, par un nommé Benediclus, dont il avoit exorcifé la fille. 11
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chevèque auprès de Charles^ Gérard Le conjuroit d^ employer fon minijiere pour prévenir des excès qui proroqueroient de pareilles repréfailles.
Hiticmar lui répondit avec la circonfpeélion d'un homme d'églife 6* de cour, que rien ne pouvoir juflifier Venvahijfement des biens eccléfiafliques , mais que fi quelqu'un avoir cerre audace , il s'en affligeroir moins pour lui-même que pour Vufurpareur. Qjjanr à des remonrrances, il fe fer oit bien gardé d'enfariguerfon Seigneur fur de vains bruirs ; mais qu après ce quilvenoit d'apprendre d' une perfonne auffi digne de foi, il n'héfiteroit pas à remplir les devoirs facrés
en efl quertion dans fon leftament de l'an 5 30, &. c'eft à partir de cette époque, fans doute, que l'ancien nom de Glanum s'efl changé en celui de Saint-Remi.
{Tejîamentutn fanât r.einigii Eemorum epijcopi; Archives adininiftratives de la ville de Reims, par Pierre Varin , 1. 1 , p. 7. )
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de/on muiijlère. oA rembarras de cette réponfe, il efl facile de conjeéîurer que les difpojîtions hojiiles du roi n étaient point unfecretpour Hincniar; elles ne tardèrent pas àfe manifefler.
^J\ous avons suppofé, avec les meilleurs critiques, que Gérard, comte de Trovence , était le même perfonnage que Gérard, comte de 'Bourges ou du "Berry. Uahfence des noms propres , qui nétoient point en ufage, comme nous lavons déjà dit , laiffe une grande obfcurité dans Fhijioire de cette époque.
Les noms eux-mêmes étant peu variés , il devient fouvent impojfible de fe reconnaître au milieu des nombreux Gérard , Bernard Ù autres homonymes que citent pêle-mêle les chroniqueurs fans autre défignation. Quai quil en fait, Videntité du comte de Trovence 6" de
"Bourges nous a paru fuffifamment démontrée par la haine de Charles- le- Chauve envers Vun & Vautre.
Egjred ou c4cfrid,feigneur déjà riche Ù puijfant, alla trouver ce prince Ù acheta de lui , à beaux deniers , le comté de Bourges jufqu alors tenu par Gérard. Dépouillé fans avoir été accufé ni même entendu , celui-ci réjlfla. oAcfrid, muni du diplôme royal, fe dirigeoit vers Bourges, lorfquil fut rencontré & cerné dans un village par les hommes de fon compétiteur. Ils mirent le feu à la maifon oîi il sétoit réfugié, &, r ayant contraint d'en for tir, lui coupèrent la tête Ù jetèrent dans les flammes fon cadavre mutilé. c4 la nouvelle de cet attentat, Charles entra dans le Berry. Tout fut abandonné à la fureur du foldat , perfonnes G* chofes ;
enfin, les ravages furent tels quau témoio-na^e de rannalifte de Saint-'Bertin , la langue ferait impmjjante a Les raconter (i). Cette expédition n'eut d'autres réfultats que d'affamer & de dépeupler le pays de 'Bourges , d'oîi Gérard Ù (es hommes ne purent être chaffés. Le texte même des chroniques laiffe fuppofer que le comte ne figura pas en perfonne dans cette campagne , mais les deux adverfaires ne dévoient pas tarder àfe rencontrer face à face.
Lothaire II étant mort miférahlement en Italie, le 6 août ^6c),fans poftérité légitime, Charles profita des embarras au milieu def quels fe trouvait f on frère Ù fon héritier, l'empereur Louis, pour
(i) Sanûi Beriim vel Hmcman Remenjïs Jnnules, ami. 867-868. Pèrtz, Monumenla Germanice hiflorka , t. 1 , p. 476.
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s^ emparer de fa fiiccejjlon. IL alla fe faire couronner à zMet^ en qualité de fuccejfeur du feu roi , & fe rendit maître du pays jufquà oAix-la-Chapelle. Vainement V Empereur Ù le Tape lui firent-ils repréfenter, par des envoyés Ù des légats^ Vinjujiice de fa conduite, il ne s'inquiéta nullement de leurs réclamations. Il ne fut fenfible quà celles de fon frère, le roi de Germanie. Louis, jaloux d'avoir part à lafucceffîon de Lothaire, menaça Charles de lui déclarer la guerre , s'il ne confentoit immédiatement au partage des états dont il prétendoit s^ emparer pour lui feul. Il ny av oit pas moyen de repoujfer une ouverture faite en termes pareils, &, les deux frères s' étant réunis aux environs d'oAix-la-Chapelle , cette indigne spoliation fut confommée le 8
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aoûr 870. Les pays finies le long du Rhin échurent à Louis-le-Gennanique , & Charles eut dans fan lot les contrées quarrofent la Saône & le "Rhône.
La fidélité héréditaire de Gérard ne fe démentit point en cette circonfiance. Il s efforça de conferver à V Empereur ahfent l'héritage de fon frère; mais tout porte à croire que les années avoient affoiblifon bras, Ù quilfut abandonné des principaux feigneiir s fatigués de fa longue fuprématie. Charles entra fans coup-férir dans Lyon, Ù, pourfuivant Gérard jufquen Franche - Comté , il l'obligea defe renfermer dans fon château-fort de Grimon , aux environs de Toligny. La tradition ajoute que le comte effaya de traiter avec le roi, mais que, fes propofitions ayant été rejetées, il fut contraint par la famine
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d'abandonner cette inexpugnable pojîtion pour fe retirer dans les montagnes du Jura. Il tâcha de s'y maintenir en attendant les fecours que luifaifoit efpérer V Empereur ; mais atteint par les troupes de Charles , auprès de Tontarlier , entre le IDoubs & le TDrugeon , il y fut complètement battu & mis en déroute. La mémoire de ce défajîre s'eji longtemps confervée en Vr anche-Comté^ comme le témoignent ces vieilles rimes:
Entre le Doubs & le Drugeon Térit Gérard de l^iiJfiUon (i).
c^ la fuite de cette défaite , où pourtant il ne périt pas , Gérard fut con-
(i) Une autre verfion porte :
a Autour de Dal &. Daliron
« De Vendemaur &. Montbafton
« Perifl Girard de Rouffillon. »
Ce font lieux en la Franche-Comté , au dioccfe de Bezançon. » {La Bibliothèque hijîoriale de Nicolas Vignier, t. ii , p. 477-)
trainr de fe réfugier dans un autre de fes châteaux dont rhifloire napas conférée le nom. Le vainqueur marcha fur TJienne , mais le comte avoit confié la défenfe de cette ville à "Berthe, fa femme, Ù derrière les remparts romains fe trouvoit une âme romaine. %ien ne Vintimida , ni la dévajiation de la campagne, ni l'incendie des faubourgs. Il fallut former un fiége en régie , G* , au bout de deux mois d'attaques infruélueufes, Charles comprit quil devoit avoir recours à d'autres moyens. L'or & la trahifon pénétrèrent dans la place , Ù 'Berthe ne vit bientôt autour d'elle que des gens féduits ou vendus. Injîruit à temps par un mejffage de l'extrémité à laquelle fa femme étoit réduite , Gérard accourut Ùfubit les conditions de Charles, qui entra dans Uienne la veille du
jour deC\oël de Van 870. <z4pres avoir exigé du comte des otages pour gage de la reddition des forterejjes quil occupoit encore^ le roi lui donna trois grands bateaux & permit quil s'embarquât fur le %hone avec "Berthe & tous les effets mobiliers qui lui appartenoient ( i ). "Bofon, beau-frère de Charles-le-Chauve , obtint le gouvernement de Uienne, Ù le même jour vit finir & commencer deux grandes fortunes.
Trompé par une homonymie fortuite, ou plutôt entraîné par la paffion de rapporter tout au pays dont il écrivoit rhijioire , Chorier a prétendu que Gé-
(i) « Et tribus navibus Gerardo datis, pcr Rhodanum cum fua uxore Berta &. mobilibusfuis, à Vienna permifit abfcedere, & ipfam Viennam Bofoni fratris iLxoris fuae commifit Carolus. » {Hincmjri Hemenfis annales; op. laiid. , p. 491 .)
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rard s était retiré à %ouJfi lion, petite ville du Uauphiné « dont il aurait tiré fanfurnoni (i). » Cefl une erreur. Il efl vrai que, deux fiecles plus tard, il s éleva dans le Viennois une famille puifante dont %ouffillon fut le principal manoir. %len autre nautorife la conjecture de Chorier, Ù,Jî le nom de Gérard fe montre ajfe^ fouvent dans la généalogie des feigneurs de %au(fillan en Vauphiné , il faut en conclure feulement que ces artifices de la vanité nobiliaire ne font pas d'invention moderne. Le T)auphiné , la Trovence , le "Bugey ont eu leurs châteaux de %ou(/illon, mais la tradition, l'hiftoire & les romans s'accordent pour
(i) Hijloire générale de Dauphiné , par Nicolas Chorier. Greloble , i6ûi, in-fol. , p. 683.