HOSTIA VIVA DEO SANCTAQVE IN CORPORE FACTVS
CVI DEVS OMNIPOTENS QVOTIENS HAEC LIBA SACRABIT
CONCEDAT VENIAM, TANTOQ\'E IN MVNERE PARTEM
ATQVE SVIS SANCTIS SOCIET POST FVNERA MORTIS
QVI CVPIT HOC EPVLVM SANCTVMQVE HAVRIRE CRVOREM
SE PRIVS INSPICIAT, CORDISQVE SECRETA REVOLVAT
ET QyiDQ\'ID TETRVM CONSPEXERIT ET MACVLOSVM
DILVAT OFFENSVS OMNESQVt RELAXET ET IRAS.
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ce Cette nappe , dit nùfiorien de La zMiire , paroît encore maintenant fort belle , quoiqu'elle rejfente bien le vieux temps.... & femble encore aujourd'hui de mefure pour V autel de cette même ^S^'^fi ( 0- '' Qii^lqii^s années plus tard., elle avoit, on ne fait comment, difparu du tréfor de Véglife métropolitaine, ou le T. zMeneflrier la fit vainement rechercher (2). // ny a pas lieu de s'en étonner, après Vaccufation que les "Bénédiélins ont portée contre les chanoines comtes de Saint- Je an de Lyon , d'avoir vendu jufquaux manufcrits dont la piété des fiécles avoit enrichi leurs archives (3).
(i) Hijioire ecdefujlique du dicccfe de Lyon. A Lyon, 1671, in-4, p. 298.
(2) Hijîùire civile & conjulaire de Li ville de J.yon. Lyon, 1696, in-fpl. , p. 2j8.
(5) « — Varia Lupduni collapfa monafteria aut fœculari vefte
T>e La cMure ajoure que « les documents de régUfe de St-Etienne apprennent que ce fut du temps de Charles, roi de Bourgogne , que cette nappe riche & curieufe fut offerte & donnée à faint %emi, le 8 des ides de novembre, par 'Berthe, qui ne prend que lejîmple titre de comteffe, comitifîà. » Cet hijlorien, le T. cMeneJîrier & tous ceux qui font venus à leur fuite, n ont pas mis en doute que cette comteffe "Berthe ne fût la fille de Tépin , roi d^oAquitaine, fils puîné de Vempereur Louis-le-'Déhonnaire . Oefl encore au nom multiple de Gérard quil faut renvoyer cette erreur. Les chroniques parlent en effet d'un comte Gérard,
donata, &. codices mss. à canonicis , quos Comités vocant , proli dolor ! licitos. » (Préface du x'' vol. des /lijhirien.s des dniles , p. XLVII. )
cendre de Tépin, premier du nom, roi d'oAquitaine; mais ce Gérard étoit comte d'oAiirergne , & il fur tué en 841 , rt /^ bataille de Fontanet(i). Si "Berthe eût appartenu à la race impériale , les monuments dans le/quels paroît fon nom neuffent pas oublié de révéler cette illuflrationpar quelque épithétefpéciale.
C étoit le flyle vulgaire d'une époque oîi la naijance conflituoit une valeur trop réelle pour que Von négligeât de la rappeler. Les hifloriens modernes remportent donc à cet égard fur les anciens romanciers, qui ne lui donnent pour père quun fimple comte de Sens , nommé Hue ou Hugon. Quoi quil en foit, la famille de Gérard Ù de "Berthe
(i) V. la note de Baluze fur la xxviii^ Epître de Loup , abbé de ferùères. Servati Lupi Opéra, 1710, in-8.
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s'éteignit avec eux, ou du moins avec leur fille Eva dont la dejîinée ejl rejiée inconnue. Oefl V opinion formelle de nos principaux hijloriens, & nous ne citerons que pour mémoire celle des généalogifles qui donnent pour mari à cette princejfe un éMichel de Chaugy, auteur préfumé de la maifon, connue beaucoup plus tard en 'Bourgogne fous le nom de Chaugy-de-Ti^uJfillon (i).
(i) La Chenaye-Desboiï, Diâionnaire de la NobleJJe , t. iv, p. j8j.
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Le volume que nous réimprimons ici pajfe pour unique, ou du moins oylf. 'Brune t nen a pas vu d'autre. Cefl le même que celui quil a décrit dans le cManuel du libraire, & qui lui paroi avoir été rédigé & imprimé vers le commencement dufei\iémejiècle. Il efl de format petit in-quarto, & fe compofe de trente-six feuillets , à longues lignes, caraSleres gothiques , fans pagination , fignatures 21. — 3. Le titre efl orné d'une gravure fur bois , reproduite dans cette édition , & au-dejfous de laquelle felit:
CI ©n Uù ucnt» û Cqou au près tif noôlrc ônmf île confort clieulï (Dliuicr ^rnouUft.
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Le volume fe termine par cette foufcription :
C Cil (tniôt ll)i|âtoiif ^^f moiiôf icjufur (!^frar^ ^f l•ou59iUonial)i6^lu• et conte bc bcmriiontjiie et î>acquitaine. Jmprimc nouucllfmf nt a Ci|on par (Dlinifi- Ttvnoullrt.
ce L édition de Lyon, dit Vexaél & judicieux auteur duzManueldu libraire, efljîrare, qu aucun bibliographe que nous fâchions nen a fait mention; elle nous a été obligeamment communiquée par feu qM. de Tina , ancien maire de Grenoble (i). ^'
U^us ajouterons qu après la mort de rhomme dijiingué auquel il avait
(i) Jean-François-Calixte de Pina , marquis de Saint-Didier, député de l'Isère fous la Reftauralion , né à Grenoble , & mort dans cette ville le i •"•■ aoiit 1 842 , a laiffé plufieurs opufcules fur la numirmatique &. un précieux médaillier , acquis par la ville de Grenoble.
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appartenu , ce volume^ confondu parmi beaucoup d'autres ^ fut vendu fans être même cataloorué , & tomba dans le lot d'un libraire de Grenoble. Celui-ci confentit , moyennant un certain bénéfice, à le céder à zM. H. Gariel , bibliothécaire de la ville de Grenoble, d'autant plus emprejfé ù jaloux d'enrichir la bibliothèque confiée àfesfoins, de cette rareté, qu'il en connoiffoit toute la valeur.
Cette réimpreffion, dont il nous femble qu'aucun des maîtres de l'ancienne typographie de Lyon ne défavoueroit ni la forme ni l'exécution , a été f oigne ufement collationnée fur l'original , qu'elle reproduit avec une rigoureufe fidélité. o\j)us n'avons pris d'autre liberté, pour rendre le texte lifible , que
d'y ajourer des apojirophes, des accents , quelques points & quelques virgules/ dy fubjiituer des capitales pour les noms propres aux lettres de bas-decajffe, & enfin dy remplacer par des mots pleins & complets cette tachy graphie barbare^ qui rend fi pénible la lecture des premières produélions de l'imprimerie.
T commence rhvjîoire du puijfam & redouhtc feigneiir monfeigneur Gérard de T^oujîllon iadis duc & conte de "Bourgongne & ScAcquiraine. Et diji premièrement comment les Vandeles dejiruifirem le chajlel de Laccris, & comment tantoft après par diuin iugement ils s'entretuerent tous. Premier chap.
Cy diJl comment le chajîel de Laccris fut refait & reparc &fut nommé touiours defpuis T^gujfillon. Tuis diJl comment la guerre commença entre les trojs fl^ de Loys le Débonnaire qui fut occafion de la guerre qui fut defpuis entre le roy Charles le Chaulue & monfeigneur Gérard de T{oujfillon. Chap. ij.
Cy diJl comment la guerre commença entre le roy & le duc pour la conté de Sens. Et parle des parolles iniurieufes quili dirent fung a Vautre defpuis. Chap. iij.
Cy diJl comment le roy Charles par fa cautelle fijl feduyre les fubgeti de Gérard de T{ouJjillon tellement quili faillirent de tous poins a leur feigneur quant il eut befoing de leur ayde. Chap. iiij.
Cy dijl comment le roy prim les villes & les chafreaulx de "Bourgongne, puis parle des norables offres que Gérard offrit au roy & ny peu être receu.
Chap. V.
Cy diJl comment Gérard a petite compaignie fe print a deffendre fon pays contre le roy & comment il fut defconfit en la première bataille. Tuis dij? comment le roy fe print a le pourfuyure . Chap. vj.
Cy diji comment le roy fjl Gérard banir de tous fes pays, puis parle de plufieurs aduentures merueilleufes qui aduindrem a Gérard durant fon exil.
Chap. vij.
Cy dift comment Gérard fe def conforta pour fes pertes. Et comment ung fainél hermite le reconforta, & le conuertit tellement quil porta fa pénitence en bonne pacience pour le terme de vij ans. Chap. viij.
Cy diJl comment Gérard en faifam fa pénitence qui dura vij ans fut varlet S ung charbonnier & comment il je vengea dung ribault qui le mocqua une fois. Chap. ix.
Cy diJi comment la royne de France fjî la paix entre le roy fon mary & Gérard de T{ouJfillon . Et comment Gérard & fa femme reuindrent en la court du roy en ejlat de pouures pellerins . Chap. x.
Cy diJl comment le roy pardonna tous meffaiti a Gérard. Et comment Gérard rentra en fes terres & feigneuries, & je print a viure jainâement luy & fa j^emme. Chap. xj.
Cy diji comment Gérard fut rappelle a la court du roy, & comment tantojl après la guerre recommença entre eulx deux, laquelle guerre dura longuement a grant perte & dommaiges des deux parties.
Chap. xij.
Cy dijl comment le roy a grant ojl entra en 'Bourgongne & pourfuyuit Gérard fi quil le alla ajfieger en Flandres a ung chajîel, puis parle des ofres raifonnahles que Gérard offrit au roy, le/quelles neanlmoins ilreffufa. Chap. xiij.
Cy diff comment le roy fut def confit en la bataille deuant le chajleau de Flandres. Et comment le roy raffemhla gens & fut de rechief defconfit en la ville deSoiffons. Chap. xiiij.
Cy difi comment le roy manda a Gérard iour de bataille en la vallée de 'Bithun, puis parle des proueffes 6^ de la grant occifion qui furent faiâes en celle bataille. Et comment T)ieu par miracle fijl celle bataille ceffer. Chap. xv.
Cy difi comment après cefie bataille & grant defconfiture le roy ofia de la rigueur de fon couraige fa mauluaife voulenté & comment il s'en retourna en France. Chap. xvj.
Cy difi comment les crefiiens qui moururent en celle grant bataille furent enterre^ en nobles farcu:^ que Dieu par miracle enuoya en celle place. Et comment Gérard de %guffillon fe print a fonder eglifes &monafieres. Chap. xvij.
Cj diji comment Gérard enuova querre en 'Prouuence le corps de la glorieuje cMagdalaine, & le fïjf mejîre & pojer en l abbaye de Ue^elay qui fui nonuellemem fondée . Chap. xviij.
Cy difi comment le roy par mauluais confeil recommença la guerre contre Gérard. Et comment par traifon le chajlel de T^ujfillon fut deliuré au roy, puis dijî comment Gérard en efchappa. Et comment il vainquit le roy en bataille. Chap. xviiij.
Cy diJl comment le roy fut de rechief defconft par Gérard de %ouffillon en bataille. Et comment Gérard fe tira iufques en la cité de Sens affin que le roy le trouuafl plus preji , & que il preferuajl fon pays de dommaiges. Chap. xx.
Cy diJl comment le roy reuint a bataille contre Gérard : en laquelle Gérard fut prins & refcoux : puis dift comment le roy y fut def confit. Et comment monfeigneur Gérard de T^oufiillon le pourfuyuit iufques a Taris. Chap. xxj.
Cy difi comment Gérard affiegea le roy dedans fa cité de Taris : & comment finablement Dieu les appaifa tellement celle fois quili n eurent oncques puis guerre fung a lauhre. Chap. xxij.
Cy parle des eglifes & abbayes que Gérard fonda quant celle guerre lui fut faillie : puis parle d'aulcuns miracles qui aduindrem en ediffant aulcunes dicelles abbayes & eglifes. Chap. xxiij.
Cy Jij} commem monfeigneur Gérard & ma dame "Berre fa femme trefpajj'erem de ce monde : puis parle d'aulcuns miracles qui lors aduindrem par leur mérite. Chap. xxiiij.
Cy dijî commem le corps de fainâ Gérard fur tranflaté en t abbaye de Toulners : la il fut enterre de cofle ma dame fainéie "Ber te fa femme. Tuis parle Saulcuns miracles qui aduindrem illecques par leurs mérites. Chap. xxv.
Cy diji comment ung euefque de Langres nommé ^egnard deftruyt 6- gajla la ville & leglife de Toultiers. Tuis parle d'aulcuns miracles qui y aduindrem. Chap. xxvj.
Cy parle d'aulcuns miracles aduenus en leglife de Toultiers par le mérite de ma dame fainéie "Berte iadis femme & epoufe de monfeigneur sainéî Gérard de T{oujfillon. Chap. xxvij.
Cy parle par incident de plufieurs chofes & diuerses qui aduindrem au temps de lors.
Cy finift la table du prefent liure.
^^ S'ENSVYT L'HYSTOIRE DE
DE ROVSSILLON.
Cv commence Ihijioyre de monjeigneur Gérard de T^ujfdlon iadis duc & conte de 'Bourgongne & dcAcquitaine — & dijl premièrement comment les Uandeles dejiruifirent le chajlel de Lacer is. — Tuis dijî après comment par deuin ingénient ils feniretuerent trejlous. CHAPITRE premier.
OVR auoir rentendement & cognoiflance de la vie des faitz & des aduentures du noble & puiffant prince monfeigneur Gérard de Rouflillon, iadis duc & conte de Bourgongne, feigneur d'Auluergne, deGafcogne, d'Auignon, de Limosin, d'Auxoire,
de Touure, de Neuers & de granc partie des prouinces d'Efpaigne & d'Allemaigne :
C'eft aflliuoir premièrement que nonobftanc la grant feigneuric & puiiîlince & que de fon corps il fuft le plus fort le plus vaillant & le plus preux que fut en fon temps, car rhiftoyre tefmoigne qu'il avoit huyt piedz de hault & qu'il eftoit le mieulx formé de tous membres que on eut fceu trouuer, & que par fa force il eflendoit & ouvroit legierement a fes deux mains quattre fers de cheuaulx tous neufz : nonobflant toutes ces chofes fut il contrainct parla subtilité du roy de France nommé Charles le Chaulue de vuyder hors de tous fes pays & feigneuries & de eftre pouure & mendiant fept ans entiers, tellement qu'il le conuint eflre varlet d'ung pouure charbonnier, & conuint a ma dame Berte fa femme coudre & tittre pour gaigner fa pouure vie, nonobflant qu'elle fut feur a Eloy ma dame la royne de France femme du roy Charles le Chaulue. Et aduindrent toutes ces chofes par la voulenté & plaifir de Notre Seigneur, pour monftrer a ce noble prince Gérard quelle eftoit la vertu de humilité : car il nef! auiourd'huy fi grant homme ne fi puiffant que Dieu ne puiffe abbaiffier & humilier & en faire le mendre & le mains puiffant de tous aultres comme il fifl de çcftuy cy : mais tout premièrement conuient
scauoir que ma dame Berte fut fille du noble conte de Sens nommé Hue. Lequel Hue eut deux filles dont cefte dame Berte tut lailnée & ma dame Eloy la royne de France fut la maifnée. La caufe pourquoi ce noble prince fut furnommé de Rouffillon fut pour ce que entre les aultres places & feigneuries qu'il eut en fon temps il en eut une ou estoit ung fort chaftel nommé Rouffillon auquel il faifoit commune demeure & refidence.
Pource quelechaflel eftoit bien affis en bon aer & en pays plain de tous biens fi comme a l'entrée de la duché deBourgongne, en ung lieu près de la riuiere de Saine auprès d'une abbaye qu'on nomme prefentement fabbaye de Poictiers.
Laquelle fut par le noble duc Gérard fondée moult notablement & y gift fon fainct corps la ou maintesfois il a reluit & reluit encore par moult de miracles. Auprès de cefte abbaye hault fur une montaigne fut iadis fcitué le chaftel de Rouffillon, mais maintenant il n'y a plus de chaftel & eft la montaigne a prefent nommée le mont de Laccris qui eft ung terme qui fignifie muflier. Et pour ce dient les voifins d'cntour qu'en celle montaigne font beaucoup de chofes fecrettes muffies & que fouuent l'on y en trouve. Et celle montaigne de Laccris fut iadis le plus fort chaftel & le plus grand qui fut en tout le
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pays, lequel fut ladis deftruyc par les Vandeles au temps qu'ilz defconfirent le royaulme de France, & vous dirons comment ilz prindrent le chaflel. Quand ces tirans vandeles incredulles de la loy creftienne eurent deflruyt prefque toute France, & ilz fcurent qu'en ce chaftel de Laccris pour caufe qu'il efloit fi fort & fi puiffant fe furent retrais tous les biens du pays environ, il leur print voulenté d'aller aflieger ce chaflel, & de fait ilz y allèrent a toute leur puiffance & y mirent le fiege, &y furent vij ans tous entiers qu'ilz n'y peurent rien gaigner pour ce que la place efloit imprenable & bien garnie de bonnes gens d'armes & de viures. Pendant lequel temps iceulx ennemis de la foy perfeuerans en leur fiege enuoyerent la moitié de leur ofl courre aux aultres, que s'il aduenoit qu'ilz gaignaffent auculne chofe ou fi ung ofl: ou l'aultre, qu'ilz le defpartiroyent iuflement entre eulx & que chacun ofl en auroit fa part. Or aduint au chief de vij ans de ce fiege que viures faillirent de tous poins au chaflel de Laccris pourquoi ceulx de dedans furent en trop grant efmay & foulcy comme ceulx qui en leurs ennemys ne attendoyent nulle mercy, & pource ilz demandèrent confeil fung a l'aultre fur cefl affaire. Si en y eut ung d'entre eulx qui cfloit ancien 6c notable perfonne qui leur difl en telle manière ou femblable. Puis difl il que la
choie eft ainfi venue qu il nous conuienc rendre a ces tirans incredulles que nulle mercy n'auroyent ilz de nous ou icy mourir de fain ie confeilleroye qu'on prenfift ung dioreau qui nous eft encore demoure de toutes beftes que nous auons céans & qu on Tenferme en aulcun lieu troys iours entiers fans luy rien donner a boire ne a mengier. Etlorfqu il fera fi affamé que plus ne pourra nous luy donnerons a manger fon faoul du pur fourment qui nous efl demoure & il en mangera beaucoup & ne lui donnerons que boire, mais quand il aura mangé fon faoul nous le mettrons hors de noftre place comme s'il nous fuft efchappé. Si toft comme il fera dehors il s'en courra a l'eaue pour boire, noz ennemys fi toft qu'ilz le verront courront après luy & Fesboulleront. Et i'efpoire quant ilz auront esboulle & ils verront le fourment qu'il aura au ventre qu'ilz ymagineront que nous auons tant de fourment que lamais ilz ne nous doiuent faillir & que par ce moyen ilz ne nous puiffent iamais prendre. Et que lors comme ennuyez ilz leueront leur fiege & fen yront aultre part. Ainfi comme le preudhomme le deuifa il fembla bon a tous les aultres. Et fut tout ainfi fait du thoreau comme il leur deuifa. Et aduint que quant ces tirans incredulles eurent esboulle le thoreau & ilz virent tant de beau forment qu'il auoit en fon ventre ilz
curent tous les cueurs failliz. Et dirent 1 ung a Taultre que c eftoit grand abuz & follie de plus arrefter ne tenir fiege deuant une tant forte place de imprenable puis qu'elle eftoit bien garnie de viures & de gens : fi ne demoura gueres après qu'ilz firent troufl'er leurs bagues & leur harnoys, leuerent leur fiege & mirent a chemin après les aultres qui eftoyent allez iufques a Lyon fur le Rosne. Adonc quant ceulx de dedans le chaftel virent leurs ennemys eflongniezôc deslogez, Dieu fcet qu'ilz furent aife & s'ilz en eurent grant ioye & voyrement plus grant ne pouoyent ilz auoir, mais certes il ne le fut a gueres, car incontinent qu'ilz veirent leurs ennemys partis il en y eut entre eulx la plus grant partie qui vouloyent aller après eulx & les affaillir, dont le preudhomme qui les avoit fi bien confeillez ne fut pas content. Toutesfois ceulx qui cefte meute eurent encommencee perfeuerant tant en leur follie qu'ilz yffirent du chaflel tout a fait & s'en coururent après leurs ennemys, & leur fembloit pour la grant ioye que ilz auoient qu'il n'en y auoit que pour eulx, mais la chofe alla bien aultrement: car les Vandeles qui s'en alloyent en bonne ordonnance retournèrent fur eulx tout a coup ôc les commencèrent a ruer ius a batre & a tuer & a rechafler tellement iufques a leur chaftel qu'ilz n'eurent loifir de clore leur porte, ains entrèrent les Van-
deles auec eulx pelle meflc & y turent les plus fors, i\ ne demoura homme ne femme ne enfant qu'ilz ne meUïent tout a mort fans nulz efpargncr. Puis ilz prindrent & roberent une innumerable cheuance qu ilz trouuerent la dedans. Et après qu ilz eurent tout prins & rohé ilz boutèrent le feu au demourant & mirent celle noble place en totalle ruine fi qu'ilz n'y laifferent pierre fur aultre. Ces chofes ainfi faictes, les Vandeles fe remirent a chemin pour aller après leurs compaignons. Comme ceulx qui moult ioyeulx eftoyent d'auoir fi bien exploicté en la prinfe de de ce tant fort chaftel & pour le grant auoir quilz y eurent trouué, mais pour veoir leur ioye ne leur dura gueres par vray iugement de Dieu, car i\ toft qu'ilz eurent trouué leurs compaignons enuers Lyon fur le Rofne leurs compaignons demandèrent leur part.
Ceulx la leur rcfpondirent qu ilz n'en auroient ia part ne portion difant qu'ils pouoyent auoir affez gaigne en tant de temps qu'ilz auoyent tenus les champs : & que ceubc mcfmes vouloyent auoir part a leur gaing, lesaultres difoyent au contraire. Ainfi doncques petit a petit parolles montèrent fi hault entre eulx que leurs deulx oftz fentreaffaillirent & coururent fus les ungs aux aultres par grant félon nie fi qu'ilz fentretuerenttous tellement que ung tout feul n'en
efchappa qu'ilz ne fufrent tous mors & occis. Ainfi fc vengea Dieu fur les Vandcles les grands maulx qu'ils firent en creftienté & par efpccial au royaulme de France, pour les chofes deffufdictes peut-on bien dire que es chofes & es iugemens de Dieu n'a ne font ne riue, ains efl: ung droit abifme.
Cy diji comment le chaftel de Laccris fut refait 6reparé & fut nomme toufiours %oujfillon. Tuis diJl comment depuis la guerre recommença entre les fils de r empereur Loys le Débonnaire qui fut occafion de la guerre que depuis entre le roy Charles le Chaulue & monfeigneur Gérard de T{ouJfillon.