LA LETTRE
Fac-similé d'un croquis de Gérard Ter Borch.
tions nouvelles. Notez encore qu'avec des éléments si compliques l’unité de l’œuvre est complète, et que le même peintre, qui dans des scènes intimes d’une observation si pénétrante a su rendre la lumière étouffée des intérieurs hollandais, arrive ici à nous montrer, sous un jour clair, chacun de ces détails à son plan, reflété, enveloppé, avec son importance relative et sa coloration exacte.
C’est donc bien à tort, on doit le reconnaître, que Ter Borch est trop souvent considéré comme s’étant voué à la représentation exclusive des
56 LES ARTISTES CÉLÈBRES
scènes galantes. Quoiqu'il ait singulièrement agrandi le domaine du genre qui a surtout fait sa réputation, il ne s’y est pas borné, et la diversité de ses aptitudes était remarquable. Tout ce qu’il voulait entreprendre, il le faisait avec une égale supériorité. Nous avons dit qu’il excellait à peindre les chevaux; dans les catalogues de G. Hoet, nous relevons aussi sous son nom la mention d’un tableau : Bergère avec son troupeau. Enfin, la Rixe, qui ne nous est connue que par la gravure de Suyderhoef, dont nous donnons ici une reproduction, nous présente un côté de son talent non moins imprévu. La rage de ce rustre qui, à la suite d’une dispute de jeu, saute à la gorge de son adversaire et s’apprête à le frapper de son couteau, la terreur effarée de celui-ci en sentant sa mort prochaine, la véhémence et le mouvement de cette scène tumultueuse, toutes ces violences qui feraient bien plutôt penser à la verve endiablée du vieux Brueghel, on ne s’attendrait guère à les rencontrer sous le pinceau de notre artiste. Elles contrastent avec la placidité de ses compositions les plus habituelles, avec leur exécution délicatement gracieuse et caressée, et achèvent de nous donner la plus haute idée de sa fécondité et de sa souplesse.