LA LEÇON DE MUSIQUE
Tableau de G. Ter Borch. — (Collection de San Douato.)
LES ARTISTES CÉLÈBRES
hors ligne..., seul à son rang, après Rembrandt ». En art, ces classements numérotés me paraissent aussi hasardeux qu’inutiles. J’aime mieux constater, d’accord avec Bürger cette fois, qu’entre tous les peintres de son pays, il n’en est pas qui soit plus Hollandais que Ter Borch, par les sujets qu'il a traités, par sa manière de les comprendre, par le caractère même de sa technique et de son talent. On a cru cependant, et de divers côtés, pouvoir relever chez lui, dans ses portraits ou ses tableaux, bien des influences successives : celle de Hais d’abord, puis celle de Rembrandt, et même, après son retour d’Espagne, celle de Velâzquez, qu’il aurait pu, dit-on, connaître à la cour de Philippe IV*. Certes, un artiste de la valeur de Ter Borch n’a pu, en parcourant l’Europe, demeurer indifférent aux chefs-d’œuvre qu’il rencontrait sur son passage; mais il nous semble difficile de constater dans son œuvre des témoignages positifs de ces prétendues influences et nous croyons, au contraire, qu'on ne saurait citer un meilleur exemple d’un talent se développant d’une manière logique et tendant par une progression suivie vers la perfection. Dans la marche de ce talent aucun écart, aucune de ces transformations imprévues qu’on remarque parfois chez les plus grands. Sa vocation est très précoce et il persévérera toujours dans les voies où de bonne heure il s’est engagé. Son exécution prodigieusement habile, mais discrète et peu apparente, n’a jamais visé à la virtuosité de Hais. Quant à Rembrandt, dont on a parlé, la lumière égale et diffuse qui éclaire doucement les intérieurs de Ter Borch ne rappelle en aucune façon les mystérieux contrastes chers au grand magicien. Ce n’est pas non plus Velâzquez qui avait appris à notre peintre cette simplification toujours croissante dans l’arrangement et l’harmonie de ses portraits; dès ses débuts, il avait montré cette sobriété extrême des accessoires et des costumes qui permet de reporter et de concentrer toute l’attention sur le visage de ses modèles.
De même, dans le choix de ses sujets, Ter Borch est resté bien Hollandais. Sans s’égarer jamais en ces compositions académiques qui ont séduit la plupart de ses contemporains, il regarde autour de lui et il ne peint que ce qu’il voit. Aussi, comme exactitude, comme sincérité, il n’est pas de témoignages plus précieux que ceux qu’il nous a laissés sur
i • Encore n’est-il pas inutile de remarquer, à ce propos, que Velâzquez voyageant en Italie fut absent d’Espagne du commencement de 1649 jusqu’en juin i65i, c’est-à-dire au moment mCme où Ter Borch aurait pu l’y rencontrer.