LA COMTESSE DE
Elle était grande et pâle , et la couleur des deux Rendait encor plus doux ses regards langoureux. Fuyant des promeneurs la présence importune , Que venait-elle faire aux plages de Langrune ? Pourquoi seule , à l'écart , versait-elle des pleurs ? Je fus le confident de ses longues douleurs , Un soir , sans être vu , sans le vouloir.
— « J'appelle , « Et lui ne répond pas , ne vient pas , disait-elle , « Et depuis un grand mois je l'attends chaque jour ! « L'Afrique, après cinq ans, aux feux démon amour « Le rendait : qui l'arrête ? Ah ! je relis la page , « Cette page brûlante où lui-même m'engage « A venir en ces lieux où toujours je le vois , a Ces lieux où je le vis pour la première fois. « Il me cachait alors que , depuis une année ,
a II avait par l'hymen lié sa destinée.
« l) m'aima , je l'aimai. Lui-même apprit bien tard
« Que l'on m'avait jetée au lit froid d'un vieillard.
« Partout devant nos pas s'ouvrait un double abîme ;
« Je le semai de fleurs et crus tomber sans crime.
« Cependant avaient fui les derniers jours d'été.
« Quels adieux !.. De retour dans la grande cité,
« Quand mon cœur revenait sans cesse à ce rivage ,
« Un trépas attendu brisa mon esclavage ;
« Mais lui n'était pas libre , il partait : l'Empereur
« L'envoyait , général , imprimer la terreur
« A l'Arabe indompté que le joug exaspère
« Et que l'instinct guerrier sollicite à la guerre.
« Il combattit : son bras semait partout le deuil ,
« Et moi je tressaillais d'un généreux orgueil,
« Quand sa lettre mêlait , timide dans sa gloire ,
« Aux souvenirs d'amour un récit de victoire.
« Bien des jours sont passés depuis ; mais il revient ,
« Mais il est revenu!.. Qui donc , qui le retient?
« Peut-être un autre amour... Que sais-je ?.. »
Et sur le sable , Languissante , épuisée , elle tombe , semblable A l'oiseau blanc et pur, à l'alcyon des mers.
Atteint du plomb mortel, il fend, il fend les airs Éperdu , puis lassé d'une lutte inégale , Il expire non loin de la roche natale.
Elle n'expira point , l'amante , et je la vis S'éloigner à pas lents. Le lendemain , surprix De ne la trouver plus errante sur la plage , J'allai, j'interrogeai, j'appris dans le village Qu'elle avait parcouru par hasard un journal , Qu'elle avait lu tout haut le nom d'un général , Mort, frappé d'une balle aux champs de l'Italie, Une froide sueur sur sa face pâlie Avait passé d'abord, c C'était apparemment, Au dire des baigneurs , son frère ou son amant. » Et moi je demandai : a Qu'est-elle devenue ? » On répondit : a Bientôt à ses sens revenue , « Elle s'est relevée, et, cachant un portrait, « Elle a dit, en partant, qu'elle le reverrait ! » Et j'ai su qu'elle est morte en maudissant la gloire , Et qu'un coup de poignard a fini son histoire.