‹ Gerbes du Mont-Royal [microforme]Chapitre 19 sur 42 · V.— ANGOISSE · texte numérisé non relu

V.— ANGOISSE

Je lis dans tous les yeux et l'horreur et le blâme, Qu’inspire à tous les cœurs l'événement infâme. Tout mon être frémit au seul nom de bourreau ; Tandis que la folie envahit mon. cerveau, Qu’habite constamment le cauchemar féroce

De més nuits de terreur, de mon sommeil atroce. Le bourreau, je le vois ; le bourreau, je le sens Appliquer sur mon col ses doigts avilissants !.…

Si par hasard un bras se tend vers ma personne, Je crois qu’il me désigne ; et vraiment, je m'étonne, Que la voix n’ait point dit : ‘ L’assassin, le voilà ! ?’ Sur mes dix doigts tremblants, que le sang macula, Portant mes yeux hagards, je vois indélébile, Une tache rougeâtre, et vivante et mobile, Qui s’étend et grandit. m’inonde comme un flot !... Telle une vague énorme, un terrible sanglot, Un grand cri de terreur rugit dans ma poitrine, S’étrangle dans ma go e, et comme une machine, À grands coups redoublés martelle mon cerveau, Qui résonne, lugubre, fu13bre.et noir cavéau ! Je voudrais fuir au loin, ,nais la bléme épouvante, * De son poignet d’acier, sur le sol me cimente, Me rive fortement, tel en un pied Le marbrier, ravi, rive d’un froid métal Le marbre torturé de la sombre Agonie, Quelle est terrible, 6 Dieu, la rouge ignominie D’un lâche assassinat perpétré froidement !

Qu’il est terrible, à Dieu, le remords consumant, par le vol, enfanté par le crime, Fécondé par le sang d’une humaine victime !

Qu'elle est terrible, 0 Dieu, l’épouvantable péur, Qui des entrailles monte, impalpable vapeur, Saturant tout le corps, tout le cœur, toute l’âme, - Qu’elle consume ainsi que linfernale flamme Consume les daminés, renaissant pour soüffrir D’indicibles tourments, sans jamais plus mourir ! ‘Oh ! l’infâmant gibet serait bien préférable À cette peur atrdce, à l’état pitoyable “Dans lequel, moribond, je vis sans expirer !

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