‹ Gerbes glanéesChapitre 7 sur 49 · VAINQUEUR A LA COURSE ÉQUESTRE · texte numérisé non relu

VAINQUEUR A LA COURSE ÉQUESTRE

(77e. Olympiade, 172 ayant J.-C.)

Argument» — Rien de plus digne des chants de la lyre que les victoires remportées aux jeux d'Olympie. Gloire d'Hiéron , couronné dans une lutte équestre ; d'HiéroD , roi de Syracuse , renommé dans un pays où brilla Pélops. Incrédulité du poète sur les traditions relatives à ce fils de Tantale. Il leur substitue une histoire moins déshonorante pour les Dieux ; et, venant à Tantale lui-même , il raconte la cause qui Ta rangé. lui favori de l'Olympe, parmi les grands criminels, et quiafait perdre à son fils le privilège de l'immortalité. Les circonstances de l'hymen de ce dernier avec Hippodamie, fille d'OEnomaiis, roi d'Élide , sont ensuite rappelées , ainsi que les honneurs rendus au tombeau de Pélops , près de la carrière olympique. Nouvel éloge de la gloire qu'on y acquiert. Le poète se flatte de chanter un jour Hiéron, vainqueur à la course des

système de traduction ne différait pas entièrement de celui de M. Fresse-H©ntval.

chars, plus glorieuse que la course équestre ; il mêle à l'éloge de ce Roi , des conseils de modération , et finit par un vœu pour l'illustration de son propre génie.

Auguste Bœckh, le célèbre philologue, dit que la lre. Olympique fut chantée dans le palais d'Hiéron , à Syracuse , vers la fin d'un festin splendide où se trouvaient Pindare et d'autres poètes renommés.

Le premier élément, c'est Peau, c'est l'eau féconde (1); Et, comme dans la nuit éclate un feu soudain,

L'or , parmi les splendeurs du monde

Brille et domine en souverain.

Toi, pour chanter les Jeux, ne cherche, ô mon génie, Ni dans l'immense éther un autre Dieu du jour,

Ni des sujets, plus qu'Olympie,

Dignes d'enflammer ton amour.

(\) Le début ApLGTQV /xsv û<?ft)jO, optima quidem est aqua, n'est pas ce qui embarrasse le moins les commentateurs. D'après Dissen : « diciturocûtffTOV xtâdip, quia saluberrimum habetur . » Parmi les explications del'épithète uptGTOV , on remarque celle qui lui donne le sens de principe des êtres, d'après l'opinion de Thaïes, de Milet. Si on l'adoptait, en précisant le vague de l'expression grecque, on pourrait dire :

Le principe de tout, c'est l'eau, cette eau féconde.!

OJympiel à ce nom l'hymne de la victoire Part et s'élance au cœur du poète inspiré ,

Qui redit, dans toute sa gloire,

De Saturne le fils sacré (1),

Aux foyers d'Hiéron, doux, opulent , propice, Et qui, de la Sicile accroissant le bonheur,

Tient le sceptre de la justice ,

Et des vertus cueille la fleur (2).

Il aime aussi les vers, la musique l'enivre Quand , après les festins, il entend nos accords....

Mais que du clou vite on délivre (3)

La lyre qui de mes transports

{I) Les Jeux Olympiques étaient consacrés à Jupiter.

(2) Aj0£7rwv pèv Y.opvyo<.ç à^sràv uno 7ra(7av. « Aon ïgitur dicit omnes virtuteshabere Hieronem, sed principes omnium virtutum s. décora summa carpere. Intelliges nominatim certaminum nobile studium, hospitalitatem erga poetas et artium musicarum amorem. » Dissenius.

(3) M. Fresse-Montval rend ainsi cette brusque injonction de Pindare à sa muse:

Poètes! saisissons la lyre de Dorie, SuspemUie à sou toit sacré.

Ce n'est pas au toit que la lyre était suspendue , mais au mur de la salle. M. Poyard rend le mouvement de l'auteur et ne recule pas devant le mot: A"X>.«... «7T0 7T(A<J<jâ\QV "Xàptêavg ? détache du clou.

Brûle de seconder la rapide énergie , La lyre dorienne aux sons graves et purs, Qui , donnant la gloire et la vie , Va sauver des siècles obscurs

Et Pise et Phérénice (1), alors que sans menace, Sans voix, sans éperon, l'impétueux coursier

Assura, dévorant l'espace,

La victoire à son cavalier,

Ce dompteur de chevaux, qui règne à Syracuse, Et vainquit où Pélops établit ses colons (2).

Pélops qui long-temps à la muse

Fournit d'étranges fictions.

Neptune , dès qu'il vit son épaule d'ivoire Sortir du vase pur où Clotho le plongea (3) , Aima cet enfant dont l'histoire En conte infâme se changea.

(1) Nom du cheval d'Hiéron.

(2) Dans l'Élide qui, comme les autres parties de la presqu'île , prit de Pélops, venu de Lydie, le nom de Péloponèse.

(3) Nous suivons le sens de Dissen , dont le commentaire sur ce passage est très-curieux. Il est impossible de mettre plus de flegme dans Fétude d'un j oète lyrique.

€ardons-nous de nier tout prodige... la terre En a vu !.... mais , féconde en sa variété,

Souvent la fable mensongère

Nous trompe sur la vérité.

Tout est charme, entouré du miel de poésie ;

L'homme si doucement s'abandonne au plaisir 1 Mais il avance dans la vie , Et quel témoin que l'avenir !

Si l'on parle des Dieux , il faut qu'on les honore ; On est inoins criminel. Je veux dire sur toi

Ce que l'on n'a pas dit encore ;

Fils de Tantale, écoute-moi.

Convive de l'Olympe , en retour , à sa table Ton père dans Sipyle avait reçu les Dieux :

Banquet juste , digne, honorable (1)1 D'où Neptune , d'un bras nerveux ,

[\) Eoavov «wvojxwtgcto'V , littéralement un banquet très-juste^, par opposition à la légende populaire, ce qu'explique ainsi Dissen. « non eruentum cœde filii. » M. Toyard, dont la traduction est remarquable par la fidélité jointe à l'élégance, rend-il tout le sens du poète par superbe festin?

T'emporta, sur un char traîné par ses cavales, Aux lieux où Ganimède , au-delà de l'éther ,

Cédant à des flammes égales,

Fut aimé du grand Jupiter.

De zélés serviteurs, sur Tordre de ta mère, Te cherchaient vainement... de perfides voisins

Dirent qu'une ardente chaudière

Avait terminé tes destins.

Ils dirent que les Dieux , se jouant de ta vie , Avaient tranché ton corps avec un coutelas,

Et , dans leur barbare furie,

Mangé tes membres délicats.

Quoi ! de tels appétits chantés par les poètes !

Les maîtres de l'Olympe ?.. Ah ! des maux infini?

Que font des langues indiscrètes

Les coupables seront punis.

Je m'abstiens, je me tais... je redoute le blâme. — Mais quel homme des Dieux reçut le plus d'accueil ?...

Ce fut Tantale, que son âme

Enivra d'un funeste orgueil.

Son bonheur l'égara ; précipité du faîte.

Il tombe... et quel supplice!., un énorme rocher

S'agite au-dessus de sa tête,

Toujours prêt à se détacher.

Pour le fuir , il s'épuise en efforts incroyables , Be la peur renaissante éprouve le tourment ,

Et de trois autres grands coupables (1)

Il partage le châtiment ;

Car à ses compagnons , dans un repas impie , Il versa follement, par un vol criminel ,

Et le nectar et F ambroisie :

On ne trompe jamais le Ciel.

Le Ciel?., il se vengea de ce vol sacrilège ! Tantale l'expia dans sa postérité :

Dépouillé de son privilège,

Son fils perd l'immortalité.

Quand eut grandi Pélops, et qu'aux fleurs du visage Venait poindre déjà l'ombre d'un duvet noir,

Dans la fougue de son jeune âge,

Il conçut un brillant espoir ,

. {i) Sisyphe, Ixion. Xïtye.

, — 38 - L'espoir de posséder la main d'Hippodamie , Fille d'OEnomaûs, roi de Pise.. un héros !

La nuit près de la mer amie ,

Il appelle le Dieu des flots.

A deux pas apparaît l'impétueux Neptune. « Pour toi, dit le mortel, si des dons de Cypris

« La douceur n'est pas importune,

« Si de Pélops tu fus épris,

« Neptune, donne-moi ton char le plus rapide « Pour aller conquérir d'un beau-père inhumain

« L'alliance...! du roi d'Ëlide

« Écarte la lance d'airain.

a Treize amants ont péri sous cette horrible lance ;

« Le fier OEnomaûs attend (1), et, plein d'ardeur. « Je vole à ce péril immense :

« Qui le brave n'est pas sans cœur.

(1) Les prétendants àla main d'Hippodamie étaient provoqués, par OEnomaûs, àla course des chars. Il les vainquait et les égorgeait. Benoît donne leurs noms. Voir, pour une foule de détails sur les personnages fabuleux de Pindare, la savante Mythologie de ^atalis Cornes ( Noël Le Comte ) *

« Eh I puisqu'il faut mourir, pourquoi des jours sans gloire « Où des ans lentement se traîne le progrès ?

« Je tenterai cette victoire ;

« Que je te doive le succès ! »

Neptune l'entendit : le Dieu l'arma lui-même ; De ses coursiers ailés il dirigea l'essor ;

Le Roi, dans sa lutte suprême,

Trouva la défaite et la mort.

Le vainqueur eut six fils, chefs de peuples célèbres , Et, chez tous, les vertus fleurirent en faisceau ;

Maintenant les honneurs funèbres

Sont prodigués à son tombeau ,

Qui, vénéré, se dresse aux rives de l'Alphée (1): Là l'étranger pieux, en des jours solennels,

Le visitant comme un trophée ,

Charge d'offrandes ses autels.

Le grand nom de Pélops, de ces Champs Olympiques Rayonne, de ces Champs où les hardis lutteurs, Montrant leurs forces athlétiques, De courage enflamment les cœurs ;

-^) Fleuve qui passait à Olympie.

De ces Champs où des pieds lutte aussi la vitesse : Admirables efforts, combats dont les héros Jusqu'à la dernière vieillesse Trouvent la gloire et le repos.

La gloire, objet des vœux, le repos , bien suprême» Après tant de travaux, sont le prix des vainqueurs. Et le plus brillant diadème A moins d'éclat que ces honneurs (1 ).

Pour le noble Hiéron , qu'admire Syracuse , Dis sur le nome équestre (2) un chant éolien ; De ton vol sublime , ô ma Muse , Est-il un plus noble soutien ?

Poète , je le sais , non , jamais la cadence Du vers , capricieux en ses hardis écarts , N'a célébré plus de puissance Chez un monarque , ami des arts.

H) Sunt quos curriculo pulverem Olympicum

Collegisse juvat, metaque fervidis

Evitata rôtis, palmaque nobilis

Terrarum dominos evehit ad Deos. Hor.

(2) « Ex antiqua musica nomi équestres et curules. » Dissen.

Si ton Dieu protecteur bientôt ne t'abandonne, A ton char on verra les coursiers triomphants ;

Une plus brillante couronne

Appellera de nouveaux chants ;

Et je viendrai , tenant ma lyre auxiliaire , La lyre des combats que voit le Chronios ' 1) ,

Cette lyre puissante et fière,

Fière en présence des héros.

Aux chefs des nations le faîte de l'empire ; Aux poètes un rang soumis à d'autres lois :

Noble Hiéron , jamais n'aspire

Au-dessus du trône des rois ;

Puisses-tu , toujours grand, marcher haut dans la vie (2) ! Moi , chantre des vainqueurs , puisse la Grèce , un jour ,

Muette, admirer mon génie ,

Et m'entourer de son amour !

(t) Le Chronios ou mont de Saturne, consacré à ce Dieu, et d'où l'on voyait les luttes solennelles qui avaient lieu dans la plaine d'Olympie.

(2) Nous empruntons à peu près ce vers à la prose hardie de M. Poyard, qui traduit: « Puisses-tu toujours marcher haut dans la vie! »

Caen, juillet 4854,

Page 1