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Comme c'est drôle aussi, dans le sein de leurs peines
Lire :
Comme c'est drôle aussi, dans le sein de leurs fièvres.
Etoiles
A Gabriel Nigond
L'Espoir meurt et renaît, il a l'Eternité : Sur le tombeau de l'un, il faut qu'un autre éclose, De môme qu'au rosier chaque corolle close En voit une s'ouvrir aussi belle à côté.
Dans chaque désespoir dont le cœur est hanté Gomme dans chaque adieu d'une aurore morose Sommeillent les clartés d'une autre apothéose, Et chaque souvenir est l'espoir d'un été.
Dans les plus sombres soirs de sa folle cervelle, Dans les mornes regrets qui lui tordent le cœur, L'homme espère toujours une étoile nouvelle.
Et même quand son doute a broyé toute ardeurr Luit l'espoir de la mort qui l'enlace et l'emporte. Et l'étoile suprême est une étoile morte.
b'flveu
Bien doucement je veux te dire un soir «Je t'aime! » Tu ne parleras pas, parler trahit le cœur ! Mais lentement sur moi ton regord enchanteur Exhalera l'aveu qui palpite en toi-même.
Puis je raviverai ta lèvre un peu trop blême Dans un baiser sans fin d'une tendre rougeur, Et nous écouterons l'amour que l'heure sème, Et nous l'effeuillerons tous deux comme une fleur.
Vois I nous nous serons fait la douce confidence, Gomme un flot sur un flot roule dans le silence, Si lentement, sans heurt, tellement pas à pas,
Que si mon cœur demande à ton cœur, à ton âme, Aquelle heure, quel jour ils m'ontdonné leur flamme, Tes yeux clairs me diront : « Je ne me souviens
[pas I »
bes Sourires Tristes
A mon ami Jean.
Ils errent lentement comme des ieuilles mortes Sans force et sans lueur sur les lèvres fermées : Ils ne dévoilent pas les souvenirs qu'ils portent Et qu'ont décoloré les heures écoulées.
N'ayant été qu'un peu, doucement ils s'achèvent Avec ce charme flou des choses insensibles : Reflétés au miroir de larmes invisibles Ils meurent quant le pleur nait dans les yeux qui
[rêvent.
Infiniment amers ou doux, ils sont sublimes; Naturels ou forcés, les fleurs de noirs abimes Viennent s'épanouir sur les lèvre* ï>.~^-
Et je lis — contemplant ces pâles fleurs ouvertes Quelque chose de grand, de divin, qui s'élance De la majesté calme où grandit leur souffrance.
Où Vont les Roses Mortes?
A Madame Marcelle Tinayre.
Je sais comment les roses naissent ; C'est sous l'aurore qui souiit ; Comment se lèvent les jeunesses :
Comme une vierge de son lit.
Je sais comment la rose embaume :
C'est sous le baiser du soleil ; D'être jeune je sais le baume ; Le cœur à la rose est pareil.
Je sais comment les roses meurent, Gomment jeunes et vieux s'en vont :
Les soirs descendus sur leur front De leurs coups d'ailes les effleurent.
Hélas, ce que point je ne sais, C'est lorsque les nuits les emportent ; — Ce que je ne saurai jamais ; — C'est où s'en vont les roses mortes.
Sérénité
A mon ami Jean.
Pourquoi se plaindre sur la terre De nos amour?, de nos douleurs ? Il faut, courbé sous le mystère, Cueillir des ronces et des fleurs.
Les uns souffieut beaucoup ? Qu'importe Et d'autres aiment un peu plus ?
Suivons le vent qui nous emporte Sans mots, sans regrets superflus.
Il faut des douleurs et des charmes :
Entre nous ils sont partagés Injustement ? Tant pis, sans larme3 Suivons les sentiers engagés.
Et puis mourons tous sans envie, Heureux d'avoir chacun sans tort, Versé sa goutte en l'urne d'or Où bout la liqueur de la vie.
Passage
Viens dans l'intimité de l'ombre qui descend, Solitude du cœur, clore un peu ma paupière, Pose un tendre baiser sur mon rêve naissant Et de tes vagues doigts écarte la lumière.
Etends tes fins cheveux devant mon front pensif, Que j'écoute tout bas une voix qui s'achève ; Laisse finir le jour lorsque la nuit se lève, Mon cœur est naufragé, veux-tu ? sois son esquif
Sans percevoir en moi de minutes brisées. Laisse le jour qui dort me faire un au revoir Et laisse pas à pas en teintes irisées La lumière sans heurt tisser l'omore du soir.
De la lumière à l'ombre et de la vie au^rêve Laisse insensiblement en charmes dérivés — Ainsi que des clartés et des chants tamisés — Mon cœur passer tout b^s sans que rien ne s'achève.
Chants, barmçs et Silence...
A mon Père.
Lorsque je vois les cœurs qui chantent
Je murmure : voici les forts !
Que leur importe pleurs et torts ;
Vivre, voilà leurs seuls efforts.
Je suis jaloux de ceux qui chantent !
Et lorsque j'aperçois en pleurs Le faible, hélas ! pour lui je prie ; Pauvre petit, il s'humilie, Il me ressemble, il craint la vie :
J'ai pitié de moi dans ses pleurs !
Mais quand je vois ceux qui se taisent Les lâches qui vont sans souftvir, Sans pleurs, sans rires, sans soupir Et sans la force d'un désir.
Ah ! je maudis ceux qui se taisent !
Un Peu
L'homme vit chaque fois qu'il aime :
Dans le baiser fleurit le jour, L'ombre se fait quand fuit l'amour, Il pleut, il fait beau tour à tour Selon qu'on pleure ou bien qu'on aime.
Aimer ici, c'est vivre un peu, Rire, pleurer, dire a Je t'aime! »
Faire un serment et trahir même, Chansons ou larmes quoiqu'il sème L'amour ici fait vivre un peu.
On aime, il fait clair, c'est la vie : L'œil est ouvert comme le cœur, C'est le serment, c'est la douceur Qu'on cueille sur la lèvre en fleur.
On aime, il fait beau, c'est la vie.
Mais quand se fait l'ultime adieu :
Que les ivresses sont passées, Que les gerbes sont délacées Des fleurs des aubes trépassées, Mais quand se fait l'utilme adieu,
Un tombeau s'ouvre et se referme :
Le soir gémit en s'avançant ; Nous regardons en frémissant Notre jeunesse qui descend Dans le tombeau qui se referme :
C'est un peu du cœur qui s'en va Que voir en soi l'amour se taire, C'est perdre le meilleur sur terre, Tous pleurs, tous chants et tout mystère, C'est un peu du cœur qui s'en va.
A travers les Vitres
La neige tombe lente et se pose avec peine, Nul souffle ne la berce et je vois vaguement Passer, telle un éclair, de moment en moment, Une ombre dont le pas pressé s'ébruite à peine.
La neige étouffe tout, muette et sans haleine, L'heure traîne un silence uniforme et latent Et la flamme qui brûle un ultime sarment Meurt, laissant sur le bois la rougeur d'une veine.
Alors j'écoute en moi, vague et doux, s'élever
D'une note lointaine un écho réservé :
La mousse de mon cœur aussi, s'est amassée....
Et des rêves hâtifs circulent pas à pas
Dans mon âme, sans bruit : on ne les entend ras
Fouler la neige blanche où marche ma pensée.
Heure
La lampe fume dans la chambre Et traîne un vague reflet d'ambre Sur le silence calme et doux.
Muet, je suis assis près d'elle, Effeuillant la pâle asphodèle De rêves aux pétales flous.
Tandis que la vieille pendule Au timbre triste et minuscule Cadence et découpe le temps.
Puis mes rêves se font latents....
Et l'argent de l'heure en moi tombe, Faisant unbruit d'ombreet de tombe.
Eloge
Toi que charme parfois la douceur de mes vers, Tu ne te doutes pas des strophes embaumées Ecloses pas à pas sur tes traces aimées Et que je lus souvent dans tes grands yeux ouverts.
Et ce charme muet qu'exhale le cœur tendre Et qui m'a pénétré quand j'étais près de toi, Sur le velin rayé de vers que prend ton doigt, Sais-tu que je l'ai mis pour te le voir comprendre?
Mais lorsque doucement, bien bas oi «ans me voir, Lisant l'te»* •»*-- « uV> tu me dis sans savoir : « Qu'elle doit être douce et bonne l'âme heureuse
Qui vous fait évoquer ces ciels bleus et ces fleurs 1 »
J'écoute tristement la voix élogieuse,
Je souris et parfois me tourne avec des pleurs.
Femme de Rêve
Puisque je t'aimerai, tu seras d'abord belle, Mais d'une beauté tendre et douce comme un rêve, Ta lèvre sera pèle et presque immatérielle, Et ton baiser hâtif comme un souffle de grève.
Ta voix murmurera comme un chant qui s'achève, Ton habit sera lait de soie et de dentelle, Tes cheveux seront flous, ton âme sera frêle Et ton regard pâli comme un jour qui se lève.
Car les plus tendres fleurs ne sont pas les plus vives, Les plus folles clartés ne sont pas les plus pures Et les chants pénétrants sont parfois des murmures.
Vois, toute floue, ainsi, sur tes lèvres furtives Je pourrai croire encor embrasser ma chimère Et tu seras ma sœur, ma muse et ma lumière,
Pourquoi tç Plaindre?
A ceux qui meurent à vingt ans.
Tu vas mourir, pourquoi te plaindre ?
Tu as pensé, souffert, aimé ?
Va, le livre peut se fermer
Et le flambeau s'éteindre.
Tu vas mourir, pourquoi te plaindre ?
« Je suis jeune, me diras-tu ? Et je voudrais aimer encore, Voir les cimes qu'un soleil dore,
Le roc du vent battu ; Je suis jeune, me diras-tu ? »
C'est justement, ami, termine Maintenant ton âge qui meurt Sans vain regret, sans cris, sens pleur,
Rassérène ta mine!
Pour ton bonheur tout se termine !
Ah ! tu voudrais chérir eneor, Rouvrir le livre aux pages lues, Verser des larmes superflues,
Sentir monter l'accord De la douleur, souffrir encor!
C'est bon, souffrir dans la jeunesse, Aimer, mais qu'une seule fois ; C'est bon de rêver sous les bois
Traîner quelque détresse, Mais seulement dans la jeunesse.
Car à trop souvent s'exalter
Le cœur pas à pas se dégoûte,
Le charme s'enfuit goutte à goutte,
On a peine à chanter, Il ne faut qu'un temps s'exalter.
Comme une gerbe qui se fane Dans le cœur las et délassé, Le regret de l'amour passé
Revient, mais en profane, Dans le cœur, gerbe qui se fane.
Vois, tu vécus tout le meilleur:
L'amour, les pleurs, alors qu'ils chantent, Tu fuis avant qu'ils ne te mentent.
Tu peux partir sans pleur Puisque tu vécus le meilleur.
Tu vas mourir, pourquoi te plaindre ?
Tu as pensé, souffert, aimé, Va, le livre peut se fermer
Et le flambeau s'éteindre.
Tu vécus tout, pars sans te plaindre !
Hôpital
A Alexandre Bérard.
L'hôpilal blanc contemple Ambérieu qui s'éveille Et Luisandre qui dort avec sérénité :
Les alouettes d'or chaulent un chant d'été. Le malade sourit, et pourtant il sommeille.
Les murs à leur front haut portent écrit : Santé ! Et le soleil levant met sa rougeur vermeille Sur la blancheur des lits où la charité veille... Le malade est debout et son cœur a chanté.
Chaque fenêtre aspire, à longs traits, de la vie. Le pauvre en a gonflé son cœur déjà bien vieux Et le bonheur renaît dans son âme ravie.
Puis le soir descendant des grands horizons bleus Tombe sur la demeure à demi endormie, Impassible, attendant de nouveaux malheureux!
bes Ramoneurs
A ma Cousine Marthe
Le petit ramoneur venu je ne sais d'où Fait claquer ses souliers sur la terre durcie. Il gèle, et ses yeux clairs en sa face transie Ont d'étranges éclats venus je ne sais d'où.
Il passe, trottinant, en noir, et les dents blanches,
En sifflotant des airs pleins de triste gaité,
Et je souffre en voyant l'étrange pauvreté
Qui passe, trottinant, en noir, et (les dents blanches.
Car je ne comprends rien à ces jeunes malheurs, A ces petits enfants perdus dans les froideurs, Je me forge pour eux des tristesses épiques.
Ah ! quand ils vont ainsi, doux et mélancoliques, Dites-moi, tout frileux, avec leurs airs mystiques A quoi peuvent penser les petits ramoneurs.
A quoi pensent-ils donc les petits ramoneurs, Errant sur nos chemins dans la bise et la neige? Ils ont la solitude et le froid pour cortège Et l'on ne sait pas bien à quoi sougentîenrs cœurs ;
Peut-être au ciel brumeux de rivages en pleurs ? A la mère priant pour que Dieu les protège ? Au village ? à l'aimée ? à l'océan ? que sais-je ? Peut être y a-t-il plus en leurs regards songeurs...
Ils s'y passe peut-être une folle épopée Que nos cœurs où s'étale une autre destinée En leur félicité ne comprennent pas bien.
A moins qu'au lieu d'extase et de vague espérance, Afin de soulager quelque épique souffrance, Us s'efforcent encor de ne penser à rien...
Les Nénuphars
A Madame Marcelle Tinayre.
Sous le baiser laiteux des clartés sidérales, Les ondes du lac bleu se paillettent d'argent, On y voit voltiger un long frisson changeant Qui fait gesticuler les ombres sépulcrales. On le croirait frôlé d'un vent, doux souvenir D'une caresse morte ou d'une flamme éteinte : C'est le lac de l'amour qui, dans les soirs bleus, tinte Des airs chantés à deux, autrefois, sans soupir. Car ce sont des soupirs, les notes nonchalentes Qu'exhalent dans la nuit les nénuphars neigeux, Fleurs écloses au soin des ivresses chantantes Et qui dans l'ombre douce en reparlent entre eux. Lorsque un reflet glacé sur le lac dormant glisse, Que les cheveux brunis des vierges de la nuit S'étalent lourdement comme un soupir d'ennui Sur le front argenté du ciel que rien ne plisse, Les nénuphars, parfois, entr'ouvrent lentement Leurs calices mi-clos comme des lèvres mortes
Et redisent les airs que les brises apportent
De leurs courses sans fin au haut du firmament.
Ils parlent, mais tout bas, par frissons, par
[murmures, Ils chantent, mais sans voix, on dirait qu'ils
[sussurent.
Ce sont de lourds sanglots et des soupirs mêlés
De vagues bruits de flots, de caresses frôlés ;
Ils tremblent doucement et leurs tremblements
[pleurent,
Leurs notes sont toujours comme des voix qui
[meurent.
Mais que se disent-ils tout bas, blancs et glacés,
Sur les flots lourdement dans l'ombre balancés ?
Ils disent que l'amour est mort avec les roses, Que les lèvres sans fard ne s'entr'ouvriront plus Et qu'eux, les nénuphars, souvenirs inconnus Qui fleurirent jadis sur les lèvres décloses, Seuls, gardent le secret des adieux, des serments,
Des aveux murmurés dans les jours de tendresse, Des trahisons parfois en fleur dans la caresse.... Ces petits cœurs souffrants, ces cœurs de vieux
[amants Qui ne chériront plus, se gonflent en silence Sous le vent du regret qui souffle avec lenteur, Qui parle des baisers et de l'hymne enchanteur Qui balançaient l'amour de leur folle cadence. Oh ! comme cette brise est triste en son baiser ! Quelle mélancolie enténèbre sa plainte ! Les petits cœurs tout blancs des nénuphars où tinte Sa voix, se sont serrés tout prêts à se briser. Quelquefois il revient comme un souffle de charme : Les nénuphars croyant revivre un peu d'amour, Un sourire a plissé chaque fleur tour à to;,r, Mais ce sourire éclot encor comme une larme. Ainsi, de temps en temps, quand passe un pèlerin Aux alentours du lac, le soir, dans le silence,
Il écoute monter ce charme qui s'élance ;
Il s'approche, prend peur, il se retire, il craint....
Il craint, car il comprend un peu, trop bien peut-être.
Mais s'il marche trop près de l'onde tout se tait
Il se figure alors avoir rêvé; c'était Quelque songe, croit-il, qui s'essayait à naître. Car nul, sauf le rêveur, n'a jamais vu chanter, Dans les flots de la nuit aux argentines voiles, Courbés sous l'eau dormante où l'amour palpitait, Les nénuphars blanchis sous les pleurs des étoiles.
Tes yeux
J'aime, perdus, silencieux, Sur les sables de quelques grèves Tristes ou doux, tes grands yeux bleus, Tes yeux qui rêvent.
Qu'ils m'enlacent tout doucement Ou lancent des flammes extrêmes, J'aime tes yeux, bleu firmament, Tes yeux qui m'aiment.
Je les aime charmeurs, coquins, Sous tes longs cils qui parlent, crient, J'adore tes grands yeux taquins, Tes yeux qui rient.
Mais je crains trop tes yeux ailés Qui me frappent quan i ils m'effleurent, Pleins de reproches et voilés, Tes yeux qui pleurent
ju
Mon Dieu
Oui j'ai foi dans un Dieu généreux et sublime, Mais qui ne s'est jamais nommé Christ ou Bouddah, Je ris de Mahomet, Je brave Jéovah Et les oieux sont pour moi le cadre d'un abîme.
L'Infini, l'Eternel me clament monstrueux, « A quoi bon rechercher des temples dans le vide ? Nous sommes l'enveloppe et vous la chrysalide, Le ciel est le reflet de vos multiples cieux. »
Car nos cieux sont nos cœurs tendres et douloureux Où de multiples Dieux pleurent ou s'extasient, Faisant un horizon éclatant ou rêveur.
Et je contemple, alors serein, cette nature Qui n'est que le reflet de l'immense peinture Du royaume infini qu'incarne chaque cœur.
Conseils
Si par hasard ton âmè pleure Pour quelque amour évanoui Et dont le souvenir t'effleure, Ami! tu dois pleurer sur lui.
Souffre et sanglotte sans te plaindre, Laisse t'étreindre le tourment, Sans l'exalter ni le restreindre Laisse-toi blesser franchement.
Purifié par les voix saines De ce qu'il est de plus sacré : De l'amour vif et de ses peines, Tu sortiras rassenéré ;
Et le premier mot d'anathème Lancé sur ton rêve parti S'achèvera, fait de toi-même, Plus qu'en pardon, en un merci,
Au Coin du Fçu
Heureux, ceux qui l'hiver auprès des tisons rouges, Les yeux pétris de vague et le cœur plein d'oubli, Regardent au hasard les flammèches qui bougent Dans le silence tiède et le jour qui pâlit.
Heureux, ceux qui tandis que l'heure s'en va lente, Au gré d'un vieux coucou qui ne sonne plus bien, Goûtent au fond de l'âme où nulle voix ne chante L'Intime volupté de ne songer à rien.
Dans mon Dardin
Ombres fraîches de mon jardin Entourez ma tête pensive Où parle d'une voix plaintive Un rêve qu'une âme enjolive.
Descendez ! ombres du jardin.
Roses du massif que je longe, Avec moi répandez vos pleurs ; C'est bon, souffrir avec les fleurs Je sème un peu de mes douleurs Au bord du massif que je longe.
De mon amour, oh ! parlez-moi !
Parlez moi des minutes douces Et des étreintes sur les mousses, Ensuite sur les feuilles rousses, Et de l'hiver qui neige en moi.
Arrachez-moi de douces larmes, Pour ces moments évanouis Pour ces rêves vécus, enfuis, Et que les robes des oublis Balayèrent avec des larmes.
Ombres fraîches de mon jardin, Entourez ma tête pensive Où parle d'une voix plaintive Un rêve qu'une âme enjolive.
Descendez ! ombres du jardin.
ba Vie d'un Rêve
A Mademoiselle Loulou Revol.
Sous les vents adoucis le grain de blé se lève, Avec, dans le matin, des gestes enjôleurs.
L'amour nait, en mon cœur je sens poindre le rêve, Ses chemins sont ornés de verts boutons de fleurs.
La torride clarté d'une chaleur mordante Donne des reflets vifs à l'or des épis mûrs.
Les boutons sont éclos dans mon âme éclatante Et mes rêves s'en vont dans leurs robes d'azurs.
La faux vient de couper les épis de sa lame Et les gerbes ont pris la teinte des vieux ors.
Effeuillé^ par le temp^ ^e tn în< ni dans m n âmp Lps pptïiles fanés :e tous mes rêves m t
La neige a déposé sa pelisse d'hermine Et tissé leur linceul aux chaumes désolés.
L'oubli, vieillard muet, qui pas à pas chemine, A couvert des vieux jours mes rêves en allés.
Futiles Sonnets
A mon frère Charles
Baisers permis
Auprès des roueries d'une Agnès de quinze ans, qni essaie d'endormir la surveillance inopportune de sa mère, afin de jaser d'amour avec son petit cousin, que sont les savantes combina sons du plus retord des diplomates? Daniel Dabc.
Mamans, sachez que nos cousines Que vous gardez jalousement Trouvent toujours le doux moment De leurs caresses clandestines.
N*interdisez pas aux mâtines Le baiser que leur lèvre prend Au cousin tendre qui le rend, Apprenez qu'elles sont trop fines.
Mamans ne les pourchassez point
Dans l'idéal et sombre coin
Où tous deux causent de tendresse
On ne pourrait que reprocher Aux petits fous de se cacher Pour dérober cette caresse.
Mort d'Oiseau
Le soir tombe, le froid se lève, A la fenêtre est un moineau Et follement le pauvre oiseau La tape d'une note brève.
Il va mourir. Nul ne l'entend.
Déjà son œil voilé chancelle Et sa plume fait la dentelle Sous la bise la relevant.
Agonisant, paupière close, Caressé par le vent repose Son petit corps qui se raidit.
Et, découvert après la nuit, Il n'entendra rien autre chose Comme adieu que : « Pauvre petit ! »
Vieilles bettres
Vieilles lettres de mon placard Où gît l'amour de ma jeunesse, Papiers roses pleins de finesse Et qui mentaient pour la plupart,
Faut-il vous brûler tôt ou tard, Ou garder votre encre traîtresse Qu'un ange emplit d'une tendresse Dont il ne sentait pas le quart ?
Non ! gardons la saveur antique Et le baiser tout romantique De ce mensonge satiné:
Il ne nous sera plus donné De recevoir dans notre vie, Chère au vieillard, cette folie.
En Rêtfe
Dans ma tête jeunette et folle Ont souri de jeunes minois Et dans mon rêve j'aperçois Une lèvre jeunette et folle.
Vers moi se penche un ange pur, Je prends sur sa bouche une rose Et je ne sens rien autre chose Que le baiser de l'ange pur
Des cheveux frôlent mon visage, Et mes doigts froissent un corsage ; Ils en restent tout parfumés.
Hélas ! déjà je me réveille Et je sens ma lèvre vermeille Frémir de baisers non donnés.
A la bune
Plus pâle encor qu'un Pierrot blanc, Toujours Pierrot me fait l'ivresse Lorsque je m'approche en tremblant Pour faire aveu de ma tendrese.
Je vois sourire ma maîtresse Qui d'un air vague et nonchalant Hausse l'épaule et se redresse Pour me crier : « Pierrot, va-t en ! »
Alors je m'en vais à la lune, Pierrot toujours, pâle Pierrot, Conter un peu mon infortune.
Mais ne voila-t-il pas, c'est trop, Que ce pantin se met à rire Aussi?... Pauvre Pierrot martyre !
De nç t'aimais pas
Petit minois scandalisé Parceque je t'ai dit : je t'aime, Je te ferai l'affront suprême De te réclamer un baiser.
Fàche-toi ! Je veux tout oser, C'est là le moindre de mon thème, Car je veux voir ta lèvre même En vains reproches s'épuiser.
Tu sauras la vérité pure
A cause du premier murmure,
Je vais te l'avouer tout bas :
Tu l'as voulu, tant pis, c'est pire, Je veux, ma belle encor te dire Que c'est faux, je ne t'aime pas !
Somme
C'est surtout la grâce câline
Que j'aime en ton amour d'enfant,
Et la cascade cristalline
De ta voix claire qui consent.
C'est ton front rose et nonchalent Qui sur mon épaule s'incline, Tandis que, vague, un somme lent Clôt ta paupière qui décline.
C'est la caresse de ton doigt Qui dans l'ivresse d'un beau rêve Subitement s'attache à moi,
Et ton regard bleu qui se lève, Disant parmi des baisers fous :
« Que c'était bon, rendormons-nous!»
Coquetterie
J'adore ta coquetterie
Qui refuse pour recevoir,
Qui clôt tes yeux pour me mieux voir
fit pour dire « oui » qui se récrie.
J'aime ta douce menterie Qui semble ne jamais vouloir Et ton cœur qui pour moins savoir S'ouvre tout grand à ma folie.
Quand tu dis « non » ton œil dit « oui »
Et si « demain » dit ta voix dure
C'est que ton cœur clame « aujourd'hui ».
Que toujours ce mensonge dure.
Si Jamais tu disais «je veux »
Bien moins doux seraient tes aveux.
New in silva
A mon ami Jean.
A quoi songes-tu donc ô mon cœur qui tressailles ?
La lune monte sur les pins Et coule un regard blanc, au loin, sur les broussailles
Où se frappe l'or des matins.
Tu dois rêver d'amour comme on rêve à ton âge
Et de baisers jadis donnés, Et peut-être encor flotte un parfum de corsage
Sur tes doigts brûlants énervés ?
Vois sur les longs pins noirs monter le grand silence
A chaque aiguille suspendu, Leur robe ondule, d'ombre lourde, avec confiance,
Ils n'ont rien donné ni perdu 1
Peut-être rêves-tu d'une amour envolée
En espérant une autre encor ?
L'amour n'a jamais lui dans la nue étoilée,
Son charme n'est pourtant point mort.
Tu songes aux frissons que sur les gorges nues
Ses extases firent courir, Aux éclatantes fleurs dans les âmes conçues
Et qui montèrent pour mourir?
L'amour? L'amour? Ah! jeune cœurl Les gorges
[blanches?
Les roses pourpres du baiser?
Regarde le lait pur qui filtre dans les branches
Sur ta tête pour l'apaiser !
Vois les grands pins aux rameaux noirs et qu'une
[haleine Ainsi que des berceaux sans bruit
Pousse: jamais ils n'ont aimé, leur seule reine
Est cette nuit, la grande nuit.
L'étoile berce le sommeil et la pensée
Des pins rêveurs et nonchalents
Qui tremblent sous la brise alerte et nuancée De rêves bleus dans les soirs blancs :
Ce sont des rêves bleus immenses qui se taisent
Et s'épandent en argent vif Que leurs rêves secrets : les brises les apaisent
D'un battement d'aile craintif,
Ecoute maintenant : le vent murmure et monte ;
Pieux, les pins se sont penchés ; C'est un mystère, on n'entend pas ce qu'il raconte
A quelques piquants détachés.
Mais tu pleures, cœur tendre ? Ah I le passé t'appelle !
Car ses racines en ton cœur Fécondent chaque jour une peine nouvelle
Au sein flétri de quelque fleur !
Les folles illusions des premières tendresses,
Hélas pour la première fois, Font jaillir d'amers pleurs des premières caresses
Et tu pleures ton autrefois ?
Regarde l'infini superbe de l'espace
Où s'étale l'immense paix, Contemplatrice éternelle du cœur qui passe
Avec ses rêves étoiles !
Ah ! tu t'en vas peut-être en ce moment là même
Haïr, prier, beaucoup souffrir, Ta pauvre voix d'humain va lancer l'anathème
Voyant ta jeune foi gémir ?
Haïr ? Jurer ? Souffrir ? Oh mon cœur c'est infime Pourquoi pleurer? même oublier?
Vois tu la majesté, le spectacle sublime Du grand pin qui vient de plier ?
Superbe et sans orgueil, il grandit. Il s'élève
Naïf en sa sérénité, Nul sanglot, nul désir n'en féconda la sève,
Soumis, il a toujours chanté.
Les jours ont sangloté sur sa tête chenue, Et le grand pin n'a pas pleuré,
Car sa jeune vigueur sans cesse retenue L'empêcha de se délabrer.
Il n'a pas dépensé sa précieuse jeunesse En sanglotant sous la douleur ;
Il est resté debout, sans honte et sans paresse, Dédaigneux d'un indigne pleur.
Le seul frisson qui souleva sa robe noire Est le souffle varié du vent,
Avec un chant divin de calme et de victoire 11 resta fier sous l'ouragan.
Vois le bois solitaire en sa monotonie Qui va rêveur et balancé,
Il vit grandir en lui l'extase indéfinie Sans avenir et sans passé.
Sois le grand pin calme et serein, sur son mystère
Courbe le rêve qui te ment :
Son front nargue le ciel, lui qui poussa sur terre,
En vivant simple, il vécut grand.
Hélas mon pauvre cœur, sans amour et sans peine,
Désabusé des rêves morts, D'une prime douleur qui régna souveraine
Et détaché de tout remords,
Peut-être t'en vas-tu t'acharner à la gloire,
A la gloire du peuple humain ?
Ta jeune force avide et d'aube et de victoire
Vers elle va roidir sa main.
0 gloire !... 0 néant fou !... Tête trois fois plus folle
Qui rampe là pour s'élever,
Qui pour pleurer plus haut, toujours plus haut
[s'envole, Et se gonfle pour se crever !
Tais toi! La lune est sur les pins et le vent gronde,
Et. ne viens pas les profaner De tes plaintes d'enfant : écho de ce grand monde
Qui se dresse pour se traîner.
Et contemple le temps et contemple l'espace
Muets dans ce ciel infini, Et regarde ton front, pauvre atome qui passe
Quand une étoile au ciel surgit.
Contemple l'ombre qui rêve de solitude
Et les étoiles, ces légions 1 O cœur ! tu quitteras l'infime inquiétude !
Qui s'énervait dans tes passions.
Plus rien du monde ne luira dans ta pensée,
Tu comprendras le rêve pur, Tu nieras l'orgueil, le mauvais, et, délaissée,
Ta flamme mourra dans l'azur.
Tu seras si petit sous la voûte si grande Que tu prieras sans t'en douter,
Et que sans le savoir, sans que ton front l'entende, Tu t'abaisseras pour monter.
Tu verras si léger, si mince, fol atome,
Tout le mystérieux humain Auprès du temple vaste où grandit telle un gnome
La figure du lendemain,
Que tu n'y verras plus les indignes souffrances, Faibles comme un vent qui finit,
Et qu'en toi grandiront les simples espérances Du berceau blanc de l'Infini.
Ton âme ne pourra plus se sentir méchante
Et ton orgueil s'abaissera, Tu verras une brise en l'ancienne tourmente
Et l'avenir te sourira.
Car tu reconnaîtras la nature, ta mère :
Ton Dieu, ton modèle idéal, Car tu vivras pour lui donner l'humble prière
D'un cœur aimant et virginal.
Pour la comprendre mal, éclot notre souffrance,
L'orgueil et la méchanceté, Car la nature avait pétri notre innocence
De son mystère et sa bonté.
Mais en la retrouvant s'écoule l'onde amère Qui s'infiltrait dans notre sang;
Il nous faut pour cela contempler notre mère Qui prend la main quand on la tend.
Tu vivras pour la voir, l'admirer et l'entendre,
Pour être ce qu'elle te fit :
Cœur sérieusement calme et superbement tendre
Et qui contemple et qui sourit.
L'amour qui plaint n'est pas à l'infini superbe
Et la souffrance est un soupir ; L'oubli n'abreuve pas la sève de chaque herbe
Et le ciel fait pour nous bénir.
Tout cela c'est ton Dieu, tout cela c'est ta vie:
Les vents et le ciel étoile, Le murmure qui monte et le pin qui se plie.
Vivre, 0 mon cœur! c'est contempler !
Vivre, c'est écouler la voix de la nature
Qui chante la sérénité, Vivre, c'est admirer sa parfaite sculpture
Et sa noble simplicité.
C'est prier Dieu, ce Dieu que l'homme d'un visage
En sa simplicité masqua, Ce Dieu, le solennel et l'éternel ouvrage
Que la nature nous donna.
Et cela seul est beau car cela seul est vaste, Vrai, bon, franc, pur et sans regret.
Devant notre faiblesse on 'e mit en contraste, Cœur ! entre eux ne sois pas un trait.
Sans regret ni désir, absorbant la durée
Tout ce mystère à l'éternel Marche sans cri, sans pleur, sans souffrance endurée,
Au milieu d'un chant immortel.
Tu t'abaisses mon cœur ! Oh I ce tableau t'écrase !
Retrempe de virils pensers Devant ce monument de l'éternel extase,
Reprends serein les vieux sentiers.
Et souviens toi du jour où flottait la nuit blanche, Devant tes yeux comme miroirs,
Où la lune d'argent, saupoudrant chaque branche, Neigait sur le front des pins noirs.
Et si d'autres orgueils s'acharnent trop vivaces Après toi, faible cœur humain,
Et si quelques douleurs dessinent des grimaces Sur ton front devenu serein,
Si quelque chose de mauvais à nouveau rampe
En toi, le bois majestueux, Le bois qui chante et qui console et qui retrempe
Palpite toujours vers les cieux.
Reviens ici, mon faible cœur, la nuit venue Quand l'ombre monte avec le vent,
Elève ton regard qui pleure vers la nue Et lave-le dans cet argent...
Ecoute dans le soir cette voix pénétrante
Qui te dit d'aller pur et saint, Et qui fuit en mourant, indéfinie et lente,
Dans le rêve de quelque pin
Va, tu marcheras bon et dans un chant sans trêve Et sans maudire et sans douter,
Puisque c'est de son sein que la force d'un rêve Aura surgi pour remporter.
Vois, ce tableau si grand devant ton cœur infime
Et qui t'écrase en murmurant, Dont le mystère va silencieux et sublime,
Avec le eiel, avec le vent ;
Si tu ne maudis pas tes larmes insensées,
Si tu n'as pus honte de toi, Et ne dis pas pardon des peines (répassées
Au noble Dieu q i te fit roi,
Si tu ne lui dis pas : « Pf-rdcn nature sainte, Te méconnaissant, j'ai pleine,
Je reconnais la source où s'abreuva ma plainte Tour n'avoir pas su l'admirer !.. »
Et si tu peux alors garder dans la mémoire
Quelque fantôme d'ici-bas, Quelque méchanceté, quelque rêve de gloire,
Si tu peux regarder tes pas
Auprès de l'infini sillon que dans l'espace
S'en va creusant l'éternité, Et si tu peux te souvenir de ce qui passe
Auprès de l'immortalité !....
Non, ton orgueil mourra, ta vanité fragile
S'évanouira dans l'Infini, Et toi, dans l'Espace et le Temps, va^e d'argile,
Tu te briseras !à cans bruit !
Et seul, L'encens subîil et pur, l'encens de l'âme
S'en échappera lentement ; Privé de tout souci terrestre, toute flamme,
Tu liras au seul firmament.
Dans cet!e immensifé, l'éternelle nature, Ton Dieu, viendra te consoler,
La lune neigera du temps sur ta blessure Et le vent viendra la frôler.
Et souviens toi du jour où flottait la nuit blanche, Devant tes yeux comme miroirs,
Où la lune d'argent, saupoudrant chaque branche, Neigeait sur le front des pins noirs.
La lune aux pleurs moins blancs rend les ombres
[moins noires, Le mystère est plein de douceur,
Il a poudré de vague ses grands écritoires
Qui se reflètent dans le cœur.
Une caresse humide passe aux lèvres blanches
Du soir, et la lune descend Là-bas, au fond du bois où sur la chair des branches
Passe un frisson d'apaisement.
Elle paraît mourante, élargir les limites
De l'Eternel, de l'Infini, En éteignant l'éclat neigeux de ses orbites
Clos pour la nuit, la grande nuit...
Un Sourire
Les jours ont déposé leur cendre sur mon mal, Les oublis ont neigé sur mon âme fermée, Mais tu parles toujours en moi, ma bien aimée, Sous ce ciel d'autrefois qui s'embrume automnal,
Je me souviens toujours un peu, mon âme pleure, Mais c'est sourire encor que pleurer pour l'amour, Toi, tu m'as oublié jadis et sans retour. Sans bien savoir pourquoi la révolte m'effleure.
Mais ton baiser perdu court sur les vieilles fleurs : Os fleurs pâles désormais et qui sont nos lèvres; Et ma révolte fuit au gré de quelques pleurs.
Je te vois lutinant avec des gestes mièvres Pour obtenir de moi de longs baisers de feu. Je suis s-i triste alors que je souris un peu...
SflVo
Mignonne méchante
Quelques vers ont suffi, mignonne à ton portrait : J'écrasais de l'azur, des fleurs, pour chaque trait, Puis j'ai contemplé ton cœur pour le faire vivre.
Mais il était si grand, ?i beau, si compliqué, Si fou, si délicat, que pour tout l'expliquer, Méchante, il m'eut fallu les cents pages d'un livre.
Dors!
Dors, dors sur mon épaule, ô ma belle, je veille, Laisse tes longs cheveux se perdre dans les miens, Encor ce baiser là sur ta lèvre vermeille Et mes rêves iront s'entremêler aux tiens.
Repose contre moi tout ton cœur, tout ton être, Repose toi bien fort, bien près, que tes pensers, Conçus dans ton sommeil, en moi viennent renaître, Que s'achèvent en moi tes rêves commencés.
Que tout bas notre amour en l'ombre se marie, Que ton somme à ma vie, à mon cœur soit pareil ; Laisse toute ma vie entrer dans ton sommeil Et laisse ton sommeil pénétrer dans ma vie.
Si tes rêves parfois deviennent orageux, Au travers de ta chair je lirai la souffrance, Et rien qu'à regarder tout doucement tes yeux, Ta peine se noiera dans la voix du silence.
Et si je lis pour moi dans un songe enchanté Quelque baiser donné, comme au rêve qui touche, J'en poserai tout bas un autre sur ta bouche, Dans ton rêve mi-rêve et mi-réalité.
Petit Oiseau
L'oiseau commence à chantonner Et l'aurore bientôt va naître, Il va venir le petit être.
Mon espoir nait.
Teint de rose le jour se lève,
Les cieux sont transparents et purs,
L'oiseau chante dans les azurs, Et c'est mon rêve.
Torride, l'air alourdit l'heur, Il brûle, et l'oiseau doit se taire, Il s'est enfui sous le mystère.
Mon rêve meurt.
D'un coup d'aile le soir effleure L'oiseau revenu tristement, Le soleil tombe au firmament.
Le regret pleure.
Et sans étoiles la nuit vient :
L'azur creusé comme une tombe Sème l'oubli qui tombe, tombe....
Hélas, plus rien !
bç Bleu du Ciel mordait...
Le bleu du ciel mordait plus du tiers de la lune Qui courbait sur nos fronts l'or fauve de son arc. Et nous errions tous deux sur les sentiers du parc Elle, amoureusement blanche dans la nuit brune.
Un semblable sourire unissait notre cœur, Timide et tendre il s'éleva jusqu'au visage Et fit même en montant soulever son corsage Et s'ouvrir le calice humide d'une fleur.
Puis, voulant tous les deux écarter une branche, Nos deux mains sans savoir s'unirent doucement — Le soir était si blanc sur la robe si blanche Qu'il vint éterniser le tendre mouvement. —
Vous, timides amants, qui traînez l'infortune De ne pas avouer votre amour tous les deux, Allez vous promener, les soirs silencieux, Où le bleu du ciel mord plus du tiers de la lune.
Bouquet
A Monsieur Gillet.
Pour commencer, vierges et purs, Jeunes oiseaux parmi les branches, Nous ramassons dans les azurs Les roses blanches
Quand vient l'avril de nos seize ans, Qu'âmes et que fleurs sont écloses, Nous parfumons nos tendres chants De roses roses.
Et durant l'âge nous cueillons Roses rouges, roses mousseuses, Le brss fléchit, nous les fauchons, Roses nombreuses.
Hélas, un soir pour emporter Le vieux bouquet de nos armoires, Pourquoi faut-il le compléter De roses noires ?
lui
P une Bressane
J'ai puisé le nectar sans profaner le vase... Et je t'aimai Bressane et tu n'en sauras rien, J'ai lu dans tes yeux noirs un cœur comme le mien Et j'ai chanté l'amour au lever d'une extase,
Non cet amour humain décevant et qui phrase — Ce qui ne parle pas. cela seul est divin — Mais ce mystère ardent qu'on ne comprend pas bien Et qui, dans un éclair, nait, meurt sans qu'il écrase...
Ensuite, sans regret, je te vis t'en aller,
Car dans le fond de moi je vis tout étoile
Un souvenir plus doux que des notes de flûte ;
Et je partis, tordant pour toi ces quelques vers, Fier et presque peureux d'avoir une minute Lu l'implacable amour de l'immortel Arvers.
Parle moi d'Elle !
Sur tes ailes d'azur, Rêve parle-moi d'elle ! Viens t'en me caresser d'un lumineux frisson, Le silence voltige, un souvenir m'appelle, Et j'écoute l'espoir éclore dans mon front.
De tes subtiles mains entrouve ma paupière Et parsème de fleurs le regard de mes yeux Pour que je la revoie au sein d'une lumière Où l'humaine clarté se mêle à l'or des cieux.
Evoque sans parler sa douce voix connue, Dessine vaguement ses gestes élancés Et redis moi ces mots amoureux que je sais Et dont elle charma souvent la nuit venue.
Redis moi que je l'aime et qu'elle est bien à moi,
Que ses cheveux sont flous comme un présent qui
[passe, Parle moi de sa lèvre et de n'importe quoi,
Pourvu que chaque mot soit Elle qu'il retrace.
Comme je te disais tout d'abord, pas à pas, 0 rêve ! dont je sens m'effleurer le coup d'aile. Approche, viens rouvrir ma paupière tout bas, Que ta voix doucement vienne me parler d'elle !...
Pçtite Rose...
Petite rose qui m'écoutes O ! rose qui me vois pleurer, Durant le temps que je vivrai Ne dévoile pas mon secret ; O ! rose tendre qui m'écoutes !
Ne dévoile pas le secret A la belle que mon cœur aime, Qui ne m'aime pas, dur problème, Et qui ne s'en doute pas même, Ne dévoile pas mon secret !