PORTRAIT DE JAN KABUS
Dessin de Gérard Ter Borch. — (Collection Albertine.)
— nous avons reproduit ici le meilleur de ces portraits — d’après sa mère ou les autres personnes de son entourage, sont pleins de sincérité et de vie. Leur exécution très fine et très sûre ^appelle un peu celle de son frère Gérard et explique d’autant mieux les confusions souvent faites à cet égard que, plus d’une fois, ils ont tous deux représenté les
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mêmes modèles. C’est ainsi que dans les albums nous avons à diverses reprises retrouvé le visage rond et joufflu d’un enfant au gros nez aplati, aux yeux lourds et endormis, aux longs cheveux tombant en désordre sur son front, sans qu’il soit toujours bien facile de discerner lequel des deux frères a tenu le crayon *.
Le goût des arts ne suffisait pas à remplir la vie de Moses et l’un de ses carnets contient, à côté de ses croquis, des notes sur les manœuvres militaires, avec des figures indiquant divers mouvements stratégiques de troupes en campagne. Au moment de la guerre avec les Anglais, le jeune homme, poussé par ses sentiments patriotiques, demanda et obtint un commandement sur la flotte hollandaise. Son portrait, fait par Gesina peu de temps avant son départ, nous le montre en costume d’officier avec sa gracieuse tournure, sa physionomie aimable et ses traits assez semblables à ceux de sa sœur. Au moment de quitter les siens, il avait été assailli par des pressentiments sinistres, mais, sans s’y arrêter, il persistait dans sa virile résolution. A peine arrivé à son poste, en vue d’Harwick sur la Tamise, il tombait frappé à la tête et au cœur de deux blessures mortelles, le 12 juillet 1667.
La mort du « jeune héros tué en combattant l’ennemi » avait été vivement ressentie à Zwolle. Gesina surtout avait pleuré ce frère chéri, dont la perte la replongeait dans les tristes dispositions où plus d’une fois déjà elle s’était complu. C’est avec une persistance singulière qu’elle s’attacha de nouveau à cette idée de la mort qui lui était douce et familière. Dans de nombreux dessins elle s’exerça à retracer tous les incidents qui avaient marqué les derniers jours que Moses avait passés au milieu des siens, ses courtes hésitations, son départ avec un squelette assis à côté de lui dans la barque qui l’emmène. La solitude s’était faite peu à peu autour de la pauvre affligée. Elle continua cependant à se livrer à son passe-temps favori, faisant les portraits des siens, ceux des enfants de ses sœurs, ou cherchant à entretenir autour d’elle des goûts qui lui restaient
1. Le plaisant est que le portrait de ce personnage assez grotesque — une inscription, placée sous un des dessins de Moses, nous apprend qu’il se nommait Jan Fabus — introduit par Gérard dans quelques-uns de ses tableaux, notamment dans la Leçon de lecture de la galerie Lacaze, a passé longtemps pour être le portrait de Gérard luimême. C’est sous cette désignation qu’il a été gravé par Bartsch et placé par Charles Blanc en tête de la biographie du maître. Un dessin de Netscher, exposé au Louvre 'n* 530), nous montre aussi les traits de ce Jan Fabus, et le fait n’a rien d’étonnant, car Netscher était à ce moment élève de Gérard Ter Borçh.
chers. Nous la voyons donner à ses jeunes amies les premiers enseignements de la peinture et recueillir les modestes essais de leurs débuts. C’est vers ce moment qu’elle s’est représentée elle-même vêtue de deuil. Sa taille et ses traits se sont un peu épaissis, mais, sous cette tenue sévère, elle a encore grand air et conserve la distinction qui lui est naturelle.
Les détails nous manquent sur la dernière période de sa vie qui allait s’achever dans un isolement toujours croissant. Une de ses sœurs, Anna, mourait le 23 octobre 1671 ; une autre, Sara, le 26 novembre 1681. Son demi-frère, Gérard, suivait celle-ci de près; sa mère enfin lui était enlevée le i3 avril i683. Elle-même leur survécut jusqu’au 16 avril 1690; elle fut ensevelie dans la sépulture qu’elle s’était fait disposer à la grande église de Deventer. Par son testament, elle léguait ses albums, ses dessins et les portraits de ses proches à sa sœur Catherine, en émettant le vœu qu'après sa mort, tous ces souvenirs laissés par elle fussent conservés dans sa famille, qui garda en effet pieusement pendant deux siècles ce précieux dépôt.
CROQUIS DE GESINA TER BORCH.