DISCOURS SUR LA CLASSIFICATION DES SCIENCES
L'abbé Gerbet inaugura la nouvelle Université par un Discours préliminaire qui est, à notre sens, son chef-d'œuvre, car, dans aucun autre écrit il n'a déployé avec une aussi complète plénitude toutes les facultés dont Dieu l'avait doué. Il s'y montre tour à tour métaphysicien élevé, savant presque encyclopédique, liltéraleur, poète, et par-dessus tout prêtre, prêtre pieux, profondément mystique.
Une analyse rapide justifiera notre appréciation.
La science est comme lagriculture de la vérité: agriculture laborieuse, parce que le champ qu'elle cultive est semé de ronces et d'épines ; agriculture supérieure, qui ne convient ni à tous les esprits, ni à toutes les races» mais à ceux-là seulement qui ont reçu du ciel une aptitude spéciale ; agriculture immensément variée, comme les terrains sur lesquels elle s'exerce.
Pour cultiver le champ de la science avec succès, il faut des instruments appropriés à cette culture ; il faut varier ses procédés suivant la nature des terrains ; il
faut, conformément aux vues providentielles, faire servir la science à la satisfaction des l)esoins légitimes de riiomme, et la diriger ainsi vers sa fin dernière qui est la glorification du Créateur par la créature intelligente.
En se plaçant à ce point de vue, l'abbé Gerbet divise son Discours joré liminaire en quatre parties : il parle d'abord des sciences instrumentales, ou des moyens d'acquérir la science ; des sciences proprement dites, ou des divers ordres de connaissances ; des sciences d'application, ou de la manière dont les sciences servent à l'homme ; de l'unité de la science, ou du lien par lequel toutes les sciences viennent aboutir à l'unité divine :
<f L'esprit est placé dans le corps comme dans un observatoire. Il connaît immédiatement, par le sens intime, ce qui se passe dans son intérieur ; il connaît un certain nombre de faits extérieurs, sans autre secours que celui des sens. Mais dès qu'il veut s'avancer plus loin, alors commence la nécessité des sciences instrumentales. L'homme, avec de faibles organes, n'occupe qu'un point dans l'immense étendue : les machines d'observation rapprochent pour lui les distances, lui révèlent l'imperceptible, et le font pénétrer, au moyen de la décomposition et de la recomposition des phénomènes, dans le mécanisme secret de la nature. Il n'occupe qu'un point dans le temps : les langues lui donnent le pouvoir d'entendre la voix du passé. Son intelligence voit s'élargir dans toutes ces. directions la sphère de son activité. Elle peut marcher.