AVANT-PROPOS VII
S est montré lui-même le pire ennemi de sa gloire. Ame prodigue d'elle-même, esprit toujours en éveils plume toujours prête, il a multiplié projets et ébauches de livres sans presque jamais rien finir. Des cinq ouvrages qu'il a ter?ninés, deux o/it été par lui retirés du commerce; un autre, vingt fois réédité, a paru sous des noms d emprunt (1). Quant aux deux qui restent : le Dogme générateur et les Vues sur la Pénitence, « ces deux ouvrages, au dire de Gerbet lui-même, sont les premiers fragments dun projet plus étendu. Uauteur désire faire successivement, si Dieu lui prête vie et santé, un travail analogue sur chacune des principales parties du Christianistne, sa?is prévoir du reste quel ordre les circonstances lui permettront de suivre, en poursuivant l'exécutioîi de ce plan. Il en a préparé en silence un assez grand nombre de matériaux, sans se sentir pressé d écrire (2]. » // se connaît bien, il tient à laisser un libre jeu aux inspirations qui le coîiduisent, et à réserver les droits des nombreux amis qui font appel ci son zèle. Il n a jamais achevé cette somptueuse Esquisse de Rome chrétienne, son livre de prédilection, auquel il a
(1) C'est le Précis de V histoire de la philosophie publitî par MM. DE Salixis et de Scorbiac, directeurs du Collège de Juilly. Ce livrp, tout entier, est de Gerbet, et on le voit bien.
(2) Vues sur le Dogme catholique de la Pénitence., Préface.
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voulu, il a cru travailler jusqu à la /in de sa vie. Que de ruines encore, éloquentes et niélancoliqucs, dans l'œuvre inwioise qu^il n'a jamais daiijnè recueillir! Le Mrmorial catholique, /'Avenir, /'Univers, /'Université catholique... on re^ic confondu, lorsqu'on rencontre dansées recueils et, dans plusieurs autres, des fragmerds, des nièmoircs^des livres entiers, richesses ensevelies, perdues, qui suffiraient à la réputation dun écrivai?î. Les auteurs inoins sûrs du lendemain, ou qui estiment à plus haut prix le travail de leur plume, savent mieux prendre leurs mesures contre r oubli. Gerbet ne compte pas avec son génie ;pour oublier ses livres ou ses articles, il n attend 7nême pas de les avoir termiîiés. Que de 7nal na-t-il pas donné à ce pauvre Bonnetty qui lui succéda dans la direction de /'Université catholique ! Il est piquant de rapprocher les unes des autres les petites notes que rédigeait cet excellent homme., pour faire miroiter aux yeux du lecteur la promesse d'un prochain article de Vabbé Gerbet, ou pour ai^noncer que des circonstances imprévues réduisaient pour un temps au silence « Véminent collaborateur ». Précieux retards, heureux silences, où cette nature ailée s'épanouissait dans l'oubli de la tâche prescrite, et de l'ébauche impuissante, dans l'amoureuse et timide contemplatioîi de cet autre livre, que les vrais poètes