‹ Gérard ÉdelinckChapitre 3 sur 12 · SAINT FRANÇOIS DE SALKS · texte numérisé non relu

SAINT FRANÇOIS DE SALKS

— d'auires planches encore, lout aussi remarquables, ont fait vivre le nom et brillamment consacré le talent : talent presque égal parfois, — dans le portrait de Thierry Bignon par exemple, — à celui de Nanteuil lui-même, et qui peut-être se serait trouvé assez fort pour entrer avec lui en rivalité habituelle et ouverte, si la mort, en frappant Nicolas Piiau,

lorsqu'il avait trente-huit ans à peine, n'était venue terminer brusquement une vie qui, d'ailleurs, s'il faut en croire la tradition, avait été au moins partagée entre le travail et les plaisirs ^

Une des premières visites d'Edelinck, à Paris, avait été pour son ancien condisciple. Il avait reçu de celui-ci un si bon accueil que, au bout de quelques jours, non seulement il était admis à compléter son éducation auprès de lui et à l'aider dans les travaux qu'il avait en train, mais que, grâce à Pitau, il trouvait l'occasion de graver pour son propre compte des vignettes ou même d'assez grandes planches dont Pitau devait se faire l'éditeur et au bas desquelles il inscrivait, à ce titre, son nom en regard du nom d'Edelinck^. Enfin, non content d'avoir ouvert son atelier à son jeune compatriote, Nicolas Pitau tint à le garder jour et nuit sous son toit ; en sorte que là où il n'était venu chercher que des enseignements techniques, Édelinck eut le bonheur de rencontrer par surcroît une de ces affections dévouées, comme celles dont on se sent entouré au foyer de famille et que, jusqu'à la mort de celui qui était ainsi devenu deux fois son bienfaiteur, — c'est-à-dire pendant plus de quatre années, — il se vit traité par lui, sinon, en raison de la médiocre différence des âges, comme un fils l'aurait été par son père, au moins comme un jeune frère aurait pu l'être par son aîné.

Edelinck au surplus conserva pieusement, pendant tout le reste de sa vie, le souvenir des services de plus d'un genre que Pitau lui avait rendus. En aucune occasion il ne faisait difficulté de reconnaître ce que son talent avait emprunté du sien, et quel profit, au point de vue de la flexibilité dans le faire, de l'harmonie ou de la délicatesse des tons, il avait tiré et il tirait encore des exemples autrefois donnés. De plus, pour

1. a Pitau, dit Mariette, était laborieux, mais il aimait le plaisir et il s'y était livré avec trop d'excès dans sa jeunesse; et comme son tempérament plein de feu TempOchait de se modérer dans Tun et dans Tautre (sic), il se trouva bientôt épuise dans la fleur de son âge. » (Abecedario, t. IV, p. i8i.)

2. Parmi les ouvrages de Nicolas Pitau à l'exécution desquels Edelinck a participe, nous nous contenterons de citer le grand portrait de Louis XIV, d'après Claude Lefebvre, et le portrait du Comte Stenbock. Dans la seconde de ces estampes, les trophées et les ornements qui environnent le personnage représenté sont tout entiers de la main d'Edelinck. Parmi les planches que celui-ci a gravées sous son propre nom pendant son séjour chez Pitau, nous indiquerons, outre Jésus et la Samaritaine, dont il a été question déjà, V Annonciation^ d'après Poussin, et la pièce dite VOstensoir, destinée à perpétuer le souvenir d'un fait miraculeux qui s'était produit à Saint- Florent, près Saumur, en 1668

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22 r,KS AKTISTKS CKLKBRES

acquitter autant qu'il dépendait do lui la dette contractée à Tépoque de sa jeunesse, Édelinck voulut, quand le fils de Nicolas Pitau fut en âge de recevoir ses leçons, lui rendre ce que lui-même avait reçu de son père. Il le prit chez lui pour lui enseigner la gravure et mit d'autant plus de zèle à remplir sa tache de professeur que les dispositions naturelles de son élève autorisaient mieux les espérances. Suivant le témoignage de Mariette qui l'avait connu beaucoup plus tard *, le second Nicolas Pitau « coupait bien le cuivre ; la couleur de son burin était agréable, et Edelinck avait tout lieu de compter qu'il serait son meilleur élève. On en peut juger, ajoute-t-il, par quelques-uns des ouvrages qu'il a faits dans sa jeunesse, surtout par le portrait de A/, de Bourdaloue, d'après Largillièrc, qui est ce qu'il a fait de mieux ». Malheureusement, un fonds d'invincible paresse et des habitudes d'intempérance auxquelles le jeune graveur s'abandonna de plus en plus ^le goût outré de la bonne chère, dit Mariette) ne lardèrent pas à paralyser chez lui les facultés de Tintelligence et à supprimer jusqu'aux moindres velléités de progrès ou d'effort. Le fils de Nicolas Pitau, l'élève et le pupille d'Édclinck, ne fut en réalité qu'un des plus médiocres graveurs de son temps, et, n'étaient les souvenirs attachés aux noms de son père et de son maître, il ne mériterait même pas d'être mentionné dans l'histoire de l'art au xvii« siècle. — Mais revenons à l'époque où Gérard Édelinck n'avait pas encore dépassé la période des essais et où, grâce à l'intervention de son ami Pitau, il entrait en rapport avec quelques peintres éminents dont il devait un peu plus tard reproduire les œuvres ou recevoir le plus familièrement les avis.

Au premier rang de ceux qui lui témoignèrent alors l'estime la moins équivoque pour son talent et pour sa personne, il faut placer Philippe de Champaigne, installé depuis près d'un demi-siècle à Paris, et que le souvenir de sa liaison avec Poussin, sa haute situation officielle^, et par-

1. Ce second Pitau n'avait que six mois lorsque son père cessa de vivre: luimême mourut en 1724, à l'âge de cinquante-trois ans.

2. On sait que, lors de la fondation de l'Académie royale de peinture et de sculpture (i*' février ir>48), Philippe de Champaigne qui, sous le règne de Louis XIII, portait le titre de « peintre de la reine mère », s'était trouvé compris parmi les quatorze « académiciens primitifs ». Ajoutons qu'il n'avait pas été le seul artiste flamand appelé à siéger à côté des académiciens français; cinq autres avaient partagé cet honneur avec lui, savoir : dans la classe des douze « anciens », Juste d'Egmont et Gérard Van Obstal, et, dans la classe des « académiciens primitifs », Pierre Van Mol, Gérard Gosuin et Mathieu Van Plctten Bcrg (dit de Platte-Montagne) le père.

dessus tout Pinvariablc dignité de son talent et de son caractère, recommandaient au respect de tous. Fidèle ù la mémoire de ses origines, Philippe de Champaigne se regardait comme l'ami et le protecteur-né de quiconque, parmi ses compatriotes, venait chercher fortune à Paris. Or, à partir de la seconde moitié environ du xvii« siècle, le nombre ne laissait pas d'être grand de ceux qui s'étaient trouvés ou qui se trouvaient de jour en jour dans ce cas. Il y avait alors dans nos murs toute une colonie d'artistes flamands, peintres, sculpteurs, graveurs au burin ou en médailles, auprès desquels il remplissait en quelque sorte le rôle d'un chef de tribu et qu'il assistait de son crédit, de ses conseils ou même assez souvent, de sa bourse. Pour ne citer que les plus connus parmi ces clients naturels de Philippe de Champaigne, son neveu, Jean- Baptiste de Champaigne, né à Bruxelles en i63i, — le peintre d'animaux Nicaise Bernaert, d'Anvers, qui devint membre de l'Académie Royale en i663, — le paysagiste Abraham Genoels que Le Brun employa pour l'exécution des « fonds » dans plusieurs de ses tableaux, — le sculpteur Van den Bogaert, dit Desjardins, dont Édelinck nous a laissé un si admirable portrait, — le graveur en médailles Rocttiers et les graveurs en taille-douce Vermeulen et Van Schuppen, — plusieurs autres encore, durent successivement aux bons oilices de Philippe de Champaigne de voir leurs débuts à Paris facilités ou leurs premiers travaux récompensés par de nouvelles et plus fructueuses commandes. Un patronage aussi efficace n'avait pas manqué à Nicolas Pitau dont la plupart des œuvres, et en tout cas les meilleures, ont été faites d'après des modèles sortis du pinceau du maître bruxellois. Édelinck, à son tour, eut la même bonne fortune. Philippe de Champaigne, qui l'avait connu dans l'atelier de Pitau, consentit au bout de peu de temps à lui confier la reproduction de quelques-uns de ses dessins ou de ses tableaux. Sans compter trois portraits qui parurent plus tard, six planches sur des sujets de sainteté gravées par le jeune artiste rappellent la bienveillance dont il avait été l'objet à cette époque, comme, à plusieurs années d'intervalle, un des plus beaux chefs-d'œuvre d'Édelinck, le portrait de Philippe de Champaigne lui-même, prouve la durée de la reconnaissance qu'elle lui avait inspirée *.

I. Le portrait de Philippe de Champaigne, gravé par Édelinck, dont nous aurons à reparler plus loin, porte la date 1676; Texccution en n donc été postérieure de deux ans à la date de la mort du peintre.

Uinfluencc de Philippe de Champaigne s'cxcrça-t-elle seulement sur le talent d'Edelinck et, sans pousser trop loin la liberté des conjectures,

LE ROI SALOMON d'après Philippe de Champaigne.

ne pourrait-on supposer avec quelque vraisemblance qu'elle s'étendit même au delà du domaine de Fart proprement dit ? On sait l'existence austùre que menait Philippe de Champaigne, l'ardeur de sa foi religieuse,

lô LES ARTISTES CÉLÈBRES

l'élévation morale des exemples donnés par lui à ceux qui l'entouraient. « Son école, dit un contemporain, était composée d'élôves qui avaient un respect aveugle pour leur maître ; son atelier était ù la fois une école de peinture et de sagesse. » On sait aussi l'attachement inébranlable du peintre aux doctrines jansénistes et l'étroite intimité dans laquelle il vécut jusqu'à la fin avec les principaux personnages du parti. « Le même jour [12 août 1674^, lit-on dans le Nécrologe de Pori-RojraldeS'Champs (p. 336), mourut M. Philippe de Champaigne, natif de Bruxelles, qui s'était acquis une grande réputation dans l'art de la peinture, mais qui s'était rendu plus recommandable encore par sa piété. Il a toujours été fort attaché à ce monastère, où il avait une fille religieuse ', et dont il avait épousé les intérêts qu'il a soutenus en toute occasion, souvent même au préjudice des siens et de sa propre tranquillité. Comme il avait beaucoup d'amour pour la justice et pour la vérité, pourvu qu'il satisfit à ce que l'une et l'autre demandaient de lui, il passait aisément sur tout le reste. 11 a donné ù notre maison d'autres marques encore plus effectives de l'affection qu'il lui portait, en lui faisant présent de plusieurs tableaux de piété, et en lui léguant six mille livres d'aumône. »

Il semble assez peu probable que, pénétré comme il l'était de l'esprit de Port-Royal, Philippe de Champaigne n'ait pas cherché à en communiquer quelque chose aux artistes qui l'approchaient le plus familièrement et, en particulier, à ceux qu'il chargeait de reproduire les nombreux portraits où il avait représenté « Messieurs de Port-Royal » ou leurs amis, depuis l'abbé de Saint-Cyran jusqu'à Pascal, depuis Antoine Arnauld jusqu'à Vitré. Il est certain du moins que le graveur le plus habituellement employé par lui, qu2 le plus renommé de ses élèves, Jean Morin -, partagea et pratiqua, en matière religieuse aussi bien qu'en matière d'art, les principes du maître; qu'il subit, comme lui, Tascendani des chefs de la secte janséniste ; que, comme lui enfin, il vécut dans la

1. Elle portait en religion le nom de Catherine de Sainte-Suzanne. Cest elle que, en souvenir d'une longue maladie suivie d'une gucrison miraculeuse, Philippe de Champaigne a reprcseniéc à côic de la mère Catherine-Agnes Arnauld, dans le tableau conservé au musée du Louvre : véritable chef-d'œuvre de simplicité et d'onction que l'on pourrait comparer, pour la pieuse sérénité du style, aux pages les plus touchantes des Lettres spirituelles de Sacy ou de Fénelon.

2. Jean Morin mourut vers lôôt'», par conséquent k peu près k l'époque où EJelinck venait de quitter Anvers.

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retraite, sans rechercher d'autres biens que les biens spirituels, d'autres joies que les joies de la famille. La stcur de Morin avait épousé le

SAINT JKIIOME 'd'après Philippe de Chumpaigiie.

peintre-graveur Mathieu de Platte-Montagnc ' qui, dit Mariette, « se

I. Son vrai nom ciait Vuii Plcticnbcrij qu'il francisa en le traduisant par ces mois : de Plattc-Mtmtai^iu'.

trouvant les mêmes inclinations et la même pente vers la sagesse que son beau-frère, se lia étroitement avec lui; tous deux ne voulurent avoir qu'une même habitation, et tous deux demeurèrent ainsi jusqu'à la fin ».

Édelinck' n'avait pu connaître ni l'un ni l'autre, puisqu'il ne s'établit à Paris qu'après leur mort; mais, par l'entremise de Philippe de Champaigne, il eut l'occasion de s'attacher au fils de Mathieu de Platte- Montagne, peintre et graveur comme son père et, dit encore Mariette, « ayant, lui aussi, des mœurs très pures et un grand respect pour la religion * ». Peut-être cette amitié, contractée sous les yeux de Philippe de Champaignc, eut-elle pour effet d'affermir les deux jeunes gens dans la voie où celui-ci les poussait et, pour ce qui est d'Édelinck, peut-être la parfaite honnêteté et la régularité de sa vie entière s'expliqucnt-elles, au moins en partie, par les traditions de vertu transmises à sa jeunesse et par les sévères exemples qui lui avaient été donnés.

Quoi qu'il en soit, et à n'envisager les influences auxquelles Edelinck fut soumis que dans leurs rapports avec le développement de son talent, on peut dire qu'il eut ce bonheur de trouver auprès des meilleurs artistes de son temps des secours aussi empressés qu'ils devaient lui être profitables. On a vu que Nicolas Pitau et Philippe de Champaigne s'étaient en quelque sorte emparés de lui dès les premiers jours pour le guider et pour l'instruire; de leur côté, François de Poilly, Robert Nanteuil, Le Brun lui-même, ne lui marchandèrent pas davantage leur bienveillance et leurs conseils. François de Poilly le fit travailler pendant quelque temps sous ses yeux, l'associa, dit-on, ù l'exécution de plusieurs de ses ouvrages, et alla même jusqu'à lui abandonner quelques-unes des planches qu'il avait été chargé de graver ^. Le Brun, qui régentait alors

1. Élève de Philippe de Champaigne pour la peinture, et de Jean Morin, son oncle, pour la gravure, Nicolas de Platte-Montagnc fut reçu à rAcadcmic royale de peinture en 1668. Il a laissé environ trente planches, dont quelques-unes gravées d'après Philippe de Champaigne, — le Corps de Jésus-Christ dans le sépulcre, entre autres, la Sainte Face et la Madeleine pénitente, — lui assignent une place honorable parmi les graveurs du xvn* siècle, bien que ces pièces et, en gênerai, toutes celles qui sont sorties de la môme main, ne soient guère que des imitations de la manière de Jean Morin et des procèdes tout particuliers qu'il employait.

2. « De Poilly, content de ses progrès, lui donna à graver plusieurs des plus beaux morceaux qu*on lui avait commandés, et consentit qu*il y mît son nom, pour ne pas laisser dans Toubli un mérite si distingué. Ce trait de probité gdne'rcuse est d*autant plus digne d'être publié, que la jalousie a fait marcher trop d'artistes de talent dans

tous les arts en France, et qui, dans un intérêt personnel bien entendu, recherchait avec un soin extrême les graveurs au talent desquels il pourrait se fier pour étendre la'popularité de ses travaux et de son nom.

LE SAUVEUR PORTANT SA CROIX d'après Nicolas de Plattc-Montagnc.

Le Brun prît à tâche de suivre et de surveiller de près le Jeune artiste, en attendant qu'il fit de lui, comme de Gérard Audran, un de ses graveurs en titre. Enfin, celui qui l'un des premiers, et avec plus de succès qu'aucun autre, avait restauré en France la gravure de portrait, Nan-

un chemin tout opposé. » {Mémoires sur la vie et les ouvrages des membres de VAca* demie royale de peinture et de sculpture, t. H, p. 5i.)

3o LES ARTISTES CtLDBKKS

tcuil*, au risque de se donner pour Tavenir un rival, n^bésita pas à encourager les essais d'Kdelinck dans le genre de travaux auquel il avait dû sa propre célébrité. Il Tattira dans Tatelier qu'il occupait aux Gobelins, non pour Tasservir à Tiniitation matérielle de sa manière, mais pour Tinitier aux conditions spéciales de Tart dont nul ne possédait aussi sûrement que lui les secrets. Malgré Timportance exceptionnelle qu'il tirait d'un passé déjà long, de la protection ouverte du roi et des faveurs de la cour^, Nanteuil, même à ce moment, consentait à traiter sur le pied de Tégalité un homme plus jeune et, ù tous égards, beaucoup moins avancé que lui dans la carrière de l'art. Bien plus, il fit d'iîdelinck un membre de sa famille par le mariage qu'il l'amena à contracter avec sa nièce. Le i'-"' mai 1672, aux termes d'un acte revêtu des signatures de Philippe de Champaigne, « porteur du consentement du père du marié », de Jean et de Gaspard Édelinck, frères de celui-ci, de Robert Nanteuil et de Charles Le Brun, Gérard Édelinck prenait pour femme dans la paroisse de Saint-Séverin — ny aurait-il pas là encore, soit dit en passant, quelque indice de ces habitudes ou de ces arrière-pensées jansénistes dont nous parlions tout à l'heure }\ — « Madeleine, fille de feu Nicolas Regnesson, graveur et marchand de tailles-douces », celui-là même dont Nanteuil avait épousé la sœur, à Reims, un quart de siècle auparavant •*.

1. Nous ne prétendons nullement dire qu'il n'y ait eu en France aucun graveur de portraits habile avant Nanteuil. Les travaux de Jean Rabel, de Thomas de r.eu, de Léonard Gaultier, de .lacques de Forna/cris et de quelques autres sous le règne de Henri IV ou au conunencement du rèi^nc de Louis XIII, un peu plus tard ceux de Darci, de Claude Mellan, de Michel Lasne, démentiraient de reste une pareille assertion. Ce que nous voulons rappeler seulement, c'est que, le premier, Nanteuil produisit des chefs-d'œuvre dans un genre où, Jean Morin excepté, aucun graveur français n'avait encore fait preuve d'un talent vraiment supérieur.

2. Non seulement Nanteuil avait eu assez de crédit pour obtenir du roi qu'il rendit en 1660 l'édii, si souvent cité, de Saint-Jean-de-Luz, édit par lequel la gravure, désormais distincte des « arts mécaniques », était alTranchic des entraves qu'on prétendait lui imposer et déclarée « art libéral », mais, dès Tannée i658 (i5 avril) le brevet lui avait été accordé, avec mille livres de pension, de la « charge de dessinateur et de graveur ordinaire de Sa Majesté ». Kn outre, fort répandu dans le monde où il brillait, en commerce habituel avec les beaux esprits du cercle de M"» de Scudéry, bel esprit lui-même et poète à ses heures, ou, pour parler plus exactement, auteur de petits vers galants dont quelques-uns ont été recueillis, Nanteuil menait presque le train d'un homme à la mode, en même temps que par son talent il se maintenait au premier rang parmi les artiste-..

3. Gérard Fdclinck d'ailleurs n'est pas le seul des artistes Mamands établis en France au xvir siècle qui se soit allié à la famille d'un artiste français. Mathieu de

GliRARD KDELINCK 3i

Ainsi, au bout d'un séjour de six ans à Paris, Édelînck avait réussi à conquérir une place, sinon à coté, au moins assez près des artistes les plus renommés de l'époque. Il avait successivement reçu de chacun d'eux des conseils profitables à l'avenir de son talent, et des témoignages d'intérêt ou d'amitié assez efficaces pour lever dans le présent ou pour prévenir les difficultés de la vie : le moment était arrivé maintenant où, pour achever de donner sa mesure, il pourrait se passer de l'assistance d'autrui; où les preuves de son mérite personnel se produiraient d'ellesmêmes avec un tel éclat, qu'elles lui vaudraient la célébrité du jour au lendemain : célébrité qui, une fois attachée a son nom, devait s'accroître encore dans les années suivantes et durer jusqu'à nos jours, sans être jamais contestée. Deux planches de caractères bien différents, mais, malgré la beauté inégale des modèles, deux chefs-d'œuvre à peu près de même valeur, — la Sainte Famille , dite de François I^^^ d'après Raphaël, et la Tente de Darius, d'après Le Brun, — voilà ce qui, dans la carrière d'Édelinck, marque la fin de la période des essais, pour ouvrir l'ère de plus en plus féconde des travaux décisifs et des succès remportés de haute lutte.

Plattc-Montagnc, nous l'avons dit, avait épouse la sœur de Jean Morin; l'année même où Édelinck devenait, par son mariage, le neveu de Nanieuil, le peintre de batailles Van der xVleulcn épousait une nièce de Le Brun.

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