LE PALAIS DU TEMPS
Accablé sous le poids du travail et des ans,
Un bon vieillard disait à ses petits enfants : .
‘{ Quatre-vingt-deux hivers ont passé sur ma tête, ‘* Blanchissant mes cheveux ; :
‘* Mes jours, comme le vent poussé par la tempête,
‘“ Ont passé rondement plus tristes que joyeux.
‘I me semble pourtant que je viens d’apparattre ‘ Dans le palais du Temps,
‘{ Palais mystérieux, difficile à connaître,
‘Où vivent moribonds les jours et les instants,
‘{ Les siècles, les saisons, les mois et les semaines. ‘‘ Là, les douleurs sont rein ‘* Les plaisirs, courtisans ; ‘* Les bonheurs, des pygmées, ‘“ Les malheurs, des titans ;
‘* La vanité, l’orgt il, d’impalpables fumées ;
‘* Le vérité s’y cache ainsi que la vertu ; ‘{ Tandis que le mensonge
‘< D’un habit tissé d’or s’y montre revêtu,
‘* ouant l'hypocrisie et caressant le conge.
‘* La Vie en minaudant cache là ses haillons,
“€ Ses cruelles douleurs et ses moroses, “‘ Sous un manteau de soie enguirlandé de roses ; ‘* Pendant que les Elumains, troupe de papillons,
:** Voltigent sur son sein, sous l'empire des fièvres,
“{ S’efforçant d’appliquer leurs lèvres sur ses lèvres : ‘# Un petit, petit nombre y restent quelque temps, “® Mais la plupart, hélas ! À peine deux moments !
{ Ce palais a deux portes | << Ouvertes, jour et nuit, aux humaines cohortes : ‘La porte de la Vie et celle de la Mort :
‘{ Par la première on entre et par l’autre l’on sort. ‘ D’un pas vif, régulier, qui jamais ne se lasse,
‘* Allent vers l’avenir poussé par le passé,
‘* De plus en plus ridé, voñté, jauni, cassé,
‘{ Le Temps passe et repasse
‘‘ Avec perplexité ;
“{ Car de son doigt de fer, le noir Destin lui montre, “4 Venant à sa rencontre, L'Éreenrré | | ”