CHAPITRE I
M. S.-O. PERRAULT, prêtre,
Ancien curé de Saint- Stanislas de Kostka.
Amice oêcende superius.
(LUCj XÏYj 7.)
Dans le laps de temps qui sépare ces deux dates s'étend la vie d'un humble prêtre, peu connu du monde^ mais familier et intime avec son Dieu — Messire Stanislas-Octave Perrault — voyage terrestre dont le point de départ fut le grand Saint-Paul en 1832 et dont le terme s'est clos à la Providence du Coteau-du-Lac, en 1904.
Le collège Joliette fondé en 1846, par l'honorable Barthélémy Joliette et Mgr Ignace Bourget, offrait à l'Eglise du Canada, en 185-1, les prémices de ses élèves destinés au sacerdoce. Trois jeunes gens qui se nommaient Cyrille Beaudry, Octave Perrault et Octave Désilets prirent donc la soutane à la fin des vacances de 1854. Les deux premiers son devenus le R. P. Beaudry, supérieur du collège Joliette et Messire S.-O. Perrault, curé de Saint-Stanislas ; le troisième retourna dans le monde, après une année ou deux de théologie. Il devint avocat et protonotaire de la Cour supérieure de Joliette. Mais s'il ne devint pas prêtre lui-même, il offrit au Seigneur, à sa place, son fils aîné qui est aujourd'hui le R. P. Aldéric Désilets, o. m. i. Seule la personne fut substituée, mais le nom devait passer à un ministre de l'autel.
Le R. P. Beaudry, fut ordonné en 1857, où le collège Joliette célébra l'ordination de son deuxième prêtre. (Le R. P. S. Rivet, son premier, reçut la prêtrise en 185G ) . M. Perrault, ayant en partage une santé débile, ne put avancer à la prêtrise qu'en 1861. Lui aussi réclamait un droit d'ainesse, étant le premier prêtre qui fit toutes ses études à Joliette; les deux autres avaient débuté à l'Assomption.
Pour le moment, nous allons radier du cadre de cette étude les noms des jeunes Beaudry et Désilets, afin de nous arrêter à la personnalité du jeune Perrault. Allié aux nombreuses familles Perrault du district de Joliette, ainsi qu'à celle des Parthenais, il naquit à Saint-Paul, le 13 septembre 1832, (l'année du grand choléra, comme il ne manquait jamais de le faire remarquer), du maria-
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ge de M. Jean-Baptiste Perrault, et de dame Angélique Perrault. L'atmosphère de piété et de vertu dans laquelle il vécut dans sa jeunesse eut une salutaire influence sur sa vie entière. Il eut aussi la bonne fortune de suivre, à l'école de son village, pendant deux années, la formation et la classe de M. Jean-Louis Martin de Saint- Jacques de l'Achigan, père de M. Alcide Martin, arpenteur de Joliette, et oncle maternel de celui qui, en ce moment, tient la plume du biographe. Précisément à cause de cette relation de famille, M. Perrault eut sans cesse pour son voisin (à Sainte-Barbe et à Saint-Clet) une estime et une amitié réconfortantes que la mort ellemême est impuissante à briser.
De l'époque de sa première communion à celle de son entrée au collège, l'oreille du coeur de cet adolescent dut plusieurs fois entendre l'appel du Seigneur à Pierre et à André: " Venez, suivez-moi, vous deviendrez pêcheurs d'hommes ", ou bien encore la parole du maître du festin à celui qu'il voulait honorer: " Mon ami, montez plus haut ". Et cette voix du Seigneur eut un écho fidèle dans l'âme du jeune homme.
Il entra au collège Joliette à l'Industrie en 1848, à l'âge de 16 ans et eut pour professeurs : en Eléments latins le Frère Léon Boisvert, devenu le R. P. L. Boisvert, c. s. V., décédé à Bourbonnais, 111., le 27 mai 1867; en Syntaxe le Frère A. Jacques, devenu R. P. Abraham Jacques-Duhaut, c. s. v., de sainte mémoire, décédé à Joliette le 24 septembre 1888, à l'âge de 77 ans ; en Belles- Lettres, en Rhétorique et Philosophie, le R. P. P. Lajoie, devenu supérieur général des Clercs de Saint- Via-
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teiir; pour la Physique, le Frère J. Michaud, plus tard le K. P. J. Michaud, c. s. v., décédé à Jolie tte le 13 décembre 1902, à 80 ans. Pour la langue latine dont l'étude arrivait alors à la fin du cours, ses deux professeurs furent le R. P. Lajoie et le regretté Frère F.-X. Dusgault, c. s. V., qui, lui, fut " Pépère " jusqu'à la fin de ses jours.
Au dire de ceux qui l'ont connu, le jeune Octave fut un élève accompli. Ceux qui plus tard sont venus en contact avec lui, ceux qui ont vécu dans son intimité sont bien persuadés qu'il en fut ainsi, car l'oracle du Saint- Esprit est infaillible et il dit : " le jeune homme continuera à suivre, même dans sa vieillesse, la voie qu'il a tenue dans sa jeunesse " (Prov., XXII, 6.
Nos trois jeunes gens, comme autrefois Basile et Grégoire de Nazianze ne devaient connaître que deux rues dans la ville: celle qui conduisait à l'église et celle qui menait au collège.
En prenant la soutane notre jeune homme fut employé comme auxiliaire au collège de Chambly, que les Clercs de Saint-Viateur avaient sous leur direction ; puis alla au séminaire de Sainte-Thérèse et à celui de Montréal. Né actif et laborieux et très attaché à son devoir et à sa vocation, il fut fort contrarié de se voir aux prises avec la maladie qui fit remettre son ordination jusqu'à l'année 1861.
On eût dit que les couvents, par la régularité qui les distingue, l'attiraient. C'est dans un couvent, à la maison mère de la Providence, qu'il se prosterna sur les
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dalles du sanctuaire pour se relever prêtre le 6 janvier 1861, ayant reçu Ponction sacerdotale des mains de Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal; ce fut aussi dans le couvent du Sacré-Coeur, au Sault-au-Récollet, qu'il reçut le diaconat, en même temps que M. H. Dupuis y recevait la prêtrise. Et c'est encore dans un couvent qu'après quatre années de résidence, il tomba malade pour ne plus se relever et qu'il rendit le dernier soupir, après quarante-trois ans révolus de prêtrise.
Le voilà prêtre, le " Seigneur est son partage ", il vient d'entendre le redoutable " tu es mon prêtre pour l'éternité ", il fait partie de la milice sacrée ; il n'attend plus que le mot d'ordre de son chef, pour voler^ s'il le faut, au bout du monde. Mais il n'ira pas loin pour le moment, car Mgr Bourget le nomme vicaire à la Longue- Pointe, chez le vénérable M. Drapeau, qu'il a tant aimé et au commerce duquel le jeune prêtre prit ces habitudes de délicatesse et de régularité que tous nous avons admirées chez M. Perrault, et qui, s'étant identifiées avec lui, ne le quittèrent jamais et Font rendu cher à Dieu selon cette parole de la Sagesse: " Son âme était agréable à Dieu ".
Il s'exerça dès lors avec ardeur à la piété sachant " qu'elle est utile à tout ". Aussi dès le matin, s'inspirant de ces paroles des psaumes : " Seigneur dès le matin vous entendrez ma voix ", il fut fidèle à sa prière et à son oraison, sa préparation à la messe et à son action de grâces. Disant la messe à G. 30 heures, à la Providence, il était à la chapelle, à son prie-Dieu, avant 6 heures, afin de pouvoir célébrer " avec attention, respect et dévotion ".
Kécitant le bréviaire avec son curé, il prit ainsi l'habitude de s'en acquitter aux heures voulues, sans négligence, sans égard aux récréations, mais avec générosité. Les religieuses qui le voyaient plusieurs fois le jour nous disent qu'il avait toujours un livre de piété à la main, suivant en cela le conseil de saint Paul à Timothée : " ai)pliquez-vous à la lecture ". Quand ce n'était pas son bréviaire, c'étaient ses livres de lecture spirituelle ou bien la vie des saints dont il se faisait un plaisir à citer le^ maximes. Sa visite au Saint-Sacrement, son respect des choses saintes, sa tenue respectueuse et recueillie dans l'église, son amour des âmes qu'il aimait à panser au tribunal de la Pénitence, son respect et sa vénération pour ses supérieurs, dont les désirs lui étaient sacrés, son estime et son amitié pour ses confrères et par-dessus tout, sa générosité et sa charité pour les pauvres et les malheureux; voilà quelques-unes des nobles aspirations et des courageuses pratiques de sa vie !
L'évêque ordinand lui avait posé cette question : "Me promettez-vous à moi, et à mes successeurs respect et obéissance? Et le jeune lévite avait répondu : " Je le promets ". Et il s'en rappelait; il n'oublia pas non plus ces paroles de V Ecclésiastique : " Ayez de la vénération pour les prêtres ", ni ces autres conseils : " Aimez à exercer l'hospitalité " et " renfermez votre aumône dans le sein du pauvre et elle priera pour vous ". Aussi ces trois vertus à savoir: son respect pour l'autorité et pour les prêtres, son hospitalité et sa commisération pour les malheureux sont devenues proverbiales dans le diocèse de Valleyfield tout entier.
Il fut vicaire neuf ans et passa dans les paroisses suivantes où il laissa partout un excellent souvenir et le parfum de sa piété: la Longue-Pointe, Saint-Janvier, Lacolle, Coteau-du-Lac, Sainte-Philomène, Saint-Urbain Pile Bizard et Saint- Valentin.
Enfin, le 3 août 1870, Mgr Bourget lui confiait la jeune paroisse de Saint-Stanislas, comté de Beauharnois, laquelle ne comptait encore que onze ans d'existence et dont il devint le troisième curé, succédant à M. Th. Bérard, successeur lui-même de M. M. Foisy, premier curé.
Dans l'intervalle de temps qui s'écoula depuis le départ de M. Bérard à l'arrivée de M. Perrault, la cure fut desservie par M. J.-B. Beauchamp comme M. Perrault, me l'a souvent raconté. Comme toutes les paroisses au berceau de leur existence, Saint-Stanislas situé au milieu des terres noires et entouré de bois, avec ses terrains à demi-défrichés, n'avait qu'une pauvre chapelle de bois, bâtie en 1856, laquelle est devenue dans la suite des temps, mais après plusieurs améliorations, l'église paroissiale de Saint-Barbe qui en fait ses beaux dimanches. A côté de l'église se trouvait le presbytère en pierre qui fut entièrement remis à neuf en 1884.
C'est là, à ce poste où il devait rester un quart de siècle, qu'il devint selon la sainte Ecriture, " chéri de Dieu " par sa vie sacerdotale éloignée des amusements du monde, par son zèle et cette piété tendre qui fut comme la passion de sa vie, et " cher aux hommes ", à ses confrères et à ses paroissiens.
Ah ! qui dira combien le presbytère du curé de Saint- Stanislas fut aimé et fréquenté et quelle hospitalité franche et de bon aloi chacun y trouvait ! Avec quelle figure radieuse et quelle chaleureuse poignée de main, il accueillait son visiteur, s'informait de sa santé, de ses parents, de son personnel, des confrères voisins ou malades; avec quels transports il vous servait à table, s'oubliant lui-même pour ne s'occuper que de ses hôtes ! Qui dira son amour pour ses paroissiens ? Comme " le bon Pasteur connaît ses brebis et les appelle par leur nom'', ainsi notre curé, servi par une très heureuse mémoire, connaissait tous ses paroissiens, leurs noms, prénoms jusqu'à ceux des petits enfants et les histoires de chaque famille dans tous ses détails.
S'il lui arrivait, dans la chaleur de ses prônes, qu'un mot moins pesé ou même un peu blessant lui échappât (car il était prompt) ; il mettait tout en oeuvre pour en effacer la mauvaise impression: réception amicale, services rendus, argent prêté et excuse demandée.
C'est ainsi que sa mémoire est en bénéd'iction chez ses paroissiens. Sainte-Barbe peut aussi en témoigner encore et, quand il demeura à Saint-Timothée ou à Yalleyfield, combien de visites il reçut de ses anciens paroissiens qui l'affectionnaient tant et qui en étaient si tendrement aimés.
Précisément à cause de sa jeunesse, la paroisse de Saint-Stanislas s'agrandissait tous les jours ; le feu prudemment mis et contrôlé, brûlait, chaque année, à peu près un pied de terre noire et donnait au cultivateur un sol bien propice aux moissons; la population devenait
plus dense; et des habitations s'élevaient à Textrémité ouest de sa paroisse, là où à son arrivée, n'existaient que des bois touffus ou des savanes humides; par suite, il eut besoin d'un vicaire pour la desserte de sa paroisse qui comptait près de 1,200 communiants. Il en eut successivement quatre: MM. Charland, Prieur, Valade et Desnoyers.
Mais comme la paroisse prospérait et devenait plus populeuse, la chapelle devenait elle-même trop étroite; il fallut donc songer à remplacer cette chapelle de bois par une église plus en rapport aux besoins de la population et à l'aisance qui croissait chaque jour. Mgr de Montréal, pour épargner à son curé les fatigues et les épreuves inséparables à une construction d'église en même temps qu'à une réparation considérable de presbytère, lui offrit la cure de Saint-Alexis de Montcalm. Mais notre curé, fortement attaché à son peuple, et se sentant capable de bâtir, répondit à son évêque comme autrefois saint Martin : " Je ne refuse pas le travail '' et " même un travail plus ardu que par le passé et je veux entreprendre de bâtir ". Ses succès dépassèrent toute espérance: la belle église de Saint-Stanislas sortit de terre, s'épanouit comme par enchantement; le presbytère prit sa forme actuelle; la répartition marcha comme sur des roulettes et pas une seule erreur de chiffres, au dire d'experts, ne s'est faufilée dans ses livres.
On peut placer ici une charmante anecdote dont les deux principaux acteurs sont des élèves de Joliette :
Parmi ses syndics, M. Perrault avait un Irlandais réfractaire, comme plusieurs autres, à Tassimilation
française. Il ne s'entendait pas avec son curé, au sujet des constructions paroissiales et M. Perrault le combattait à coup de textes de loi. Fatigué et humilié d'être battu et de ne jouer qu'un second violon, notre syndic veut remettre coup par coup et pour cela il s'en va à Huntingdon, chez M. Félix Woods, curé de la paroisse et comme M. Perrault, ancien élève de Joliette, pour demander conseil : — Je voudrais avoir un livre de loi en anglais pour y étudier la procédure à suivre dans nos assemblées, pour être plus en état de répondre à mon curé. — J'ai ce qu'il te faut, répondit M. Woods. — Et ce disant, il tire un livre de sa bibliothèque, l'enveloppe avec soin et le remet à son interlocuteur qui part avec joie, le coeur et le pas légers.
En entrant chez lui, il ouvre le paquet et se trouve en face, non pas d'un livre de loi, mais d'un simple catéchisme de Butler.
Ahuri et déconfiture, 11 se promet de retourner à Huntingdon et de mettre M. Woods i\ même de réparer cette erreur bien involontaire sans doute, pense-t-il à part soi. Le lendemain, il retourne chez son conseiller et lui dit son erreur. — C'est le catéchisme de Butler que, par mégarde, vous m'avez donné en guise d'un livre de loi. — Ici se voit le bon voisin, l'excellent curé et le spirituel Irlandais. — Je ne me suis pas trompé, dit-il,je voulais te donner ce catéchisme et il te suffit, en t'apprenant à suivre la direction de ton curé.". M. Perrault ne manquait pas d'ajouter à sa manière: " M. Woods, manndezvous m'a sauvé d'une impasse cette fois-là. ".
Sainte-Barbe fut détachée de Saint-Stanislas en 1882,
mais à cause de certaines difficultés surgies au Parlement pour la reconnaissance civile, elle ne reçut son premier curé — M. J. Gagnon — qu'en 1884.
Une autre plaisante anecdote que M. Perrault aimant à raconter et qui se rattache à notre sujet peut suivre celles qu'on vient de lire.
M. Perrault était d'un caractère jovial, mais ne fut jamais ce que le monde est convenu d'appeler un bel homme; il aimait à en badiner toujours et partout. Il racontait souvent le dialogue qui eut lieu, chez un futur paroissien de Sainte-Barbe, dans sa dernière visite de paroisse :