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L\DOUE, II

(2) Examen de la philosophie de Bacon, t.ll, p.274,édit.Pelag.

fondées par la théologie. Plus l'institution est religieuse, plus elle est forte. On peut citer l'Egypte, Rome, Lacédémone, etc. Cette règle n'a point d'exception... Plus la théologie est parfaite dans un pays, plus il est fécond en véritable science. Voilà pourquoi les nations chrétiennes ont surpassé toutes les autres dans les sciences. » Il y aurait un livre, et un beau livre, à faire, pour démontrer l'heureuse influence exercée par la théologie sur le développement intellectuel des peuples chrétiens; on y verrait comment, en rétablissant la vraie notion du bien, elle fournit aux investigations philosophiques le principe qui seul pouvait les rendre fécondes ; comment elle renversa les institutions sociales injustes ou immorales, établies sous l'inspiration païenne, en proclamant les préceptes de la loi éternelle, cette grande charte de l'humanité, la seule base vraiment constitutionnelle de toutes les législations; comment elle contribua à réformer les familles et les individus en propageant les notions du juste, du saint et du bon. Le développement théologique et le développement intellectuel suivent, dans l'histoire des nations chrétiennes, deux lignes parallèles, et forment comme deux sillons lumineux correspondants; plus la science théologique augmente, plus aussi s'élève le niveau intellectuel. Et comme s'il eût voulu que le lien qui unit ces deux ordres de connaissances fût plus apparent. Dieu a permis une contre-épreuve. Après avoir marché parallèlement, la théologie et la philosophie se séparèrent. Or, à partir de ce moment, le niveau philosophique s'abaissa graduellement, et nous sommes, aujourd hui. arrivés à ce point

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que les intelligences même les plus élevées s'agitent dans le vide faute de principes, et s'étiolent dans une impuissance creuse.

La raison confirme le témoignage de rhistoire.

Lorsqu'on cherche à embrasser le système général des connaissances humaines, la première chose qui frappe^ c'est qu'il y existe deux mouvements, l'un qui produit et multiplie les sciences diverses, l'autre qui tend à lescoordonner et à les unir aune science générale; l'un qui dilate l'intelligence humaine dans la variété, l'autre qui ramène la variété à l'unité. L'objet propre de la philosophie c'est de coordonner entre elles les diiïérentcs^ sciences pour les harmoniser dans l'unité. Mais la pliilosophie ne ramène les sciences qu'à une unité purement rationnelle, l'unité réelle ne se trouve que dans le sein de l'idée suprême, de l'idée de Dieu, d'où il résulte que la science de Dieu, la théologie, est la science générale, qui dirige, coordonne, vivifie toutes les autres. La théologie est la science générale dans le même sens que les métaphysiciens chrétiens ont dit que Dieu est l'être universel. Dieu n'est pas l'être universel en ce sens que tous les êtres ne sont que des modifications de la substance divine, mais en ce sens qu'il possède d'une manière éminente toutes les perfections des êtres^ qui n'existent que par lui. De même, la théologie n'est pas la science générale en ce sens que toutes les sciences ne sont que ses modifications, mais parce qu'elle seule contient la vérité des vérités, la lumière des lumières, le principe universel d'explication et d'unité.

Les connaissances humaines se composent de deux

éléments, les faits et les idées. Les faits, qui se réfèrent de toute nécessité à quelque chose de supérieur à eux, sont dans la nature ce qu'est, dans la musique, Tharmonie, laquelle se réfère à la mélodie, qui en estl'àme. Les idées sont une mélodie essentiellement expressive,. (Jui donne aux faits leur signification, et qui n'est ellemême qu'une suite de variations sublimes sur un motif infini. La théologie, ainsi que toute science, possède ce double élément ; les vérités révélées sont les faits dont la science chrétienne dégage l'idée qui n'est autre que ce que saint Paul appelle le mystère du Père et du Chçist. La simple connaissance des vérités révélées ne constitue donc pas la science théologique, autrement tous les chrétiens seraient théologiens; la notion de la théologie comme science implique, outre la connaissance de la révélation, le travail de l'esprit humain sur les vérités révélées. Ce travail s'exerce d'abord sur la révélation elle-même dont il faut défendre l'existence et la vérité contre les attaques de la fausse science. Tel est l'objet de la théologie apologétique qui sert comme de préambule à la théologie. La révélation ainsi démontrée vraie, il faut exposer dans leur ordre systématique les vérités qu'elle renferme, et c'est ce qui constitue la théologie scolastique. En se révélant à l'homme. Dieu ne s'adresse pas seulement à son intelligence, il parle à son cœur et à sa volonté; la vérité révélée s'impose à l'esprit comme dogme, à la volonté comme règle morale, comme devoir, au cœur comme satisfaction de ses besoins. Lathéologie se divise ainsi en trois parties correspondantes aux trois aspects de la vérité révélée; elle est à

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la fois dogmatique, morale, liturgique. Mais, ainsi que nous l'avons dit, la théologie nVst pas une science isolée, sans rapport avec les autres ordres de connaissances; c'est la sciencegénérale, qui dirige etcoordonne les autres, qui renferme le principe universel d'explication. Il en résulte un nouvel aspect de la science théologique, qui constitue ce que nous pourrions appeler la théologie philosophi([ue, attendu que son objet est de montrer le lien qui unit dans les hauteurs de la pensée la vérité révélée et la vérité scientifique. De même que la théologie proprement dite, la théologie philosophique peut se diviser en trois parties, dogmatique, morale et liturgique. La première partie, la philosophie du dogme, -découvre dans les profondeurs des mystères chrétiens la raison dernière de toutes les choses de ce monde; la seconde nous montre dans la volonté de Dieu manifestée par Jésus-Christ la racine de tous les devoirs, et par conséquent le fondement de la morale individuelle et sociale; la troisième nous initie aux merveilleuses harmonies des sacrements avec les besoins du cœur humain.

C'est la théologie dans ses rapports avec la philosophie qui formera l'objet de ces conférences; nous nous bornerons à la partie dogmatique et morale, la partie liturgique nous fournira plus tard le sujet d'une étude pleine d'intérêt (1).

La partie dogmatique fournira les principes essentiels

(1) L'évêque de Perpignan n'a rempli qu'une partie de sa promesse dans les deux traités sur l'Eucharistie et la Péiiilence ; niaisil se proposait de compléterl'ceuvre commencée, enpubliaut un traité semblable sur chaque sacrement.

de la métaphysique chrétienne : la notion du Dieu vrai et réel; la notion du monde tel qu'il est sorti des mains de Dieu; la notion de l'homme ; et enfin l'idée du Christ où se trouvent résumées dans leur perfection surnaturelle toutes les œuvres divines. Si la partie dogmatique nous fait connaître la pensée de Dieu, la partie morale nous initie à sa volonté. La volonté de Dieu, considérée dans son essence, c'est la loi éternelle ; manifestée aux hommes comme règle fondamentale de leurs actions, la volonté divine devient la loi naturelle; appliquée aux divers besoins de la société, elle se transforme en loi positive; d'où un triple aspect sous lequel nous envisageons la volonté de Dieu, ou la loi : dans son essence, dans sa manifestation primitive et nécessaire, dans sa manifestation sociale.

Au début et au terme de ces investigations, c'est le nom de Dieu qui se montrera à nous ; il nous suivra dans tous les développements qui uniront ces deux points extrêmes, comme la colonne lumineuse (1) .

(1) Ladole, II, 370-373.

L UNIVERSITE CAlTHOLIQUE

Vers ce même temps, les journalistes catholiques effrayés, instruits, encouragés par les prouesses et les imprudences de f Avenir^ revenaient courageusement sur la brèche. Le 3 novembre 1838 parut le premier numéro de l'Univers religieux^ avec un programme que personne ne disputera à l'abbé Migne, et un article. La Toussaint^ vision, que « Tabbé Migne, fondateurdirecteur » signait aussi, mais qui était dû à l'abbé Gerbet.

Deux ans plus tard (janvier 1836), les anciens mennaisiens, Salinis, Scorbiac, Gerbet, Montalembert, désespérant d'obtenir de Louis-Philippe l'autorisation de fonder une « Université catholique de professeurs », imaginèrent une « Université catholique d'écrivains (1) ».

Organe périodique d'un genre tout nouveau,

(1) On trouvera dans Mgr de Ladoue, II, 119, des détails extrêmement intéressants sur cet épisode littéi-aire.

« VUiiiversité catholique se divisait en deux parties : dans la première, sous le nom de Cours ^ des écrivains distingués devaient exposer, au point de vue catholique, une des branches du domaine scientifique ; la seconde était une revue ordinaire, consacrée à des travaux détachés, à des appréciations d'ouvrages nouveaux (1) ».

Gerbet, qui fut longtemps l'âme de cette revue, s'était chargé du « cours d'introduction à l'étude des vérités religieuses ». Nous retrouverons tantôt ces leçons qui forment les cha^^itres des Vues sur la pénitence, un de ses principaux ouvrages. Nous n'aurons d'ailleurs que trop de peine à nous borner dans le choix que nous allons faire parmi la foule d'articles que ce Malebranche journaliste donnait alors soit à l'Uîiiversité catholique, soit à r Univers, soit à d'autres recueils dont le nom même est oublié aujourd'hui.

Après bien des hésitations et des regrets, je crois devoir m'arrêter à un groupe restreint de fragments assez étendus et qui me paraissent plua caractéristiques. Je citerai donc les passages les plus émouvants des Réflexions sur la chute de M. de Lainennais, un merveilleux article de critique littéraire, et la conclusion d'une série d'études sur les (( rapports du rationalisme avec le

(1) Ladoue, II, 119, 120

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commîi?iistne ». Il aurait fallu reproduire aussi intégralement le Discours j^^'c liminaire qu'écrivit Gerbet pour le premier numéro de V Université catholique. Mais ce discours ne couvrant pas moins de cent colonnes de la revue, nous demanderons à Mgr de Ladoue un résumé de cette œuvre grandiose.

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