UNE LEPRE MODERNE
Il existe une plaie, ‘une lèpre hideuse,
Plaquant sur l’univers sa main contagieuse,
Que baise avec transport la sombre ambition.
L’avarice, l’orgueil et la corruption,
L'amour du luxe, enfin, livrent à ses baisers Fétides, dégoûtants, les enfants abusés
D’uñe race déchue, aveuglée et frivole,
Qui choisit pour son Dieu, son maître, son idole, Le veau d’or refondu des inconstants Hébreux, Adressant à lui seul son amour et ses vœux.
Le moindre attouchement de cette lèpre infâme Gangrène pour toujours l'esprit, le cœur et l’âme, Etouffant la vertu, broyant la charité,
Inoculant au cœur son virus empesté
‘Qui chasse la pitié, qui bannit la tendresse ;
r’ enfante la bassesse,
Et fait de l’être humain si beau, si généreux, . — Cette chose sans nom que l’on nomme un lépreux !
Hypocrite démon, cette lèpre nouvelle, Par la loi protégée, agite sa crécelle ; 8e montre toute nue aux stupides Humains Qui s’inclinent très-bas et lui baisent les mains ; S’empare des hameaux, des villes, des villages ; Exerçant au grand jour, ses effrayants ravages ; Rivant au fond des. cœurs l’inutile regret ; Faisant de l’univers un vaste Lazaret De lépreux enchaînés au tronc de la démence ; Mère infâme des pleurs, de la désespérance,
Elle porte en son sein la désolation E% sur son front, ces mots : Jeu ! Spéculation ! !
» ma fiancée, et mon frère et ma mère.
J’ai vu bro er le cœur de ma fière Patrie
Sous le genou brutal d’un vainqueur odieux ; Vieillards, femmes, enfants, éprouver sa furie. Comme un fauve traqué j'ai fui sous d’autres cieux, Trafnant en tous pays ma peine et mon martyfe,
, jour et nuit, par les cruels
cris, jour et nuit, je réclame Au nuage qui passe, à l'étoile qui luit,
Aux pierres du chemin, à l'oiseau qui s'enfuit : -. 8 Au vent mystérieux qui dans l'arbre murmure Aus slai o éme aux mor, dans leurs tombeaux surpris ; Aux palais orgueilleux, à pauvre
A l’Univers entier je réclame à rie
: Ms vallée et mes monts, mes amis, mon pays.
Sur le sol étranger tout est pour moi sans charmes,
Les astres, le soleil, et la terre et les cieux.
Je ne sais plus pleurer, car je n’ai plus de larmes.
Ni larmes dans le cœur, ni larmes dans les yeux :
Elles m’ont buriné sur l’une et l’autre joue : ee Un éternel sillon. Plaigner, plaignez mon sort | US Lorsque parfois hélas ! }- sanglot me secoue, Ce n’est plus qu’un houuet, le hoquet de 1s mort.
LE NID 0 A mon Hélène
: Dans le tronc délicat d’un roseau chevelu, Portant quatre rameaux, mais sans nulle racine, D’un roseau qui partout se conduit et chemine, Allant d’ici, de là, souvent irrésolu,
Son auguste sommet défiant le zénith,
Un matin de printemps, je découvris un nid,
Un nid mystérieux, bâti de mousse étrange, Entouré de duvet, de fibres, de satin ;
Construit probablement par les ailes d’un ange ; Un nid plein de fraîchenr, au soir comme au matin ; Dans lequel un oiseau cllante en battant des ailes ; Un nid qui donne au tronc la vie et la chaleur,
Le vigueur et la grâce et la riche couleur,
Et se cache parfois sous un flot de dentelles Voilant pudiquement son écorce rosée.
Dans ce nid que féconde une tiède rosée Et que l