I.—LE CRIME
d’entre dans la forêt : au seuil d’un carrefour Je vois un voyageur : ‘‘ Bonjour, Mcnsieur, bonjour ! ‘{ Salut, Monsieur.” Après ces compliments d’usage, Le voyageur m’apprend que, chargé d’un message Important, il lui faut, avant la fin du jour,
Sans faute, sans manquer, parvenir à la Cour :
Æntre les mains du Roi remettre la missive Qu’accompagne, dit-il, un présent du Khédive :
Des titres, dés valeurs, des diamants, de l'or ;
Pour tout dire en un mot, un immense trésor.
À ce mot de trésor ma prunelle flamboie ; :
: Comme un alligator, comme un oiseau de proie, 3 Je m’élance sur l’homme et d’un coup de poignard s. Fortement appliqué perce de part en part,
En traversant le cœur, sa robuste poitrine. + Sans un cri, sans un mot, le voyageur s'incline,
Tombe... A moi la fortune! A moi tout le trésor !
Les titres, ies valeurs, les diamants et l'or,
Soigneusement rangés dans la forte ceinturs ! !
Et traînant le cadavre au loin sous la ramure,
Au plus épais du bois je creuse un trou profond ;
Puis ramène avec soin la terre et le feuillage,
; Ne laissant nullement trace de mon passage. Mais alors à mes yeux, les yeux ternes du mort Apparaissent vivants ; et sur eux, sans effort,
Je lis en frémissant, avec du sang écrites,
Les lettres de ces mots flambant sur les orbites : Asenssin, sois maudit! Assassin, sois maudit ! !
- Je m’enfuis éperdu, balbutiant : maudit ! !