CHAPITRE III
T. R. P. C. BEAUDRY, c. s. v.
In memoriû aeternâ erit justus.
(Ts., III, 7.)
" Notre père est mort ", disait-on, dans l'adresse présentée à Mgr l'archevêque de Montréal, après le dîner le jour des funérailles du R. P. Cyrille Beaudrj, supérieur du collège Joliette. Oui notre père est mort, et depuis ce moment, une tristesse indéfinissable s'est emparée de notre âme. Nous n'avons plus le courage de badiner et de rire et dès aujourd'hui, nous suspendons nos Gerbes de Souvenirs^ pour un temps indéterminé.
En reprenant ces Gerbes et en ouvrant un chapitre au R. P. Beaudry, mon intention est d'ajouter comme un supplément au récit de sa vie, appoint tiré de nombreuses lettres.
" Tout ce qu'on nous dit du R. P. Beaudry nous paraît si vrai, qu'il nous vient tout de suite à la pensée de faire quelque chose pour imiter le bon prêtre, le bon directeur, le bon supérieur, le bon ami qu'il fut envers tous. ^\
29 juin 1909.
" C'est un charme aussi de se retrouver quelques instants, au milieu d'amis anciens dont vous évoquez le souvenir, et de revivre dans le même décor des jours d'antan, les années déjà lointaines passées sous le " joug léger " de celui qu'à bon droit vous nommez un Educateur apôtre. Le Père Beaudry n'était pas un moderne dans le sens fâcheux du mot. Il était de l'école ancien ne : digne, grave. Les eToiiettains vous seront reconnaissants d'avoir retracé le portrait de celui qu'ils ont aimé comme un père et vénèrent maintenant comme un saint. ".
21 août 1909.
(32e cours).
" Que les anciens élèves le lisent pour vivre encore quelques heures avec celui que nous aimions tant, le bon P. C. Beaudry, l'honneur, la gloire et l'àme de noire Aima Mater^ le collège Joliette. ".
28 août 1909.
(32e cours).
" La figure que vous évoquez, aimée de tous, nous apparaît maintenant dans une vue d^ensemble, qui la grandit encore. Les nombreux détails de vie intime que vous donnez, révèlent clairement à tous la bonté, la douceur et riiumilité de cet excellent religieux. La bonne édification qui résulte de la lecture de votre brochure sera la récompense de votre bon et utile travail. ^\
28 août 1909.
" Votre livre qui devra étendre le souvenir de ce ferrent de la communion fréquente, arrive à son heure pour faire écho aux paroles du Souverain-Pontife. '\
28 août 1909.
^* En le lisant on sent que Fon doit être meilleur. Car en face d'une vie sacerdotale, si pleine de vertus et écoulée dans des ministères si variés et en même temps si sanctifiés par l'obéissance et par l'amour du bon Dieu, Ton se dit: Qiiod iste, cur non ego? ''
3 septembre 1909.
" C'est un monument que vous venez d'élever à la mémoire du P. Beaudry, en attendant que la main de l'artiste grave sur le marbre ou dans le bronze les traits de celui que nous avons tant aimé. ".
3 septembre 1909. (33e cours, c. s. v.)
" J'ai eu l'insigne faveur d'être appelé à son chevet. Ce bon Père me dit : " Ne me cachez rien sur mon état, et dites-moi tout ce que vous en pensez. — La maladie qui vous atteint aujourd'hui, mon Père, est presque nécessairement fatale. Me souriant et ensuite tournant ses regards vers le crucifix, il dit: " Que votre volonté soit faite, ô mon Dieu ; je me confie à votre divin Coeur. "
Je me séparai du bon P. Beaudry, le coeur serré en me disant, comme bien d'autres: " Que va devenir le collège tToliette sans lui? " C'est que ce vénérable vieillard ayant fait cette maison ce qu'elle est aujourd'hui, on ne voyait que lui dans cette institution bénie. ".
5 août 1909. (20e cours).
" Je connaissais le Père Beaudry depuis 18G2, époque de son retour à Joliette. J'ai un vague souvenir de Monsieur Beaudry avant cette date. C'est bien le P. Beaudry tel que nous l'avons connu, bon, aimable, affable, pieux, le type du prêtre-éducateur. . . et sévère. Toujours souriant cependant, ce qui, dans l'occasion n'empêchait point la lame de pénétrer jusqu'au fond. . . et de la sentir. . . et d'y produire une blessure facilement guérissable et vraiment salutaire. Le P. Beaudry était en effet, le vrai représentant de Celui qu'il a tant contribué à faire aimer: Notre-Seigneur Jésus-Christ dont le règne le préoccupait et l'occupait sans cesse.
" Si le souvenir d'un homme de bien, comme le P. Beaudry, ne peut s'effacer, beaucoup de détails auraient pu nous écliapper plus tard. ''.
5 septembre 1909. (15e cours).
" Je VOUS remercie beaucoup comme ancien élève, contemporain de feu le R. P. Beaudry que j^ai connu, écolier, professeur, avant étudié sous sa férule (souvenir de l'ancien temps), en classe de Belles-Lettres; plus tard ministre du Seigneur à l'autel. C'est assez dire que j'ai vu se dérouler sous mes yeux, tous les incidents et événements qui se rattachent à son passé. Je n'oublierai jamais l'agréable visite qu'il a daigné me faire, avant la célébration des Noces d'or, avec son frère M. Prosper dont j'ai été le confrère de classe.
" Vous avez retracé une époque des plus saillantes qui fait figurer Joliette au premier rang des collèges classiques. Il est bon de se souvenir, surtout lorsqu'on est parvenu aux limites de la vie. Alors pour chasser les noirs chagrins, les soucis importuns, on fait appel aux souvenirs d'une époque plus ensoleillée, à l'aurore des meilleurs jours. C'est Tâge où l'on se complait à vivre de souvenirs. ".
7 septembre 1909. (7e cours).
" C'est la vie d'un saint que vous avez esquissée . . . et qui sait si vous n'avez pas posé la pierre angulaire de l'apothéose suprême d'un serviteur de Dieu? En vérité, il y a place encore pour de nouveaux saints sur nos autels, et si un procès canonique diocésain était institué, le bon Père Beaudry se verrait bien forcé de faire ses deux miracles ".
8 septembre 1909. (37e cours) .
" Le souvenir affectueux que j'ai toujours conservé pour le héros dont vous nous racontez la vie s'est ravivé en moi. Il vous appartenait de faire ce travail et votre main n'a eu qu'à se laisser guider par votre coeur pour nous dire ce que fut cette existence si précieuse, et si pleine de mérites, ce modèle si complet du prêtre et du religieux. Ne vous défendez pas d'y avoir mis trop de coeur. Qui aurait pu faire autrement, après avoir eu l'inappréciable bonheur de vivre dans l'intimité de ce saint religieux? Je trouve dans cette vie les plus précieux enseignements que tout prêtre et tout religieux devrait avoir constamment sous les yeux, c'est-à-dire sa propre sanctification d'abord, ensuite le zèle des âmes et surtout pour le Sacré Coeur. ".
9 septembre 1909. (30e cours).
" J'ai lu votre opuscule sur le E. P. Beaudry, nom toujours délicieux à l'oreille et agréable au coeur. Vous nous avez peint sous d'éclatantes, mais réelles couleurs ce que furent en lui " l'homme et le saint. '-, l'homme de devoir et d'exemple, le saint rempli de foi et de piété.".
10 septembre 1909. (36e cours).
^' Nous les jeunes qui avons été le§ derniers à recevoir ses soins paternels, nous le connaissions bien et nous sommes loin de l'avoir oublié, car à VAlma Mater, son nom est partout et ceux qui l'ont connu — ils commen-
cent à se faire rares parmi les élèves — le font connaître aux phis jeunes. . . L^enfant, Fécolier, le séminariste, le prêtre-vicaire, missionnaire, curé, novice, religieux, directeur et confesseur ont en lui un modèle et quel modèle ! Puisse ce grand homme, pour la gloire de Dieu, de la patrie et de Joliette, avoir beaucoup d'imitateurs ! '^
11 septembre 1909. 53e cours).
" Ah ! cher confrère combien nous réconforte une vie semblable. Voilà que j'arrive bientôt à l'âge où il a quitté ce monde de misères pour une vie meilleure.
" Qu'ai-je fait, Seigneur, pendant cette carrière sacerdotale de quarante années? (C'est trop d'humilité quand on se nomme M. F.-X. Chagnon, curé de Champlain.) quelques efforts pour sauver les âmes ; certains sacrifices par amour de ma race. Mais hélas ! tout cela a été amoindri considérablement par beaucoup de fautes et d'imperfections. Quand nous voyons, cher ami, repasser sous nos yeux des vies de prêtres comme a été ce doux et courageux P. Beaudry, comment ne pas se frapper la poitrine et demander miséricorde au divin Maître qui nous a appelés?
" Si vous étiez plus près de moi, combien de communications intimes, fraternelles, j'aimerais à vous faire! Je suis isolé dans ce coin de l'Etat de New York. Je travaille à une dernière oeuvre de ma vie, bien ingrate, hélas ! Je ne suis ni compris, ni aidé de personne ; je me fais vieux. Priez pour moi, priez pour mon oeuvre d'une
école catholique, devenue bien difficile dans notre diocèse. ".
15 septembre 1910. (12e cours).
(Je regrette infiniment de ne pas avoir reçu ces confidences du spirituel et savant curé de Cliamplain).
** J'ai lu avec intérêt la biographie de mon frère: je la crois un écho fidèle de cette vie de dévouement et de sacrifices. Les anciens vous seront reconnaissants d'avoir fait revivre ce bon religieux qui a fait du bien à notre commune Aima Mater. '\
21 septembre 1909. (6e cours).
^' Souvent depuis, je me suis fait un portrait mental du vénérable patriarche et il me semble encore voir briller sur son beau front illuminé, la flamme céleste de ses grands yeux qui avaient pour moi je ne sais quoi de surhumain. La perte du P. Beaudry m'a souvent paru irréparable pour le collège Joliette et pour tous ses enfants, mais s'il nous a tant aimés durant sa vie terrestre, peut-il maintenant nous oublier de là-haut? ''
26 septembre 1909. (30e cours).
'^ En répandant la louange de ces hommes érainents par leurs vertus, on suscite dans les générations qui lèvent, la noble ambition de leur ressembler, en continuant leur oeuvre salutaire. ^^
5 octobre 1909.
" Je vous loue d'avoir songé à faire connaître cette belle et captivante vie que fut celle du vénété P. Beaudry. Son oeuvre a été un peu celle que poursuivent tous les prêtres éducateurs, oeuvre malheureusement trop peu appréciée. Vous ne pouviez choisir un meilleur moyen de la mettre en relief. ^\
15 septembre 1909.
" Inutile d'ajouter que je versai bien des larmes au souvenir de tant d'autres souvenirs qui se rattachent pour chacun de nous à la personnalité du R. P. Beaudry. Le bon Dieu nous en donne si peu de ces hommes que nous faisons bien de les goûter. ".
14 octobre 1909. (29e cours).
" Vous avez rappelé le bon Père Beaudry à notre souvenir d'enfance, tel que nous l'avons connu, bon, aimant, aimable et charmant. J'ai toujours eu beaucoup d'es-
time et d'affection pour le E. P. Beaudry. Lorsque j'avais sept ans, il passait quelquefois devant notre demeure sur la rue Manseau (M. Désilets) et s'arrêtait chaque fois pour me parler. Au collège, pendant les neuf ans que j'y ai si agréablement passés, j'ai appris à Testimer davantage, à m'attaclier à lui et à suivre ses conseils qui m'ont fait un si grand bien. Aujourd'hui je l'invoque avec confiance, persuadé que je suis de la sainteté de ce fervent ami du Sacré Coeur. ".
16 octobre 1909. (30e cours).
" Cette biographie fait revivre la sereine et paternelle figure du saint prêtre qui, pendant quarante années de sa belle vie religieuse et sacerdotale, s'identifia avec le collège Joliette. Sous son intelligente et fervents direction, cette maison grandit, se développa et donna, comme un arbre fécond cultivé par des mains diligentes, des fruits abondants de vie intellectuelle et morale. Cet ouvrier apostolique préparait de loin la pépinière du florissant diocèse dont elle façonne la milice sacerdotale. Tous ceux qui, comme nous-mêmes, ont eu, ne fûtce qu'en passant, le bonheur de rencontrer le vénérable P. Beaudry, ont gardé de sa bienveillance, de sa piété, de son maintien parfaitement ecclésiastique, le plus salutaire comme le plus agréable souvenir. ".
17 octobre 1909. {La Nouvelle-France) .
" Vos deux portraits du Père Beaudry sont toute une révélation pour un grand nombre d'anciens élèves. Trop vite eût été oublié le premier et pour ma part, c'est surtout le premier qui m'attire et me captive; il me montre tout entier le Père Beaudry dans la variété de son caractère, s'il est permis de s'exprimer ainsi. ".
18 octobre 1909. (28e cours).
" Ketracer étape par étape la carrière à la fois sainte et fort remarquable de notre très regretté Supérieur, c'est faire oeuvre de gratitude envers lui; mais c'est aussi répondre opportunément à l'ardent désir de tous ceux qui l'ont connu, aimé et vénéré. Ce bon Père restera l'une de nos gloires les plus pures, comme aussi il se fera, du haut des cieux, l'un des plus puissants protecteurs de notre chère maison. ".
20 octobre 1909. (42e cours).
" C'est bien le K. P. Beaudry, ce père qui, le jour de ma décision au sacerdoce, me disait : " Mon enfant, voici les conseils que j'ai à vous donner :
lo Ne vous mêlez jamais de politique.
2o Visitez également toutes les familles : le pauvre a droit à votre visite comme le riche.
3o Votre place est au confessionnal, à l'église, à votre chambre et auprès des malades. ''.
23 octobre 1909. (47e cours).
^' J'ai lu avec plaisir votre biographie du R. P. Beaudry et aussi avec édification ; car il y a toujours profit à lire la vie des saints. ".
16 novembre 1909.
" On comprend le bonheur des Clercs de Saint-Viateur, comme des élèves du Séminaire, si, un jour, la noble et digne figure de leur bon et vénéré Père resplendissait d'une auréole de gloire sur nos autels. Quel honneur en perspective aussi, pour la pieuse et prospère ville et tout le diocèse de Joliette.
'^ Joliette, dans le siècle, le Père Beaudry dans le sanctuaire, sont deux de nos plus belles personnalités nationales.
" Chaque nation célèbre ses grands hommes et notre peuple ne manquera pas de saisir la première opportunité afin d'ériger un monument en bronze au R. P. Beaudry. Ce fut un fervent de l'Eucharistie; c'est là son principal titre de gloire, le secret de ses succès comme apôtre et comme éducateur. ".
2 décembre 1909.
" Vous faites revivre avec la magie d'un kaléidoscope cette féconde carrière apostolique de directeur et de formateur de la jeunesse,digne d'être proposée en exemple à tous ceux à qui échoit la même honorable mission. Merci à nos chers " vieux maîtres '' les Clercs de Saint- Viateur, de la délicate attention qu'ils ont eue d'en communiquer copie à Fun de leurs plus attachés anciens élèves. ".
30 décembre 1909. (A. Denault).
A ces témoignages j'ajoute i)our terminer ce chapitre ces notes consignées dans les Ephémérides du collège pour l'année 1904, à la date du 3 mai : " Jour à jamais mémorable dans les annales du collège Joliette. Le R. P. C. Beaudry, c. s. v., notre vénéré et bien-aimé Supérieur, notre vieux saint, s'est éteint paisiblement vers 7 heures p. m., après deux heures d'agonie. ''.
Le Père Beaudry a disparu avant de voir son collège décoré du titre de Séminaire, mais il en avait préparé les voies. Il écrivit plusieurs fois à Mgr E.-C. Fabre, pour lui demander cette faveur. Mgr de Montréal en référa à la Propagande qui lui donna le 30 septembre
1896, le i)ouvoir de conférer ce titre, mais il fallait, disait le prélat, attendre une occasion favorable. Elle s'offrit d'elle-même dans la célébration des Noces d'or en
1897, mais déjà, Mgr Fabre qui devait les présider était descendu dans la tombe, et le titre de Séminaire ne fut accordé qu'en 1905, par Mgr Archambeault.
Mais le Père Beaudry insista jusqu'au bout et voici sa dernière lettre à Mgr Fabre :
*^ Monseigneur,
" J'ai déjà demandé à Votre Grandeur la faveur de donner au collège Joliette le titre de Séminaire parce que réellement, il rend les services d'un séminaire en formant les jeunes gens à la vertu, à la piété et en les préparant en grand nombre au sacerdoce. Votre Grandeur n'a pas refusé ma demande, Elle voulait seulement attendre une occasion favorable. Elle se présente aujourd'hui cette occasion. Monseigneur. Le collège célébrera bientôt ses Noces d'or. Ce serait un magnifique cadeau que lui ferait Votre Grandeur. J'ose le solliciter. Les directeurs seraient si heureux de le présenter aux anciens élèves, lors de leur réunion, au nom de Votre Grandeur. Ils garderaient un éternel souvenir de cette faveur si ardemment désirée.
" Je prie le Seigneur pour Votre Grandeur.
" Avec le plus profond respect, le très humble et soumis fils en Notre-Seigneur.
G. Beaudry, c. s. V.,
Collège Joliette, Supérieur,
17 décembre 1896. "
Voici la réponse de la Propagande à Mgr Fabre, archevêque de Montréal; elle contenait sans doute le don de joyeuse fête :
" Le K. P. Beaudry, supérieur du collège Joliette, au
diocèse de Montréal, à Toccasioii du cinquantième anniversaire de sa fondation, a écrit une lettre de soumission et d'obéissance au Saint-Père; il demande que, vu la nature et le caractère de l'éducation donnée dans cette maison et de plus, en égard au nombre considérable de prêtres et de religieux qui en sont sortis, ce collège soit appelé Séminaire. Sa Sainteté a pour agréable, l'expression de la piété filiale du R. Père, mais Elle laisse à l'autorité de l'Ordinaire la question d'élever cette maison au rang et au titre de Séminaire.
" Veuillez communiquer cette réponse au Supérieur du dit collège.
M. card. Ledochowski^
Préfet,
A., Archevêque de Larisse,
Secrétaire/^ " Pour copie conforme,
15 décembre 1S96.