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LE PALAIS GALLIEN, A BORDEAUX

Dessin de Gérard Ter Borch le Vieux,

tenaient toujours, ajoute-t-il plaisamment, car ils ne lui avaient pas été payés ». On menait alors, paraît-il, vie joyeuse et agitée parmi ces artistes de la bande académique , et après boire les rixes étaient parfois assez vives pour nécessiter l’intervention de la police. Aussi les archives judiciaires ont-elles fourni à M. Bertolotti plusieurs des renseignements recueillis par lui sur les artistes belges ou hollandais émigrés en Italie. C’est bien notre Gérard Ter Borch qu’il faut, croyons-nous, reconnaître dans ce « Gerardo Tarburgo di Castiglia, fiammingo », qui, le 9 mars 1 608,

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à la suite de libations trop copieuses à l’auberge la Truie , blessé à la tête par trois coups de fourchette que lui avait assénés un de ses compagnons, intentait, le 18 avril suivant, une action criminelle à l’auteur de ce méfait L

Il n’est si belle fête qui ne prenne fin, et, après une absence aussi prolongée, Gérard dut se résoudre à revenir dans sa patrie. A peine rentré à Zwolle, il s’y maria, le 28 mars 161 3, avec une jeune fille d’Anvers, Anna Byskens. Malgré son goût pour la peinture, il jugea plus prudent de succéder à son père dans sa charge de receveur des impôts (Licent- Meester ), charge pour ainsi dire héréditaire dans la famille, car il devait lui-même la transmettre, un an avant sa mort, à son fils Herman. Ainsi casé dans sa ville natale, Gérard y passa le reste de sa vie. Trois fois marié, il n’eut pas moins de douze enfants. Comme ses fonctions n’absorbaient pas tout son temps, il était heureux de consacrer ses loisirs à l’art qu’il aimait toujours. Dans les nombreuses compositions que renferment ses albums, il aborde les données les plus diverses empruntées aux livres sacrés ou à la mythologie. Nous y notons successivement plusieurs épisodes de l 'Histoire de Tobie , la Lutte de Jacob avec l’ange, Lotit et ses filles, les Pèlerins d’Emmaiis, Orphée charmant les animaux, sujet alors très en vogue et qui lui procura l’occasion de grouper autour d'Orphée une foule d’animaux un peu sommairement esquissés, mais assez fidèlement rendus dans la vérité de leurs allures. Il est moins heureux dans d’autres scènes qu’il se plaît également à traiter, avec le désir malencontreux d’y introduire des figures nues. C’étaient là aussi des données chères aux peintres hollandais de cette époque, mais qui rarement leur ont porté bonheur, à Gérard moins encore qu’à tout autre. Le Jugement de Paris, Eve cueillant la pomme, Eve chassée avec Adam du Paradis, Suzanne et les vieillards, lui permettent d’étaler sous nos yeux des formes féminines d’une vulgarité ou d'une laideur repoussantes.

Nous ne saurions donc faire à Gérard un mérite de sa fécondité dans ce genre de compositions; mais d’autres côtés de son talent sont plus

1. A. Bertolotti : Artisti belgi ed olandesi a Roma. 1 vol. in-8% p. 76. Florence, 1880. La désignation de « di Castiglia », ajoutée au nom du requérant, s’explique sans doute par ce fait que l’indépendance des Provinces-Unies n’étant pas encore reconnue à cette époque, celles-ci étaient toujours considérées comme espagnoles. Peut-être aussi Ter Borch avait-il pris lui-même cette désignation à cause des relations qu’il entretenait avec les Espagnols séjournant en Italie et afin de donner plus de poids à sa requête.

Fac-similé d'un dessin de Gérard Ter Borch le Vieux.

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dignes d’attirer notre attention et quand, au lieu de s’égarer dans des voies qui ne sont pas faites pour lui, il se contente de regarder la nature et la vie qui l’entourent, il sait rendre intéressantes les diverses interprétations qu’il nous en montre. On a pu voir avec quelle vérité et quelle aisance il reproduit les traits principaux des paysages qui l’ont frappé sur son chemin. C’est avec plus d’entrain encore qu’il aborde les scènes familières dont il a été témoin. Dans ses Conversations galantes, ses Scènes d'amour parfois assez libres et ses Rondes rustiques pleines d’une fougue exubérante, il n’a plus rien d’académique. Ce sens du mouvement, cette justesse dans les attitudes, cette vérité d’expression qui éclatent dans certains de ses dessins, — notamment dans le Repas de noces, que nous reproduisons ici, et qui passe pour représenter celui de ses propres fiançailles, — expliquent l'influence très légitime qu’il a dû exercer sur son fils et les sages conseils par lesquels nous le verrons plus tard guider et affermir sa vocation.

Gérard le Vieux s’est aussi occupé de gravure et il a rédigé un traité succinct des préceptes de l’eau-forte, en quelques pages qu’on a retrouvées dans ses papiers, en même temps qu’une planche gravée par lui et qui était restée jusqu’à présent ignorée : Loth et ses filles, composition du reste très médiocre, qu’il a signée : G. T. Borch Zwollanus, F. Anno i632. Enfin, comme beaucoup d’artistes de ce temps, Ter Borch cultivait également les lettres. On a de lui des pièces de vers dans lesquelles son humeur malicieuse s’exhale en traits assez vifs. Sa causticité n’épargne ni les magistrats de Zwolle, ni ses confrères les collecteurs d’impôts, dont il raille la rapacité et « les doigs crochus ». Parfois il accompagne ses dessins d'un commentaire rimé avec force allégories et subtilités, suivant le goût de cette époque. C'est d’ailleurs un homme d’ordre, rangé, tout entier à ses devoirs de père de famille. Il aime les siens et il entretient la bonne harmonie entre ses nombreux enfants. Les intérêts de tous lui sont également chers et il tient la main à ce qu’aucun d’eux ne soit lésé. On trouve çà et là dans ses albums quelques-uns de leurs portraits dessinés par lui, par exemple celui d’une de ses filles occupée à lire, que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs, ou celui d'une autre petite fille, Catherine, qu’il perdit en bas âge et qu’il a représentée morte dans son cercueil, le 27 juin 1 63 3 . Il avait su communiquer scs goûts à la plupart de ses enfants, surtout celui des lettres et arts. N’ayant pu être artiste lui-même, il guettait chez eux les traces de leur

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