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ÉCOLE ÉCOSSAISE

Plusieurs métaphysiciens modernes, surtout en Allemagne, s'abandonnant à une intempérance philosophique qui méconnaît les bornes de Tesprit humain, ont ressemblé à un homme qui s'enivre sous prétexte qu'il est nécessaire de boire. L'école écossaise refuse de boire, de peur de s'enivrer. Elle pèche, ce nous semble, par un excès de circonspection, comme d'autres écoles par un excès de hardiesse. Elle est possédée, si l'on peut dire, par la manie de la sobriété. Mais du moins, avec son bon sens ferme et pratique, elle a servi de contrepoids utile à la licence des spéculations.

En attendant l'inspiration providentielle qui devait le conduire 'à Rome et l'y fixer pour si longtemps, l'abbé Gerbe t continuait à Juilly, comme si rien n'avait été changé, le double apostolat de la Chênaie.

« De disciple, il devenait maître », écrit excellemment Mgr de Ladoue.

Il voyaitse grouper autour de lui des jeunes hommes avides de recueillir ses leçons; il se sentait environné d'amis dont la tendre affection adoucissait la blessure qu'une amitié brisée laissait au fond de son cœur; il était assez heureux pour ressusciter la presse catho-

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liqne, qui aurait dû, ce semble, rcsler écrasée sous les anallièmos prononcés par l'Eglise contre rAvenir

Juillyfut pour l'abbé Gerbet, après le naufrage de ses plus chères all'ections, un port de refuge, un abri tutélaire. Il trouva là tout ce qui convenait à sa nature : une solitude peuplée des grands souvenirs du passé, où les bruits du présent arrivaient tout juste pour exciter Tesprit sans le distraire ; une bibliothèque richement pourvue ; des affections tendres et fortes; une existence exempte de tous les soucis temporels. Cependant, il y manquait quelque chose : des disciples. L'abbé Gerbet ne pouvait pas s'assujettir au rôle de professeur. Esprit éminemment synthétique, saisissant la vérité par les côtés où elle touche à l'infini, celui qui est le moins accessible aux intelligences naissantes ; manquant d'ailleurs d'une certaine clarté d'exposition, il n'aurait pas pu se plier aux exigences d'un enseignement scolaire. Ces défauts devenaient des qualités en présence d'un auditoire choisi qu'il élevait peu à peu à la hauteur de ses conceptions, et qu'il charmait par l'harmonie de ses rapprochements. A la Chênaie, il avait rencontré cet auditoire d'élite ; Juilly ne pouvait guère le lui fournir ; la Providence en créa un tout exprès pour lui. Depuis plusieurs années, les directeurs de Juilly songeaient à doter leur collège d'une institution qu'ils en considéraient avec raison comme le complément. Un des grands avantages de l'éducation de Juilly, était de soustraire les élèves, pendant les années difficiles de la jeunesse, aux excitations et aux entraînements des grandes villes. Cet avantage deve-

nait presque un inconvénient au terme du cours scolaire. Passer subitement du calme de la campagne à l'agitation de la capitale, de la vie réglée à la vie indépendante, n'était-ce pas un danger? Préoccupés de cette pensée, les directeurs de Juilly songèrent à établir comme une station intermédiaire entre le collège et le monde, où, jouissant déjà, sous une règle large et flexible, d'une liberté assez étendue, on fût cependant prémuni contre les premières impressions d'une indépendance qui veut jouir d'elle-même ; où, sans être assujetti à des études uniformes, on trouvât les facilités désirables pour développer ses prédispositions naturelles. Telle fut l'origine de la maison des hautes-études de Tbieux, dont l'abbé Gerbet fut constitué le directeur (l).

Le régime adopté dans cette institution d'un genre assez nouveau n'était ni le régime d'un collège ni celui d'une communauté ; il n'avait ni l'inflexible rigidité de l'un, ni la monotonie de l'autre ; c'était plutôt la vie de famille, mais une vie de famille active, occupée. Chaque jour, on se réunissait pour des conférences présidées tantôt par un professeur étranger, qui venait de Paris, tantôt par l'abbé Gerbet. Ce dernier avait entrepris un cours, de haute philosophie, où il démontrait comment le principe, le lien, le terme de toutes les sciences se trouve dans la science de Dieu, dans la théologie. Si je ne me trompe, c'était le résumé des

(1) Thieux est un petit village de Seine-et-Marne, agréablement situé sur les bords dune petite rivière, à trente kilomitres de Paris et à duiix kilomètres de Juilly.

études de sa vie, vaste cadre qui embrassait par les sommets tout le monde intellectuel (1).

Voici le résumé de la leçon préliminaire des conférences de Tliieux :

La question qui s'agite aujourd'hui sur le terrain social a ses racines, historiquement et logiquement, dans une question plus haute ; les politiques qui demandent la séparation complète de l'Etat et de l'Eglise, ont pour ancêtres les philosophes qui ont réalisé la séparation de la philosophie et de la théologie. Tout est lié dans l'œuvre de Dieu; une négation dans l'ordre de la pensée entraîne nécessairement une négation correspondante dans l'ordre des faits sociaux. La vérité doit suivre la marche de l'erreur pour réparer les ruines quelle accumule sur ses pas; cène serait donc avoir rciapli que la moitié de la mission réservée aux défenseurs de l'ordre divin, d'établir la nécessité de l'union entre la société temporelle et la société spirituelle; ils doivent remonter plus haut, essayer de renouer dans l'ordre de la pensée les liens qui unissent la théologie et la philosophie. Tel est l'objet que nous nous proposons dans ces conférences.

C'est un fait historiquement démontré, que la théologie a été, chez tous les peuples, le principe fécond de tout développement intellectuel. « Toutes les nations, dit de Maistre (2), commencent par la théologie et sont

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