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CHAPITRE V

Per sepulchra regionum.

(DiES IRAE).

Jamais, au dire de tous, la mort n'a mieux fauché et fait plus de victimes qu'en cette année 1904. Evêques, prêtres, magistrats, amis de tout âge et de toutes conditions ont été frappés et comme disait le saint roi David '^ leur mort laisse au fond de notre âme une plaie incurable. ". Notre maison n'a pas été épargnée dans cette hécatombe terrible et désastreuse et nombreux sont ceux que VAlma Mater de Joliette aura à inscrire sur ses tablettes mortuaires, à côté de ceux qui s'y trouvent déjà.

Tous les cours ont été mis à contribution; tous les âges ont fourni leur quote-part; tous les coeurs ont été appelés au sacrifice. Qui n'a pas à pleurer un ami dans

ceux que l'année présente nous a arrachés. Pas un seul qui ne puisse dire avec saint Bernard parlant de son frère: " Par quel coup fatal, par quelle déchirante séparation, il a été arraché d'entre mes bras, lui qui n'était qu'une âme et qu'un seul coeur avec moi " !

Les amitiés de collège sont bienfaisantes, réelles et durables. Dieu, qui nous fait vivre longtemps dans une même maison, sous une même règle et une même direction, cimente ainsi nos coeurs d'amour mutuel et d'affection réciproque et, à la fin de ses études, chaque élève passe ^^ dans cette multitude des croyants " que les Actes des Apôtres nous montrent comme '^ n'ayant tous qu'un coeur et qu'une âme ".

Comme ^^ à tout seigneur tout honneur,", la série des victimes de la mort pour 1904 s'ouvre aux premiers jours de janvier, par un élève du premier cours : lo. M. Prime Boucher qui porte le Xo. 29, sur la liste des quarantequatre élèves de la première année.

Cette liste qui renferme quelques renseignements sur le personnel m'a été donnée par le R. P. Beaudry et est écrite de la main du Frère P. Thériault, c. s. v., élève, aussi lui, du premier cours.

C'était en 1840, le collège ouvrait ses portes toutes neuves et se trouvait sous la direction de trois ecclésiastiques: MM. Zéphirin Resther, diacre, Norbert Barrette et Joseph Picard ( Dequoy ) , sous-diacres.

Le directeur M. Resther, diacre au début de l'année fut ordonné à l'Industrie le 19 décembre 1846, par Mgr R. Gaulin, évêque de Kingston et curé de l'Assomption.

Il mourut jésuite à Québec le 16 juin 1893. M. Barrette, procureur en môme temps que professeur, mourut à Saint-Thomas le 25 janvier 1892. M. Dequoy est décédé à Contrecoeur le 28 mars 1900. Seul des trois directeurs, il assista aux Noces d'or du collège on 1897.

Un M. Purcell fit le cours d'anglais jusqu'au mois d'octobre. Il fut remplacé par M. Galien. Vers la fin de décembre, une nouvelle recrue se présenta en M. B. Smith, américain protestant qui fut baptisé dans la religion catholique à la fin de mars, et prit la soutane au commencement de mai.

J'en reviens à M. Prime Boucher. Pour m'aider à ce travail, je mettrai à contribution les notes recueillies sur les journaux, auxquelles je joindrai mes souvenirs personnels. Il peut se faire que j'oublie des noms, mais ce sera bien involontairement.

Il peut aussi fort bien arriver qu'il s'y trouve des répétitions, mais je crois qu'il vaut mieux grouper ici les menus faits qui se rapportent à chacun.

M. Boucher fut frappé de mort subite. Son jour de l'An avait été joyeux comme d'ordinaire ; il se mit au lit, s'endormit et ne se réveilla plus ici-bas. On le trouva mort dans son lit. Malgré une paralysie qui le minait depuis deux ans, rien ne faisait prévoir une fin si soudaine. Il avait 73 ans. Le défunt avait fait la campagne dans l'armée du Nord, en la guerre de Sécession. Et " comme on ne va pas à la guerre sans qu'il en coûte ", il y perdit une jambe, mais non pas sa gaîté, ni sa réserve de spirituelles réparties, par lesquelles 7*1 devint dans la suite si redoutable à ses adversaires.

Mais le gouvernement de la République américaine en reconnaissance de ses services l'inscrivit au nombre de ses pensionnaires.

L'anecdote suivante fera connaître la mentalité de M. Boucher : " Un jour il rencontre un avocat dans un hôtel et lui dit : " eTe remarque que tu fréquentes plus la barre que le barreau. Et moi, riposte l'avocat piqué au vif, je constate que tu es prime, mais toujours bouché. ".

2o L'Institut des Clercs de Saint- Viateur, n'a pas été épargné. Il a perdu le R. P. André Corcoran, né à Rawdon, en 1855, et décédé à Phoenix, Arizona. Entré au noviciat de Joliette le 18 octobre 1868, à l'âge de quatorze ans, dans le plein épanouissement de la jeunesse et de la santé, il promettait une longue carrière, qui, selon les calculs humains, fut trop tôt brisée.

Envoyé à Paris en 1876, il y étudia six ans tout en enseignant au collège Saint-Michel. Il revint à Montréal où il fut ordonné le 4 juin 1887. Entre temps il occupa la cliaire de Philosophie au collège Joliette jusqu'en -1889. Alors sa communauté le fit repasser en Europe pour compléter ses études théologiques à Rome et y prendre ses degrés; il y passa trois ans.

Il devint bientôt assistant général à la direction de sa communauté à Paris. De ce poste, il fut nommé provincial des Clercs de Saint-Viateur à Chicago.

La mort l'attendait à ce dernier poste. C'était " un homme de haute intelligence et de parfaite distinction.".

3o M. Stanislas-Octave Perrault, prêtre, décédé le 14 janvier à 72 ans, comme on peut le voir dans le chapitre premier du tome second de ces Gerbes,

4o Entre ce septuagénaire et l'octogénaire qui va suivre, il y a précisément place pour un jeune religieux de 23 ans, le Frère Jos.-Octave Arnault, décédé au noviciat de Joliette, le 23 février.

Né à Saint-Thomas en 1880, il reçut au baptême les prénoms de son vénérable curé, M. J.-O. Chicoine. Déjà, un de ses frères Pavait précédé au collège de plusieurs années ; il lui avait même montré le chemin de la prêtrise ; en effet, M. Alphonse Arnault est prêtre dans le diocèse d'Ottawa. Et de pieux parents l'avaient eux-mêmes préparé au service du bon Dieu. " C'est au couvent des Soeurs de la Providence, à Saint-Thomas, comme le dit une notice biographique, qu'il fit ses premières études, puis il entra au collège eToliette où il se distingua de la façon la plus brillante. Xous avons été témoins de ses succès; nous avons particulièrement pu apprécier aux jours de fêtes et de distribution de prix la vigueur de ses talents oratoires et cette modesie qui le confondait avec les plus humbles d'entre ses confrères. Type de l'écolier accompli, il était l'idole de ses confrères de classe qu'il aimait à son tour comme autant de frères. ".

Entré au noviciat de Saint-Viateur, le 15 juillet 1901 il fut envoyé, après ses deux années de probation, au scolasticat des RR. PP. Jésuites où il se fit remarquer par son intelligence, ses manières et l'amabilité de sa vertu.

Ses supérieurs le suivaient avec le plus grand intérêt et mettaient en lui leurs meilleures espérances. Dieu le voulait au ciel !

5o Mlle Marguerite Saint-Georges. — Personne ne sera surpris de voir cette vieille et fidèle servante du collège figurer dans une galerie d'anciens élèves. Son âge, ses états de service, sa position de chef du ministère intérieur, son honorabilité lui donnent droit d'entrer de plain pied dans cette nomenclature.

Mlle Marguerite fut toujours un personnage au collège; elle sut d'ailleurs comprendre parfaitement son rôle et soutenir avec avantage et dignité le rang qu'elle occupait.

Et je trouve la preuve de ceci dans son séjour de plus de cinquante ans dans la même famille. Ceux qui connaissent la tenue d'une maison et d'un collège savent aus si ce qu'il faut de finesse, de tact et de diplomatie pour maintenir l'équilibre dans ce monde des cuisines où tant d'intérêts, de susceptibilités, de saillies de caractères et d'humeur, de rancune et de jalousie viennent en contact tous les jours, et plusieurs fois le jour. Eh bien ! Mlle Marguerite avait cette finesse, ce tact et cette diplomatie nécessaires pour mettre tout son personnel d'accord et conserver au milieu de tous, son titre et son rang de maîtresse de maison.

Je reproduis ici les quelques lignes consacrées à cette bonne domestique dans le chapitre sixième du tome premier :

" Mlle Marguerite est entrée au collège vers 1853, pour prendre le département de la cuisine qu'elle a conduit avec un rare bonheur et une fidélité sans reproches.

" Dans les embarras qu'elle rencon4;rait, Mlle Marguerite allait consulter son " bourgeois " (le Père Langlais), comme c'était son devoir, et souvent l'appelait à la cuisine. M. Langlais retenu par des affaires plus importantes, se faisait attendre et se contentait de dire : " Je vais y aller ". Et quand à son tour Mlle Marguerite était mandée quelque part, elle ne manquait pas de dire, parodiait la réponse de M. Langlais : " On va-z'y-aller ".

Dans le Compte rendu des Noces d'or, on ajoute cette note intéressante : " Affiliée à la cuisine en même temps que Jérôme, contemporaine comme lui des premiers cours, d'humeur plus facile que son collègue, avec un peu beaucoup de prétentions aux bonnes manières, elle porte avec un rare bonheur ses soixante-dix ans. Au milieu du personnel jabotant des lingères, ménagères, et femmes de chambre, les décisions qu'elle donne, en relevant ses lunettes, ont force de loi. Bonne, charitable, respectueuse ; la remercie-t-on d'un service rendu, elle se soulève sur son fauteuil, écarte son tricotage ou la culotte qu'elle est en train de radouber, et avec une révérence dont le style n'a pas varié depuis huit lustres, elle vous jette, souriante, cette aimable réplique : " Bienvenu M'sieur. "!

Tous ces détails sont vrais.

Bonne et charitable, elle l'a été pour les petits malades, alors qu'il n'y avait pas d'infirmerie; pour les éco-

liers qu'on occupait, dans les jours de congé, à certains travaux de décoration, de déblaiement, de jardinage et d'agriculture. Vite! la bonne collation rafraîchissante et sucrée : le pain, le lait ou la crème et le sirop d'érable ou bien une bonne tarte ou de bons gros heignes substantiels qui nous permettaient de dire comme le bon Frère Guay : " On a été bien reçu, y a-a-avait des beiguesl ''

Parmi les écoliers, elle avait pourtant des préférences, et, rarement ces préférés envoyés en découverte à la cuisine, revenaient les mains vides. Les deux frères, Israël et Auguste Marion, amenés tout jeunes au collège, pourraient nous dire, eux, et avec connaissance de cause, la bonté exquise du coeur de Melle Marguerite; Jérôme bénéficiait aussi de cette qualité; elle plaidait sa cause auprès des procureurs. Fabien Laforest et François Lefebvre, savaient aussi en tirer ou soutirer quelque chose.

Elle fut aussi jDieuse et zélée pour la maison de Dieu. Quand le Père Beaudry voulut bâtir sa chapelle du Sacré-Coeur, il appela le monde entier à Faider à son oeuvre. Le premier jour, Mlle Marguerite fit inscrire sou nom pour la somme de cent dollars. Elle exerçait aussi une heureuse influence autour d'elle pour amener les âmes à Notre-Seigneur. On a dit comment elle sermonait Jérôme pour lui infuser un peu de dévotion.

Sa prétention ^^ aux bonnes manières " lui réussissait à merveille. Sa figure portait une certaine empreinte de grandeur. Avait-elle un beau plat, une pièce de résistance, pour la table des directeurs, elle ne croyait pas indigne d'elk^ de venir au réfectoire et d'apporter

elle-même, triomphante et réjouie, cet échantillon de son savoir-faire et de son habileté.

Son honnêteté était proverbiale. (Test à elle que le procureur confiait la clef du cellier qui, jadis, renfermait un baril de vin de messe. (On ne peut pas être cellier à moins). Et bien habile et bien enjôleur était l'écolier qui parvenait à se traiter, soit en prenant les devants, soit en lançant Mlle Marguerite sur une voie d'évitement.

Que dire de sa reconnaissance? Avec le maigre salaire des servantes de ce temps-là, elle économisa et légua au collège, à sa mort, une partie considérable de ses épargnes.

Je la vois encore s'en allant à l'église, dans son beau costume: cliapeau de velours noir, vaste chape gris-fer aux pointes traînantes, robe de mérino vert. Sa figure ovale était très brune, ses yeux noirs très vifs, sa bouche souriante; sa manière d'arranger ses cheveux n'a pas varié avec la mode; comme il y soixante, elle les ramenait en deux faces qui lui couvraient les oreilles, pour aller se perdre en arrière de la tête.

Elle a connu tous les directeurs, tous les procureurs et les professeurs c[ui ont passé par notre Aima Mater ainsi qu'un très grand nombre d'élèves. Et, par contre, tous les Joliettains l'ont connue. De notre temps, la cuisine et la salle de récréation se touchaient, de sorte que les rapports étaient aussi plus fréquents.

On racontait autrefois comment ^llle ^larguerite, à l'âge de cinquante ans, apprit à lire en suivant les leçons

de Fabien Laforest. On m'écrit des Etats-Unis pour me rappeler cette circonstance. " Un jour, dit mon correspondant, elle conçut le projet d'apprendre à lire, ne fût-ce que la messe et pour " porter son livre à l'église ". A cette fin, elle s'adresse à une ancienne connaissance, Fabien Laforest. Trois fois par semaine, moyennant une généreuse beurrée ^ elle a sa leçon privée. Son épellation fut assez épineuse L. A. ( R. R. ) . Y. le même mot — g-a-n-t mitaine. " En tout cela, je crois que la meilleure part du gâteau fut à Fabien.

Longtemps retenue à sa chambre par la maladie, elle souffrit bien chrétiennement. Elle avait >^2 ans quand elle mourut.

Les autorités du collège ont commandé des funérailles de première classe à leur vieille domestique, et toute la communauté s\v est rendue en témoignage d'estime.

Voici la note que les Ephémérldes du collège ont enregistrée à la date de sa mort : " Mlle Marguerite Saint- Georges servante du collège depuis au-delà de cinquante ans, rend son âme à Dieu vers 8.15 heures (1er mars), après une longue maladie, soufferte avec la plus parfaite résignation. Un religieux, sa soeur Mme Chaput, le Procureur, le Supérieur du collège, assistaient à ses derniers moments. Deux vieilles servantes, Marie Jolv et Mme Gauthier sont aussi présentes. Combien de riches n'ont pas tous ces secours de la religion et même des hommes. Qu'elle repose en paix! '*

Go Le numéro 6 est à VVilfrid Désy, notaire, un élève du 25e cours, un de mes confrères de classe. Le Père Laporte Favait surnommé la aS'o/c blanche^ à cause de la couleur de son teint et de sa chevelure, yé à Flle-aux-Castors, le 28 décembre 1858, il entra au collège en 1871. Après sa Rbétorique,en 1877,il s'en alla dans sa famille et revint l'année suivante, mais il n'était plus notre confrère de classe. Un talent assez facile et général lui permettait de réussir avec peu de travail, surtout en calcul, algèbre. Son naturel doux et paisible, son bon coeur et ses réparties assez vives lui avaient assuré un bon cercle d'amis^ mais ses espiègleries lui valurent bien quelques désagréments de la part de nos professeurs. 11 finit son cours en 1879 ; il alla avant la fin des classes ^^ chercher son brevet ", avec Onésime Laçasse, chez le père duquel il prépara ses examens d'admission à la pratique. Après son examen d'étude en loi, subi à Québec, il disait avec un grain d'exagération: " Je ne savais qu'une thèse en philosophie et elle m'a été demandée. Alors, payant d'audace, j'ai dit : Vais-je répondre en latin ou en français? — A votre gré, — et je répondis en latin. ".

Quelques jours plus tard, le 30 mai 1879, Désy faillit enfiler dans l'onde de la rivière l'Assomption, au Vieux Moulin y en voulant tendre une main secourable à John Colwell, son confrère, qui se noyait.

Reçu notaire en 1883, il se fixa à Sorel où " il s'est fait une bonne clientèle et de nombreux amis. Par ses connaissances légales et son sens des affaires, le notaire Désy a beaucoup aidé aux entreprises considérables et au progrès de Sorel. ".

ilSLlOTHECA

Ayant besoin de repos, il se rendit dans sa famille, chez son père, M. Ls-M. Désy. C'est là que la mort l'attendait, ne lui laissant que juste le temps de s'y préparer. Il fut inhumé dans le cimetière de sa paroisse natale. Il avait 45 ans. Sa femme et ses enfants n'étaient pas à son chevet au moment de sa mort !

7o Me voici encore avec un nom de fille, Mlle Célima Saint-Georges, soeur de Mlle Marguerite, et pendant bien des années sa compagne comme domestique au collège. Ces filles venaient de Saint-Paul. Elle mourut le 5 avril, à 78 ans. UE toile du Nord ajoutait: " Cette fervente chrétienne avait passé sa vie à servir Dieu. ".

Il y a trente ans, on ne parlait pas au collège de collision de chemin de fer, mais bien des collisions de Mlle Célima portant des plats de viande, avec M. Olivier Giroux, vieux prêtre retiré au collège, dans le passage noir et en déclin qui du réfectoire nous introduisait à la cuisine. S'il n'y eut ni tué, ni blessé, du moins, il y eut des cris d'un côté et des gros mots de l'autre.

8o Monsieur Jos.-Octave Gadoury, prêtre. " Vous ne savez ni le jour, ni l'heure. ", dit le Seigneur.

Jusqu'ici, on compte parmi les victimes, des vieux, des jeunes, des hommes à l'âge mûr, des hommes secs de tempérament et d'autres riches en embonpoint, mais la mort subite nous avait épargnés. Cette fois, elle frappe un homme de 53 ans, ayant toute l'apparence d'une excellente santé: M. Joseph-Octave Gadoury, curé de Salem, Mass. La Patrie du 22 avril portait l'annonce sui-

vante :"Une dépêche reçue au presbytère de la paroisse de Saint-Joseph, annonce la mort de M. Gadoury, arrivée presque subitement à Sliaron Springs, N. Y., où cet excellent i)rêtre s'était rendu dans Tintérêt de sa santé. Il a succombé à une maladie de coeur. ■'.

Les pâques venaient de finir, et le curé, fatigué, se rend à cette place d'eau avec un confrère pour refaire ses forces épuisées. L'un de ses vicaires venait de mourir, l'autre était malade, de sorte qu'il s'était surmené durant plusieurs semaines. Il était curé de la paroisse canadienne de Salem, depuis 19 ans, et il y avait opéré de véritables merveilles de bonne administration; ses écoles fonctionnaient très bien.

Tout le monde à Salem, catholiques ou protestants, " professait pour lui le plus profond respect et la plus grande affection. Il savait se faire aimer. Homme d'un rare mérite, il laisse d'universels regrets. ''. Mgr Williams, archevêque de Boston, l'estimait beaucoup.

M. Gadoury, est né à la Petite-Rivière de Berthier (Bayonne), le 17 juillet 1851. A douze ans, son père l'amenait au collège où l'avait devancé son frère, le docteur Jérémie Gadoury, de Saint-Xorbert (décédé). M. Gadoury fit ses études avec beaucoup de succès; la littérature lui souriait avant tout; l'éloquence lui fut favorable; il parlait très bien.

A la fête des Xoces d'or, il fut prié de répondre à la santé des anciens élèves de Joliette établis aux Etats- Unis ; il le fit d'une façon remarquable.

A sa sortie du collège Joliette, il étudia au séminaire

de Troj, se préparant ainsi, sans le savoir peut-être, à devenir l'un des guides du peuple canadien dans la République américaine. Au retour, il entra comme professeur d'anglais au collège de l'Assomption. Il fut ordonné le 16 juillet 1876, et demeura au même poste jusqu'en 1879. Alors il fut nommé vicaire à Beauliarnois, puis, en 1880, vicaire à Saint-Vincent-de-Paul de Montréal, jusqu'en 1885, oîi il passa à Salem, à la demande de Tarchevêque de Boston.

Il laissa en mourant des sommes considérables pour des oeuvres d'éducation ; le collège Joliette et celui de l'Assomption ne furent pas oubliés. Il avait nommé son frère, le docteur Olivier Gadoury, de Berthier, son exécuteur testamentaire.

Après le décès de cultivateurs, de religieux, de prêtres, de domestiques, de notaires, de curés, venait le tour d'un médecin.

9o Ce fut à M. Pierre Chartrand, médecin de Montréal, à s'exécuter. Il le fit promptement, le 26 avril, d'une méningite cérébrale aiguë. Il tomba malade lundi, le 25, et mardi matin, à 4 heures, c'en était fait. On a intitulé: Figure bien connue^ l'article où l'on annonçait sa mort.

Le docteur Chartrand (P'tit Pierre) naquit à Saint- André-Avellin en 1861. Son père, qui étiiit notaire, vint plus tard s'établir à Montréal, au Coteau Saint-Louis. Pierre fit ses classes primaires à l'école des Frères de Saint-Viateur du Mile-End, ainsi que ses trois amis :

Joseph Daoust, Jos. Bastien et Isaïe Brault, avec lesquels il arriva à Joliette en 1874. ( Daoust mourut jeune, Bastien fit un médecin — ce qui ne Ta pas préservé de la mort). Chartrand, par sa bonne éducation, par son caractère doux et pliant, par ses manières distinguées, s'entoura de beaucoup d'amis. Il termina son cours en 1880. " Il entra à l'Ecole de Médecine où il fut diplômé, en 1883, avec grande distinction. Il pratiqua d'abord sa profession à Acton-Vale. Après dix-huit mois de séjour à cet endroit, il revint à Montréal pour occuper à l'Université la chaire de Chimie. Il remplit cette charge jusqu'en 1891, alors qu'il partit pour Paris pour j compléter ses études chirurgicales.

" De retour à Montréal, il devint professeur de toxicologie, puis de dissection à l'université Laval, chirurgien à l'Hôtel-Dieu, médecin des dispensaires de la Providence et de Sainte-Pélagie. Partout il s'est distingué comme habile praticien. Il a été médecin de plusieurs sociétés d'assurances et de secours mutuels. Il est mort muni des sacrements de la sainte Eglise. ".

Il était confrère de classe avec MM. J.-M. Tellier, J.- Ad. Renaud et C. de Lanaudière, pour ne nommer que les citoyens de Joliette.

Les journaux ont aussi écrit du défunt: " Le docteur P. Chartrand est mort comme il avait vécu : en bon chrétien. Il n'avait que 43 ans. ".

lOo R. P. C. Beaudry, supérieur. — "Tantôt la mort frappe un saint vieillard aux cheveux blancs qu'elle

ne devait, semble-t-il, jamais enlever à la maison importante qu'il dirigeait si sagement depuis tant d'années.".

On parlait ainsi de la mort du K. P. C. Beaudry qui mourut le 3 mai à l'âge de 69 ans, les armes à la main dans son poste de supérieur de notre maison qui s'était incarnée en lui. Le P. Beaudry et le collège Joliette paraissaient inséparables; l'an n'allait pas sans l'autre ; parlait-on du collège Joliette, aussitôt la belle figure souriante de notre Père se peignait dans notre imagination. Mais je n'entreprendrai pas de traiter un pareil sujet qui, durant une semaine entière, remplit les colonnes de nos journaux et qui exigerait plus d'un volume. L' " Apôtre du Sacré-Coeur " doit avoir son biographe et il l'aura. Il ne conviendrait pas de confondre le R. P. Supérieur avec les autres anciens élèves. Qu'il nous suffise de rappeler brièvement les principaux titres mis en avant par Mgr l'archevêque de Montréal, pour fixer la mémoire du P. Beaudry.

" Il est pénible disait Sa Grandeur de voir partir de pareils ouvriers. La mort du P. Beaudry est une perte pour le collège, pour sa communauté, pour le clergé du diocèse dont il fut l'un des membres les plus distingués et les plus sympatliiques, et pour le pays tout entier. "'.

" Il vivait de la foi comme le juste ". " Il fut un homme d'oraison, il fut pieux, il fut ^4'apôtre du Sacré- Coeur ", et de la communion fréquente. Il fut homme d'obéissance, comme pas un jeune écolier ne peut l'être, et de soumission parfaite ; homme de règle et de progrès dans les études ". Monseigneur finissait son éloge par

ces autres paroles dites aux élèves: " Le P. Beaudry vous a aimés, il a vécu pour vous, il était prêt à donner pour vous le meilleur de son âme. Rappelez-vous ses sages conseils et ses exemples. '\

Oui ! le Père Supérieur nous aimait et il désirait voir dans la famille Joliettaine la réalisation de cette parole de FEvangile: " Aimez-vous les uns les autres. C'est à ce signe qu'on reconnaîtra que vous êtes mes disciples. ".

Mais cette affection était bien réciproque : ses élèves la lui rendaient avec usure. M. Chicoine, le vénérable curé de Saint-Thomas me disait, le jour des funérailles du P. Supérieur : " Il y a quarante ans que je vis au milieu des élèves de Joliette et je n'ai jamais entendu des paroles d'amertume à l'adresse du P. Beaudry. ".

Le R. P. Beaudry est mort, lui aussi, mais sa mort a été douce et édifiante ; il nous avait enseigné à bien vivre il nous a montré à bien mourir.

Je rappelle ici ce rapprochement qu'un ancien élève en faisait dans un article intitulé : Dans mon jardin^ lu aux Noces de diamant: " A Saint-Paul de Londres, on voit un marbre très simple, élevé en l'honneur de Christophe Wren, architecte de la cathédrale anglaise, et sur lequel on lit: Si qiiaeris monurnenUim, circumspice — " Si vous désirez voir le monument de ce grand homme, lovez les yeux et regardez autour de vous. ". Si, à Joliette, on cherche le monument du R. P. Beaudry, on n'a qu'à regarder; ce monument nous entoure de toutes parts; il couvre en entier le terrain du collège. Sa cha-

pelle pourtant renferme son coeur caché dans la pierre, derrière le marbre suspendu à l'endroit fameux de son confessionnal. ".

llo Un autre ancien élève mourut le même jour que le Père Supérieur, c'est M. Arthur Fitzpatrick, arpenteur provincial, après avoir enduré les ennuis d'une très longue maladie supportée très chrétiennement.

Le conseil de ville de JoUette dans une résolution en date du 4 mai disait : " Que la ville de Joliette perd en M. Fitzpatrick un citoyen utile, au caractère irréprochable, à l'esprit droit et éclairé, au coeur généreux et aux vues à la fois élevées et pratiques. ".

Il n'avait que 39 ans et quelques mois.

Né à Saint-Ambroise en 1865 de M. Joseph Fitzpatrick, entrepreneur; il vint au»collège en 1876; il y fit ses études classiques après lesquelles il étudia le génie civil et se fixa à Joliette.

^^ M. Fitzpatrick, disait VEtoile du Nord, était Pun des plus estimés de nos compatriotes. Appartenant de naissance à une famille irlandaise associée à l'une de nos premières familles canadiennes françaises, le défunt que nous regrettons s'était identifié avec notre nationalité française. Chrétien croyant, catholique dévoué, homme intègre, ami de tous, obligeant envers tout le monde, M. Fitzpatrick a passé une heureuse vie et fait une heureuse mort. Ses derniers moments furent l'écho d'une vie remplie de mérites. Il était capitaine du 83me régiment de milice et, à ses funérailles, étaient présents plusieurs officiers de la milice volontaire ".

12o M. Louis Xap. Diimouchel, notaire, ne fit que passer comme professeur à notre collège; il convient pourtant de lui donner une place dans cette liste nécrologique. Né î\ Rigaud en 1839, il fit ses études partie au collège Bourget et partie au collège de Montréal. Après un service militaire assez long il étudia la loi et devint notaire en 1874, et se distingua avec son associé M. L.-O. Hétu, et quand on voulait désigner un des meilleurs bureaux de Montréal, on disait : " Hétu et Dumoucliel '\

Plus tard il prit pour associé, Raoul Dumoucliel, son fils, aussi notaire, lequel vint au collège Joliette en

Le notaire Dumoucliel est le frère des MM. Dumoucliel, organistes, Pun à Albany et l'autre à Ogdensburg. Muni des sacrements de la sainte Eglise, M. Dumouchel mourut le 15 mai à l'âge de 64 ans, après quelques jours de maladie.

13o Le même jour, s'endormait " dans le baiser du Seigneur " à son presbytère de Sainte- Anne de Cofioes, N. Y., M. F.-X. Lavallée, prêtre, qui fut très longtemps professeur au collège Joliette.

Indisposé depuis assez longtemps et même s'étant préparé définitivement au grand voyage, il put le remettre à une époque indéterminée. Mais environ deux semaines avant sa mort il dut faire de nouveaux préparatifs et il partit en effet le 15 mai, à l'âge de 43 ans.

Il naquit à Saint-Norbert en 1861, et entra au collège en 1875, après avoir fait ses classes françaises à

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l'école modèle de Saint-Cuthbert; il entra en Eléments latins et termina son cours en 1881, après avoir été un modèle de piété, de conduite et de travail.

Dès ses plus jeunes années, il laissait deviner le lévite et le prêtre sous le capot de l'écolier. Hoc erat in votiSy il rétait déjà dans le secret de son âme et dans ses aspirations.

Dans ce jeune écolier au transcendant mérite. Ses directeurs déjà devinaient le lévite.

Et si je consulte les listes des " excellents " je trouve toujours et jusqu'à la fin le nom de F.-X. Lavallée. Il prit donc la soutane après un cours d'études très fort, surtout dans la langue latine et fut ordonné au grand séminaire de Montréal, le 30 mai 1885.

Il enseigna le latin pendant dix-sept à dix-huit ans avec un succès remarquable ; il aimait ses élèves, les faisait travailler et pour être satisfait, il lui fallait arriver boii premier dans les notes d'examen. Mais fatigué de l'enseignement et ne pouvant plus se consoler du départ de M. Houle qui fondait Saint-Cléophas, il partit pour Colioes où son confrère et ami, ^I. L.-A. Lavigne^ lui tendait les bras. Pendant cinq ans, il fut l'auxiliaire de M. Lavigne, se distinguant dans le ministère par un grand zèle pour l'éducation qui fut l'oeuvre de prédilection de sa vie. Mais ce fut encore mieux lorsque, il j a deux ans, il fut nommé curé de Sainte-Anne de North-Side. C'est là que " par sa piété, son dévouement inlassable " il sut s'attirer la profonde affection et la vive reconnaissance de ses paroissiens.

M. Lavigne, son ami de coeur, son confident et son exécuteur testamentaire n'a rien épargné pour rendre à son ami les derniers devoirs. L'automne dernier, à ses Noces d'argent, il nous raconta, en face de son portrait au crayon, et les larmes aux yeux, ses derniers moments.

Un premier service fut chanté à son église paroissiale, puis les restes du défunt furent transportés à Saint- Norbert où, après un second service des plus solennels, ils furent inhumés le 20.

Après le sacerdoce auquel on vient de demander une victime, c'est à la magistrature qu'on s'adresse et celui qui vient de juger ses semblables comparait tout à coup devant le Juge suprême des vivants et des morts.

Et ce juge, c'est l'honorable juge Odilon Desmarais.

14o Le 17 mai une nouvelle des Trois-Rivières jetait la consternation dans toute la ville de Joliette : " L'hon. juge O. Desmarais est mort ".

JJ Etoile du Nord l'annonçait ainsi : " Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que Thon, juge O. Desmarais vient d'être frappé d'apoplexie. C'est encore une de nos belles figures qui disparait; c'est une des gloires de la ville et du collège Joliette. ".

La veille il avait présidé le tribunal de la Cour supérieure. Il prenait un x^eu de repos dans son jardin quand il s'affaissa.

On appela le secours du médecin, mais ce fut en vain, il ne put constater que la mort.

Odilon Desniarais naquit à Joliette le 27 février 1854. Son père, M. J.-B. Desmarais fut de longues années employé de la corporation comme clerc du marché et inspecteur de voirie. Il fut un des premiers colons de l'Industrie. M. Joliette l'aimait beaucoup. Il parait que sa maison, rue de Lanaudière, a été la troisième érigée dans le nouveau village.

Enfant, il servait la messe du R. P. Lajoie, curé, et il garda toujours dans son coeur une place d'amour pour son curé; lui-même le disait à la fête des Noces d'or.

A onze ans, il entra au collège qu'il quitta, je crois, après sa Rhétorique en 1873. *' Il étudia le droit à l'Université McGill, où il prononça en 1876, année de sa sortie, le premier discours français entendu dans une grande séance académique de l'institution. La politique l'attirait; il s'v jeta ardûment. C'est dans ces luttes qu'il connut M. Mercier dont il devint l'associé à Saint- Hyacinthe.

On a écrit de lui: ^^ Comme tribun populaire il mérite une mention spéciale. Il parle avec une facilité, une abondance, un brio qui soulève les masses et déroute un adversaire. Son talent d'improvisation, sa présence d'esprit, la vivacité de sa riposte, lui ont valu des succès oratoires difficiles à surpasser ''. Il devint dans la suite criminaliste distingué. Il monta sur le banc en

Il laisse une veuve et trois enfants; deux garçons et une fille.

Voici le portrait réel de M. Desmarais tel que je le

trouve dans un journal : " Au physique, M. Desmarais est grand et très robuste : chevelure brune, oeil vif, figure énergique, voix ample et sonore, manières élégantes et distinguées, accueil singulièrement sympathique. C'est une personnalité '\

Je n-ai pas encore fini; ma liste n'est pas épuisée ; courage, chers lecteurs, suivez-moi jusqu'au bout. Le voisin de M. Desmarais dans cette théorie funèbre est un de ses amis d'enfance, un concitoyen, M. Joseph Rivard.

15o Une dépêche de Joliette datée du 27 mai annonçait aux lecteurs de la Presse : " M. Joseph Rivard, ancien hôtelier de cette ville et l'un de nos bourgeois les plus populaires, est décédé subitement, la semaine dernière, à sa résidence de la rue Manseau où il vivait avec sa mère et l'une de ses filles ".

M. Rivard entra au collège Joliette en 1859, mais il n'y fit que son cours commercial.

11 mourut à 52 ans. Il comptait beaucoup d'amis à Joliette et dans les environs.

16o Après M. Rivard, c'est encore un Joliettain de naissance; un ami de jeunesse des deux précédents qui va passer: le docteur F.-X. Patoile, né à l'Industrie en 1850. Son père y occupait autrefois une place considérable par sa richesse. F.-X. Patoile commença ses études en 1857. Après avoir pratiqué la médecine quelques années au Canada, il alla se fixer aux Etats-Unis. Il mourut à Williamsett, Mass., le 12 mai " après une ma-

ladie de quelques semaines seulement, à 54 ans. Le défunt était doué d'un caractère vraiment aimable et fort estimé de ses compatriotes ". Il laisse une épouse et deux fils : Alexandre, pharmacien, et Georges, bijoutier. Ses funérailles eurent lieu à Holyoke, le 17 mai.

On le voit, nos confrères, sont fixés partout; leur tente se trouve aux quatre coins du ciel. Proche ou loin ils ne sont pas épargnés et, bon gré mal gré, ils doivent entrer dans le cadre mortuaire réservé à nos anciens.

17o Cette fois, c'est M. Camille Daignault, curé de Sainte-Julie de Yerchères qui, à Tappel divin,répond par le classique ^^présent". Sa paroisse natale est Longueuil, où il vit le jour le 22 novembre 1839. Il commença son éducation chez les Clercs de Saint- Via teur qui dirigeaient il cette époque le collège commercial de Longueuil. Le collège Joliette le reçut en 1857, alors qu'il avait dix-huit ans. Pieux, obéissant et laborieux, il fit le bonheur de ses directeurs, comme plus tard il fera la joie de ses curés et de ses supérieurs ecclésiastiques. Il marchait dans les sentiers qui aboutissent naturellement à la prêtrise qu'il reçut le 6 mars 1864. Il fut vicaire trois ans à Beauharnois, deux ans à Yerchères, puis en 1869, en récomjjense de ses bons services, Mgr Bourget lui confia l'oeuvre toujours difficile d'être le premier curé d'une paroisse. La mission de M. Brassard, curé de Saint- Paul, n'avait pas encore de curé résidant. Il fut donc le premier curé de Mantawa pas plus éloigné de eToliette qu'à présent, mais d'un accès incomparablement plus pénible; il y demeura sept ans. En 1876, il accepta la cure

de Sainte-Julie qu^il garda jusqu^à sa mort. Pendant 28 ans, il fit le bien et fut bon pasteur dans cette paroisse: il fit progresser l'agriculture, et dota sa cure d'une magnifique église en pierre et d'un vaste et confortable presbytère.

Il mourut le 30 mai, à 64 ans, après 40 ans de prêtrise.

"Le défunt était à chanter une messe lorsqu'il se sentit faiblir. Voulant achever de célébrer le saint sacrifice, il changea la solennité de la messe en une messe basse. Suivit ensuite un enterrement. Le vénérable prêtre se rendit alors à son presbytère. Il se trouva si mal qu'il perdit connaissance. Il revint à lui quelques instants, pour s'affaisser une seconde fois, et expira ". Sa mort fut soudaine, mais non pas imprévue; il s'était préparé à mourir quelques jours auparavant.

Le 3 juin eurent lieu ses funérailles; Mgr Racicot prononça son oraison funèbre et prit pour texte : " J'ai combattu le bon combat ". M. Daignault fut fidèle à sa maison et à ses amis. Pour exécuter ses dernières volontés, il nomma M. A. Baril, curé de Saint-Remi, son ami très intime et le R. P. L. Léger, procureur du collège.

Il établit, dit-il dans son testament, le " collège Joliette son légataire universel par reconnaissance et par haute considération pour l'Institut des Clercs de Saint- Viateur. ".

18o Jusqu'ici toutes ces victimes de la mort sont tombées dans leur maison, mais M. Joseph Laporte,

jeune homme de 22 ans, fils de M. Stanislas Laporte. de Saint-Liguori, trouva la mort dans des circonstances très pénibles. (Il est de la famille patriarcale des Laporte qui, durant près de 40 ans, fournit des élèves au collège. C'est le premier enfant que j'ai baptisé en avril 1882.). Ce jeune homme vint au collège en 1896, y fit un cours élémentaire, puis fut commis à Joliette où il se distingua comme un " jeune homme vertueux et très estimé ''.

Depuis février dernier, il était chargé d'un tramway à Montréal. Samedi le 6 août, il venait de dîner et courut à travers les champs pour reprendre son char. Il s'engagea, sans le savoir, dans une carrière comble ayant toute l'apparence de la terre ferme; il y disparut soudain, misérablement enlisé, sans pouvoir être secouru à temps. Son cadavre fut repêché et transporté à Saint- Liguori, lieu des funérailles.

19o Joliette se préparait à recevoir son évêque ; une animation extraordinaire régnait partout; la ville prenait une parure de fête et à ce moment-là expirait, sur la rue de Lanaudière, un humble prêtre qui, assurément n'a jamais fait de bruit, un homme parfait puisqu'il ne péchait pas par la langue. M. Damase Piché, ancien curé de Saint-Joseph du Lac mourait donc à Joliette, le 21 août dimanche, à l'âge de près de 60 ans.

Le " bon " M. Piché naquit à Saint-Paul le 25 octobre 1844, et fit ses études classiques au collège de l'Assomption, mais il enseigna deux ans au collège Joliette avant sa prêtrise.

M. Piché se préparait dans " le silence et le repos '^ au ministère des âmes qu'il rendit si fructueux. Il fut ordonné le 23 février 1873, et fut vicaire à Saint-Clet durant trois ans, puis à Berthier pendant sept ans. Il fut curé de la paroisse du Très-Saint-Rédempteur en 1883 jusqu'en 1889 où il fut transféré à Saint-Joseph qu'il ne quitta qu'en 1904 pour prendre un repos bien mérité.

Certes il a bien travaillé, ce bon prêtre, au ministère des âmes, au confessionnal surtout, durant les Quarante- Heures. ^* Il en a égrené des chapelets de confessions '' après les vêpres jusqu'au souper, alors que les confesseurs rentraient au presbytère. Tout le monde le connaissait et s'estimait heureux de faire partie de sa clientèle.

Les funérailles du défunt curé eurent lieu à Saint- Paul, mardi, le 23 août, veille du sacre de Mgr J.-A. Archambeault.

Combien d'âmes, sauvées par son ministère, ses exemples et ses vertus, sont venues au-devant de ce " bon et fidèle serviteur " pour l'introduire dans le ciel î

20o J'arrive au numéro 20 auquel correspond, dans ma liste, M. Olivier Dufresne, contrôleur de la cité de Montréal, mort le 21 septembre, à l'âge de 46 ans.

Par son travail, sa probité et ses vertus civiques, il s'éleva aux plus hautes charges. Quand on voit un jeune homme partir d'un humble rang de campagne et arriver ù fixer sur lui les regards des premiers magistrats des

grandes villes, on se dit : " voilà un homme de caractère et de bonne conduite. ''.

Né à Sainte-Elisabeth en 1856, il entra au collège en 1868 avec un de ses frères Israël Dufresne, qui aujourd'hui (1901) est marchand à Sainte-Emélie. Confrère de classe du juge Desmarais, il le suivit de près au tombeau. Au collège où on l'appelait P'tif Vicf^ il se distinguait par une bonne conduite ; le P. Beaudry lui confia même le soin de la sacristie, une des charges les plus délicates et les plus honorables du collège.

Il quitta Joliette après sa Rhétorique et continua ses études à l'école du Plateau, où il remporta les premiers prix. Il devint comptable-expert, puis en 1887, il fut nommé auditeur de la cité, et peu après, contrôleur, double position qu'il occupa pendant quatorze ans. " Il possédait, à fond, dit la Patrie^ la comptabilité municipale. Il n'ignorait aucun des rouages de l'administration financière de la cité ; son esprit de travail, ses capacités et sa probité reconnue (tant il est vrai que l'homme suivra dans son âge mûr et sa vieillesse, le sentier que jeune homme il aura suivi), son franc parler et ses matières affables lui avaient toujours assuré l'estime, la confiance et le respect de tous ceux avec qui il s'est trouvé en contact. Xulle dépense si minime qu'elle fut ne pouvait être autorisée par le conseil, sans le certificat du contrôleur. ".

Il était marié et père de neuf enfants.

M. Dufresne avait 18 ans; sa mort fut soudaine; il souffrait d'astlime depuis deux ou trois ans, mais on ne pouvait pas prévoir une fin si précipitée.

L'bonorable L.-O. David, son ami, disait de M. Dufresne; il nous plait beaucoup d'enregistrer ici ce bel éloge : " C'était un bon cbrétien, un excellent citoyen, un employé modèle, lionuéte, pénétré du sentiment du devoir s'occupant constamment des intérêts de la ville. ''. Voilà r homme que notre collège a perdu.

Un emploAX' de la corporation vient de mourir; en voici un autre qui disparaît et les journaux Pannoncent sous le titre de " Une grande figure ". C'est un homme à qui le ciel a permis de développer son talent.

21o M. Cléophas Beausoleil, avocat, légiste, directeur des Postes, à Montréal, décédé, le 4 octobre 1904, à Saint-Gabriel de Brandon, à sa maison de campagne, à l'âge de 60 ans, après une longue et cruelle maladie.

" Il est mort entouré des siens et assisté par M. Pierre Sylvestre, curé, en manifestant une résignation vraiment admirable. ".

Il était le quatrième fils de M. Joseph Beausoleil et naquit à Saint-Félix de Valois, le 19 juin 1845. Il commença ses études à Berthier et vint au collège Joliette en 1857. Après un brillant cours d'études, il prit la soutane qu'il porta quelques années. Mais il se sentait incliné à l'étude du droit ; il quitta donc l'enseignement pour étudier le droit à Montréal et en même temps devenir journaliste. Il occupa les premières places : fut échevin de longues années, commissaire d'écoles quatre ans et représentant du comté de Berthier, de 1887 à 1900, date de sa nomination à la direction des Postes ^' Comme journaliste, c'était une plume mordante et puissante.

22o Le même jour que M. Beausoleil, s'éteiguait dans le calme, comme s'était écoulée sa vie, M. Jean- Bax)tiste Bonin, instituteur. Il était natif de Sainte- Elisabeth en 1849, et avait par conséquent à sa mort 55 ans. M. Bonin entra au collège en 1865, fut toujours bon élève, appliqué, rangé et laborieux comme il le fut plus tard. Né pour l'enseignement, il ne s'en fit pas un état transitoire, mais un emploi permanent et continuel et comme il aimait sa profession, il sut la rendre efficace et brillante. Je n'ai pas connu maître plus respecté ni plus respectable; les enfants subissaient l'influence de son autorité, et les parents eux-mêmes l'entouraient de ce respect auquel ont droit ceux à qui l'on confie l'éducation des enfants. Tous les élèves de Sainte-Elisabeth, sortant de l'école de M. Bonin, savaient leur français parfaitement et tenaient les premières places de leur classe. M. Bonin quitta Sainte-Elisabeth en 1882 pour Saint-Félix de Valois, où il eut les mêmes succès. Puis il vint demeurer à Joliette où il continua à faire des classes privées.

" Il décéda pieusement à Joliette, après une maladie de plusieurs mois, soufferte avec la plus parfaite résignation chrétienne ". Son épouse et sa fille unique lui survivent.

A cette liste déjà longue VOrdo des élèves du collège ajoute encore sept noms : MM. Henri Filteau, Thomas Kelly, Alfred Valois, Ulric Beauséjour, Narcisse Trudel, Arthur Nadeau et Achille Michaud. Mais je n'ai aucun renseignement à leur sujet.

LM/ma Mater est heureuse de recueillir les louanges citées à l'adresse de ses enfants et " elle conserve toutes ces paroles dans le secret de son coeur. ".

Voilà les pertes de la présente année ; elles sont lourdes et irréparables. A nous donc de faire plus encore, de travailler mieux pour combler les vides, pour aimer plus fort notre collège et nos confrères, afin de remplacer les coeurs qui sont à jamais fermés, pour que notre collège ne s'aperçoive pas autant de la disparition d'un si grand nombre de ses enfants.

Il existe et de tout temps, une profonde union entre tous les élèves de Joliette ; c'est un fait, mais faisons en sorte que partout on nous reconnaisse à cette marque et l'on dise " voyez comme ils s'aiment " ! Pour les défunts dont les noms sont conservés dans ce chapitre, offrons nos suffrages et nos bonnes oeuvres, afin que notre affection ne soit pas stérile. Et ce sera un des meilleurs résultats de la publication de ces notes et du groupement de ces noms dans le cadre d'un chapitre^

Comme ^^ les extrêmes se touchent ", laissons le Champ des morts et allons à une fête.

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